Articles

L'art de la facilitation

On préfère apprendre par nous-même, mais accompagné

Par Denis Cristol , le 02 mai 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 08 juin 2016

Apprendre à faire ce qui n'est pas facile, par soi-même et en groupe, demeure un défi, presque par essence. On demande au professeur de s'effacer, de changer son rôle... mais de ne pas trop s'éloigner quand même.

Pourquoi parle-t-on de facilitation ?

En formation, il est de plus en plus question de facilitation plutôt que d’animation des groupes.  Car le présupposé d’un formateur, qui sait pour les autres et les guide dans l’acquisition d’une connaissance, s’enrichit d’une dose plus forte d’autonomie de l’apprenant dans son rapport au savoir. Cette autonomie est au carrefour de trois dynamique elle est simultanément :

  • un but politique et philosophique qui peut se nommer « émancipation », ou accroissement de son pouvoir de penser et d’agir,
     
  • une conséquence des transitions sociétales et environnementales qui incitent à comprendre la virulence ce qui se passe,
     
  • une possibilité offerte d’ouverture par les outils de communication et de la démultiplication des sources de connaissances via internet.
     

Si cette tendance de chercher et de s’investir soi-même dans la connaissance se propage pour des autodidactes dans le but d’accroitre des connaissances et pouvoir d’agir individuel, elle se développe aussi pour des sociodidactes dans le but d’accroitre des connaissances et des pouvoirs d’agir collectifs, alors il s’agit de mieux comprendre comment elle agit.

La facilitation un art relationnel de la confiance de l’ouverture et de l’inclusion

La facilitation est un art relationnel fait d’interactions avec des groupes.  Les interactions entre facilitateurs et groupe prennent différentes formes telles que :

  • La création d’un cadre relationnel bienveillant, chaleureux et positif : Ce premier acte est le premier don fait au groupe, celui d’un sourire, d’une attention, d’un geste, d’un peu de boisson ou de nourriture pour la chaleur, le confort et le bien être des participants.

    Il passe par l’anticipation et la préparation de gestes simples mais sincères pour les autres puis par l’effet d’entrainement en réciprocité qui crée le cadre nourricier.
     
  • L’inclusion d’un nouveau membre ou l’inclusion du groupe à lui-même : la première réussite d’une  facilitation est déjà la réussite de l’inclusion d’un nouveau membre ou du groupe à lui-même.

    Elle passe par la mise en sécurité affective de chacun, par la bienveillance qui se met en place mutuellement. La facilitation permet à chacun d’inclure les autres, de s’accueillir mutuellement.
     
  • L’ouverture d’un échange : c’est un travail maïeutique sur un sujet d’intérêt fort et commun, qui nait d’un ressenti individuel, d’un enrichissement de la parole de l’autre ; parole qui se transforme progressivement en question authentique à enjeu personnel, professionnel, individuel ou collectif.
     
  • L’accueil d’une émergence : cette attitude est centrée sur le repérage de signaux faibles, d’opportunités, d’ouvertures qui s’expriment soit au détour de mots, d’adjectifs marquants, ou de phrases,  soit par des ruptures de rythmes ou des modifications dans les façons d’interagir. Une émergence est une possibilité nouvelle une idée, un éclairage  dans une situation d'apprentissage.

  • La régulation ou le recadrage : correspondent à l’expression du retour vers des règles formelles ou informelles acceptables de l’échange. Seul le groupe sait ce qui est acceptable par rapport aux règles de communication.

    La facilitation consiste à percevoir le niveau de tolérance possible par rapport aux transgressions dans le cadre de l’échange. Le retour vers des règles du jeu, ou des points de repères établis collectivement, permet le rappel à la règle.
     
  • La prise de hauteur sur ce qui est vécu ici et maintenant (posture méta) : tout un coup, la prise de hauteur par un membre (souvent le facilitateur) modifie le niveau d’échange et la façon d’appréhender une situation. Il est ainsi possible de pointer le niveau ou se situe un questionnement qui porte sur l’environnement, à un autre niveau qui évoque les comportements, ou les  capacités, ou encore les croyances, l’identité voire un niveau spirituel, pour reprendre les niveaux logiques de Dilts [1].
     
  • L’exploration de ses états internes : 80% des capteurs sensoriels humains sont centrés sur l’intérieur du corps (proprioception). La facilitation participe d’une meilleure centration sur soi pour mieux se connecter avec les autres.

    Apprendre à identifier ses états internes permet de progresser dans un discernement de ce qui se passe pour un individu, soi ou le groupe.

  • Le partage des émotions : les émotions vécues sont essentielles, elles ouvrent le collectif vers plus de sens du possible quand elles sont partagées.

  • Le retour vers le groupe d’un processus à l’œuvre : la facilitation est un effort collectif de percevoir et de s’ajuster en continu et de façon harmonieuse aux processus qui s’enclenchent dans les groupes.

    L’interrogation du groupe sur les émergences en cours et le partage avec lui de ce qui est ressenti participe de la compréhension de ces processus et de la place de chacun dans ce processus.

  • La reformulation d’une synthèse d’une vision : la vision est à la fois un processus et un état stable à un moment de ce qui peut se passer.  La vision qui se tisse progressivement unit les fils des uns et des autres vers un même objectif.
     

Perspectives

Si la facilitation procède d’un art relationnel, la première question qui se pose est de parvenir à s’y entrainer, à faire ses gammes, à agir pour fluidifier les échanges, les rendre plus cohérents, plus bienveillants et respectueux des autres.

Introduire de telles pratiques en formation requiert d’accueillir des idées nouvelles, des situations et des enjeux non planifiés, de sortir des programmes tout faits.

La seconde question est celle de la transposition de cet art relationnel au contexte  numérique, dont les interactions sont plus saccadées, transportées par un flux numérique qui ne peut se modifier en même temps qu’il se déploie, ce qui est une caractéristique essentielle de la communication humaine qui accepte et joue du flou, des ambigüités, des sous-entendus, des changements irrationnels et instinctifs. Il y a certainement beaucoup à explorer  pour maitriser cet art de la relation en face à face ou à distance.

Illustration: Grainsore opens at the digital hub - REF-1080472 via photopin

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné