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La langue du petit pays de ma grand-mère

Brezhoneg, gallésant...

Par Nicolas Le Luherne , le 26 février 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 08 février 2016

Comme mon nom ne l’indique pas, je suis breton fruit d’un mélange linguistique régional mi brezhoneg, mi gallésant. Pour ceux qui ne le savaient pas ; deux langues régionales existent en Bretagne de part et d’autre d’une ligne Saint Brieuc, Vannes : à l’Ouest le breton celtique et à l’Est le breton roman. J’aurais pu souffrir d’un triplement de la personnalité linguistique mais je ne conjugue le monde qu’en français. 

Un imaginaire collectif

Réfléchir à la langue c’est réfléchir à une vision du monde et à un imaginaire collectif. L’implicite de conversation est symbolique de cela. Parler la langue de l’autre, c’est comprendre les silences. Il en est de même pour l’humour et c’est pour cela que parfois je ne retire pas toute la saveur des contes celtiques traduits. Communiquer va au delà d’un empilement de mots.

Ki Du : le chien noir

En breton mon nom de famille signifie le « renard ». Je me suis toujours demandé si celui-ci était l’allégorie de la ruse et même de la perfidie. Si c’est cela, je me demande bien ce que mes ancêtres ont fait pour mériter cela ? J'ai mené l'enquête mais je ne l'ai pas trouvé dans le bestiaire mythique. Cela ne veut pas dire qu'il ne signifie pas cela. Le « Ki du » ou le chien noir dans l’imaginaire mythique breton et plus largement britannique est animal de mauvaise augure. Je l’ai découvert dans le Cheval d’Orgueil de Per Jakez Hélias. Le mystère reste entier pour le goupil.

Un univers mental

Dans mon propre imaginaire culturel, un chien noir est un chien de couleur noir. Il peut être gentil ou méchant mais je ne le vois que s’il me montre ou pas ses dents. Il n'y a rien qui dénote chez cet animal couleur nocturne. Là où je m’inquiète, c’est de voir un chat noir passé sous une échelle nocturne. Je m’enferme à double tour en écoutant les bruits de la nuit. Au delà de l’anecdote, j'observe tout l’univers mental qui sépare le monde de ma grand-mère et le mien.

Prises-en compte de la diversité

L’enseignant doit prendre en compte cette vision de large de la langue fruit d’un imaginaire collectif. L’élève, au moment, où il arrive en formation dans un établissement s’interroge sur le monde et sa présence dans celui-ci. Il pose la question de qui je suis ? D’où je viens ? L’apprentissage linguistique est alors fondamental car il permet de partager le commun. La diversité est une richesse pour l’enseignant. Apprendre les langues de l’autre est une forme d’apprentissage de la tolérance. On partage les mythes, les silences et l’humour.  Les élèves découvrent ensemble et parfois font découvrir.

Du village familial au village mondial

Finalement, est-ce si grave parfois de ne pas connaître l’idiome pour aller voir son voisin? Il faut prendre le risque de rencontrer l’autre. Encourager l’élève à partir en stage à l’étranger, même s’il ne maîtrise pas la langue, permet de le préparer au monde de demain. Je n’appartiens peut-être plus que de loin au village familial mais j’aime à penser que je suis un citoyen du village mondial. D'ailleurs, j’écris pour le journal de « mes cousins » d’outre Atlantique.

Créer du lien

L’essentiel est de pousser la porte et de bricoler pour se comprendre et de partager le sens des échanges. La communication linguistique est son mais aussi geste. On oublie trop souvent que le défis des innovations numériques sociales est de donner l'impression d'être à côté.

Le projet de réalité augmentée Occulus, c'est un peu avoir l'impression de boire son café avec son ami à distance. Ma grand-mère et moi avons beaucoup ri quand j’ai baragouiné mes six heures de breton.

Nous ne partagions pas la langue régionale mais le plus important : l’émotion. Tout l’enjeu de la communication se résume à cela, créer et partager du lien.

Illustration :
Histoire de Bretagne de Dom Morice 1742-1756,
Médiathèque de Quimperle

Références

Histoire de Bretagne de Dom Morice 1742-1756, Médiathèque de Quimperle
http://mediathequequimperle.blogspot.ca/2012/10/histoire-de-bretagne-de-dom-morice-1742.html

Le cheval d’Orgueil, mémoires d’un breton du pays bigouden, Pierre-Jakez Helias
http://www.decitre.fr/livres/le-cheval-d-orgueil-9782266097833.html

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