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Rencontres d'Autrans 2011 : les innovations sociales à l'honneur

Par Christine Vaufrey B , le 17 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 15 juin 2011

Les rencontres d'Autrans ont fêté leur quinzième anniversaire en janvier 2011. Anniversaire fêté sans grande pompe, mais avec la bonne humeur et l'enthousiasme habituels.

L'édition de cette année mettait donc l'accent sur les innovations sociales. Jean-Michel Cornu assurait l'ouverture scientifique sur ce thème, et une introduction passionnante sur les monnaies complémentaires, qui furent explorées tout au long de la rencontre.

Nombre d'autres sujets abordés méritaient d'être reliés à cette thématique principale, tant Autrans est le lieu de l'internet citoyen, de la promotion de la participation, des technologies au service d'une vie meilleure sur les territoires. Les piliers d'Autrans, ceux qui s'y rendent réfgulièrement et certains depuis 15 ans sans défaillir, sont d'ailleurs bien connus de la netosphère sociale. Nous vous laissons découvrir leurs visages dans la galerie de photos de cette édition 2011.

Du côté des technos, priorité était donnée aux outils de la "mobiquité", et à la litanie des outils et applications qui nous permettent d'être ici et ailleurs en même temps, dans l'autobus et au bureau, à table avec les collègues et de l'autre côté de la France en train de négocier un contrat. Cette "mobiquité" représente sans conteste un progrès pour les travailleurs nomades et les intoxiqués des gigabits mais, au risque de ne pas adopter "[1] le parti-pris de l'ange" comme dirait Frédéric Soussin, chantre de la mobiquité, nous constatons malgré tout que les échanges bien physiques, les yeux dans les yeux, entre les participants d'Autrans n'avaient pas besoin de tablettes ou de smartphones pour enrichir leur réalité... Néanmoins, nous avons immensément apprécié la qualité du wifi (CB Networks), qui n'a pas eu un instant de faiblesse malgré au moins 250 ordinateurs connectés au réseau, de la diffusion en direct et même des films en 3D diffusés en plusieurs endroits de la salle pour ceux qui s'ennuyaient.

Face à cette course en avant vers toujours plus de synchronisation entre les appareils, toujours plus de direct, toujours plus de twitts défilant à folle allure sur le mur de l'événement, il était intéressant de s'attarder un moment dans la cafétéria du centre avec Bruno Oudet, initiateur des Rencontres d'Autrans, de la Fête de l'Internet et, disons-le, l'un des pionniers de l'Internet en France.

Bruno Oudet, un pionnier qui n'en a pas fini avec les innovations technologiques et sociales

Bruno Oudet a évoqué sans nostalgie les heures glorieuses des premiers comptes de courriel, du premier réseau réunissant les chercheurs scientifiques français à l'étranger, et les premières éditions des rencontres d'Autrans enfin : "les premières années, la presse était très présente, l'AFP était là les trois jours. Ce temps des pionniers a duré 3-4 ans, puis ça s'est ouvert; un temps, la Fing a assuré l'organisation, et depuis 3 ans c'est Yannick Landais qui coordonne les apports. Autrans se renouvelle constamment, comme les outils numériques et leurs utilisations".

Bruno Oudet se définit comme un passeur, celui qui fait se rencontrer des sphères a priori éloignées. Universitaire de haut vol, il se passionne désormais pour les questions éducatives et l'insertion des jeunes. Il regrette que les équipements éducatifs soient sous-employés : "Les universités sont fermées quatre mois par an, et elles ne sont pas ouvertes non plus le soir. c'est du gâchis !". Il regrette également que la pédagogie universitaire soit si peu valorisée : "en 35 ans de carrière à l'université, je n'ai jamais vu un gars qui me dise 'Bruno, on va discuter ensemble de la manière d'améliorer ta façon d'enseigner'". Il estime que le grand défi aujourd'hui, c'est de capter l'attention des étudiants : "1h30 de cours, c'est trop long, ils ne suivent pas" et de les faire accéder aux compétences et connaissances réellement exploitables : "aujourd'hui, tu ne peux pas faire la 4eme année d'un cursus si tu n'as pas suivi tous les enseignements des années précédentes. Il faut à mon avis se concentrer sur la construction de micro-compétences; c'est de cette manière que nous reconnecterons l'éducation à l'emploi". Bruno souhaite d'ailleurs consacrer sa retraite toute proche à un projet d'insertion des jeunes par la formation, en adaptant ce que fait son ami Arthur Langer à l'université de Columbia, New York, au contexte français. Il envisage aussi d'accompagner des équipes locales pour créer l'équivalent des rencontres d'Autrans... en Tunisie. Et l'actualité récente lui donnera sans aucun doute une énorme motivation pour mener ce projet à bien !

C'est également Bruno Oudet qui a commandé à Thot Cursus l'étude "Les meilleures pratiques de l'éducation 2.0", disponible sous forme de carte heuristique ou en téléchargement. Cette étude présentée dans le cadre des ateliers consacrés à l'éducation animés par Pascale Luciani-Boyer, a été bien reçue, à la grande satisfaction de Bruno qui dit au passage, l'oeil malicieux "vous comprenenz, les universitaires ont des doctorats, alors ils savent tout, et ils écrivent tout eux-mêmes. Nous, au laboratoire LIG, on a choisi de ne pas faire, mais de faire faire par Thot Cursus, qui accomplit un formidable boulot depuis 15 ans". 

Quinze ans, effectivement : c'est l'âge commun des rencontres d'Autrans et de Thot Cursus. Quinze ans, cela fait de nous les aînés de Wikipedia (10 ans), de Facebook (7 ans), de Google (12 ans)... Bruno considère que les choses avancent, notamment au niveau politique : "les élus s'emparent des questions d'éducation, d'insertion sociale, et voient des liens évidents avec le monde des nouvelles technologies". Si Brest et Grenoble étaient effectivement fort bien représentées aux rencontres d'Autrans, les régions, les départements n'en étaient pas absents. Reste alors à assurer la "pollinisation des idées", comme le disait Thanh Nghiem à Autrans, pour que se manifeste et se construise l'intelligence collective.

La descente depuis Autrans jusque sur Grenoble permet de laisser reposer un peu les images, les conversations et les échanges numériques qui se sont entrechoqués pendant trois jours. Bruno Oudet a annoncé solennellement qu'il ne participerait pas  à l'organisation des rencontres d'Autrans en 2012... mais qu'il y serait peut-être en 2013, comme simple participant, avec ses nouveaux projets.

Les rencontres d'Autrans 2011 : programme, web TV, photos, mur Twitter...

Photos : C. Vaufrey, B. Oudet (Wikimedia Commons)


  1. le parti-pris de l'ange: consiste à considérer ce qu'apporte un outil plutot que ce qu'il n'a pas, ce dernier constat servant de prétexte à ne pas l'adopter.

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