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L'évaluation à l'aune de la distance

Une étude toute récente du REFAD fait le point sur les pratiques et les outils de l'évaluation en ligne.

Par Martine Dubreucq , le 18 avril 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 06 octobre 2012

Si le passage d'enseignant à celui d'enseignant en ligne semble amorcé partout, la question de l'évaluation en ligne est encore assez rarement abordée, sans doute parce qu'elle est loin d'être consensuelle : pour certains, peu regardants, un bon petit test de positionnement pour entrer et une certification pour sortir et le tour est joué ; pour d'autres, en particulier français, les très mal aimés QCM, les tests « machines à cocher » seraient le symptôme d'une fureur de tout évaluer bien dans l'idéologie contemporaine. 

Le document stimulant que Lucie Audet a préparé pour le Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada REFAD démontre, de nombreux exemples à l'appui, que l'évaluation en ligne est bien au contraire un outil de formation et d'individualisation et qu'elle est donc une chance pour l'évaluation en général.

Cette étude est à la fois un document de référence pour ses liens avec les grands textes les plus récents de la littérature didactique anglophone et francophone, un dossier complet sur les différentes expériences d'évaluation, en particulier avec le web 2.0, et une invitation à la réflexion et à la pratique personnelle. Sa très grande richesse peut difficilement se résumer dans un seul billet et nous reviendrons sans doute sur les multiples voies qu'elle ouvre pour les enseignants. 

L'étude commence par une analyse des facteurs économiques, technologiques, sociaux et pédagogiques qui contribuent au développement de l'évaluation en ligne, puis tente de faire le tour de ses pratiques et de ses modèles, aborde la question délicate du plagiat et s'achève par un examen des évolutions à venir.

 

En quoi l'évaluation en ligne permet-elle de poser de bonnes questions générales sur l'enseignement et l'évaluation ?

 

L'évaluation comme nécessité économique 

Nombre d'institutions sont passées à des évaluations en ligne et les environnements d'apprentissage devenus courants intègrent tous des outils d'évaluation . Cette influence de la gestion administrative des formations exerce une pression très forte pour une rationalisation de l'évaluation des cursus : crise oblige, il faut sélectionner vite et bien, pour le dire crûment. La standardisation des mesures crée des tensions un peu partout, que ce soit dans les universités ou les écoles. La psychométrie impose des logiques parfois bien éloignée des exigences d'un bon enseignement. Tout semble converger pourtant vers cette question cruciale quelque soit le système éducatif : qui touche aux évaluations touche à l'ensemble d'un système d'enseignement et d'apprentissage.

 

L'évaluation en ligne ne peut s'effectuer sans planification ni diversification des approches

Toute activité d'enseignement ne peut s'entreprendre sans énonciation des objectifs de la formation et sans précisions sur le types de compétences que l'on cherche à développer : leur mise en ligne facilite leur identification, leur partage entre différents enseignants. C'est une étape qui reste souvent négligée, que l'on traite comme une formalité encroûtée par des années de pédagogie par objectifs alors qu'elle est au cœur de la formation. Internet obligerait également à la réalisation d'activités d'évaluation plus larges qui mettent en jeu des « compétences diversifiées, incluant par exemple la créativité ou la collaboration ». La construction d'un bon système d'évaluation adapté à son public est ainsi « une occasion de réflexion », à saisir d'urgence.

 

L'évaluation en ligne donne plus de possibilité de rétroaction

La technologie permet de standardiser des corrections tout en donnant la possibilité de les individualiser mais le plus souvent, il faut bien l'avouer, elle ne soulage pas beaucoup l'enseignant du vieux travail redoutable de corrections de copies. Que ce soit avec les logiciels de traitement de texte, les versions modifiables des fichiers PDF, ou des outils spécialisés comme Markin, il ne semble pas que les solutions miracles aient été trouvées, d'autant que les étudiants ne prêtent pas toute l'attention qu'il faudrait à ces rétroactions. Nicholas Walker, au Collège Ahuntsic, explique comment il utilise Moodle et son glossaire  pour aider les étudiants à corriger leurs fautes de rédaction en anglais :  « La correction sur mesure avec Moodle ». C'est tout un champ de potentialités qui s'ouvre ici, avec sans doute pour l'enseignant un gros effort de  construction du glossaire qu'il peut d'ailleurs partager avec ses collègues ou avec ses étudiants mais davantage d'autonomie pour les étudiants ensuite,et par conséquent moins de moments accordés aux évaluations individuelles pour l'enseignant.
Une autre voie de rétroaction renouvelée intègre la voix et permet d'apporter des commentaires oraux à partir de copies d'écran. Un certain nombre d'outils ont fait leur preuve dans des contextes que Luce Audet décrit.

 

L'évaluation en ligne oblige à s'interroger sur les pratiques de fraude

Le chapitre sur le plagiat décrit les causes et l'évolution du phénomène, sans vouloir en réduire l'importance croissante avec internet. Si l'information, la prévention ne suffisent pas, les Canadiens croient beaucoup au développement des compétences informationnelles. Comme le dit Daniel  Peraya qui est ici cité « Si l'on veut éviter le plagiat, il faut améliorer les compétences en recherche et développer le sens critique dans le traitement de l'information ». Il est donc impératif de former à l'éthique et à la responsabilité, à la recherche documentaire, à la production écrite mais plus profondément, il faut repenser l'évaluation non plus en termes frileux et défensifs contre les pratiques de copier-coller mais bien comme un moyen de mesurer des habiletés de plus haut niveau que la simple mémorisation de savoirs (analyse, synthèse, confrontations de documents) au moyen d'évaluations "plus variées et plus continues".

 

Une approche essentiellement nord-américaine ?

Cette étude est un excellent prolongement des approches européennes sur l'évaluation qui partent d'autres champs comme la psychologie ou la docimologie, comme celles de François Muller ou Jacques Nimier, ou s'inscrivent dans une critique plus politique des modes de contrôle des institutions comme celle de d'Alain Chaptal.

Elle apporte une grande connaissance des expériences les plus récentes en matière d'évaluation avec de nouveaux outils plus adaptés aux pratiques d'un apprentissage qui change, demain plus immersif, plus collaboratif. 

Elle possède une qualité de premier choix : loin de s'appuyer sur des études purement universitaires, elle mêle expériences et références nombreuses, place à la fin de chacune de ses parties une invitation à l'analyse active à partir d'exemples pour inspirer aux formateurs des pratiques d'évaluation par Internet et se clôt par un précieux inventaire de logiciels et d’outils.

Un mot y revient souvent : "appréhension" auquel  elle répond par le mot "défi". Face aux peurs de voir ses modes d'appréhension du monde devenir inadaptés, il faut en effet se lancer, et en essayer d'autres.

 

Les pratiques et défis de l’évaluation en ligne (pdf) : document préparé pour le Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada (REFAD) par Lucie Audet, mars 2011

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