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Mon collègue connecté : «Tweet a read», quand la magie s’invite en cours de français

"Tweet a read", un marque-page pour ne pas oublier de rouvrir votre livre

Par Élodie Lestonat , le 25 avril 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2016

Il était une fois une professeure de français dont l’amour pour les livres n’avait d’égal que le plaisir de faire découvrir à ses élèves les trésors de la littérature.

Malheureusement, lorsqu’elle interrogea sa classe de quatrième B pour savoir quelle place prenait la lecture parmi les activités de loisirs des collégiens, elle comprit très vite ô combien il serait ardu de mener à bien la mission qu’elle souhaitait se fixer cette année. Scapin, Argante, Léandre, Géronte et Hyacinthe ne pouvaient séduire l’esprit de la jeunesse que si cette dernière les y autorisait.

Or Twitter, Facebook, YouTube et tous leurs petits compagnons savaient, mieux que quiconque, se parer d’atouts ensorceleurs prompts à hypnotiser ceux et celles qui ont le malheur d’y jeter un regard. Ils représentaient une concurrence féroce et terriblement efficace pour un Molière hors-jeu aux yeux de collégiens avides d’images chocs et d’émotions instantanées, zappant avec appétit d’une application à l’autre, se nourrissant avec frénésie de syntaxes appauvries sur les réseaux sociaux.

Faire sa place

Demeurait-t-il une place pour l’univers fantasque et bien plus déjanté qu’il n’y paraît des « Fourberies » ? Madame Lausnier estimait que oui : Molière devrait s’adapter… ou mourir. Et il était hors de question d’assister à l’enterrement de cet auteur si délicieusement inventif.

Le tout était de se munir d’une stratégie bien sentie. Là commençait l’aventure de notre professeure de français.

Proposer l’acquisition du texte de la pièce de Monsieur Poquelin ne ravit guère les élèves, plus prompts à investir leur argent de poche dans la dernière mise à jour de leur console de jeu. Pas plus que leurs parents, plutôt préoccupés par un abonnement à la nouvelle chaîne câblée à la mode.

Faire penser à mettre dans les cartables le texte de la pièce ne fût pas d’une grande difficulté tant l’investissement de quelques Euros pour l’achat d’une œuvre de littérature ancienne avait marqué les esprits.

Il restait l’obstacle le plus insurmontable à franchir : se débrouiller pour que chaque élève lise la pièce de théâtre jusqu’à la dernière page… et ceci avant la fin du trimestre.

Un repère qui se repère

« Si tu ne viens pas à Molière, Molière viendra à toi ! »,

s’imaginait déclamer à haute voix Madame Lausnier alors qu’elle distribuait à chaque enfant une plaquette orange, mince, légèrement renflée à son extrémité supérieure et à l’effigie de l’auteur. Le « Tweet for a read » faisait son apparition dans les mains des élèves étonnés.

« Qu’est-ce que c’est Madame ?, questionna Laura, une petite brune aux cheveux courts assise au premier rang.

- C’est un marque-page, lui répondit la professeure. Mais attention, il ne s’agit pas de n’importe quel marque-page : c’est un marque-page connecté !

- Qu’est-ce qu'il a de spécial Madame ? s’étonna Sylvestre

- Il a un pouvoir magique, renchérit Madame Lausnier

- Ah ouais ! Super !, s’exclama la classe à l’unisson »

La professeure se gardait bien de dévoiler la capacité étrange et mystérieuse de ce nouvel instrument. Il ne faudrait pas gâcher le plaisir de la surprise. Elle proposa en revanche aux enfants de sortir leurs téléphones portables. Puis leur demanda de scanner le QR code imprimé sur le marque-page qui leur avait été attribué.

« Bien entendu, je souhaite que chacun d’entre vous ait terminé la lecture du premier acte pour la fin du mois. »

Brouhaha général et protestations en tous genres se firent immédiatement entendre. Mais Madame Lausnier restait inflexible, car elle savait que cette mission ne serait pas impossible.

Quand l’auteur s’adresse à ses lecteurs

D’ailleurs, il ne lui fallait attendre qu’une petite semaine avant que les premiers effets du pouvoir des marques-pages magiques ne se fissent constater. Ainsi, le lundi qui suivit…

« Euh, Madame, y’a un truc bizarre qui s’est produit ce matin, annonça Sylvestre

- Ah oui ? Quoi donc, interrogea la professeure

- Ben… J’ai reçu un Tweet de Monsieur Molière… »

Rires et moqueries colonisèrent alors la classe jusqu’à ce que Laura intervienne.

« Moi aussi Madame, j’ai reçu un Tweet du Monsieur Molière », puis « même qu’il était écrit comme dans le livre que vous nous avez demandé de lire… je veux dire : dans le même style quoi ! », ajouta la jeune fille comme pour se défendre et prouver l’authenticité du message reçu.

Le sérieux avec lequel Madame Lausnier réagissait impressionna l’ensemble de l’assemblée et personne n’osait plus émettre de raillerie. Bien au contraire, les comptes Tweeter de Laura et Sylvestre devenaient de véritables vedettes et chacun à son tour voulait lire ces Tweets magiques provenant d’un personnage disparu depuis plusieurs siècles.

« Et que vous propose ces messages, demanda alors la professeure sans se démettre de son air grave

- Ils nous conseillent de rouvrir au plus vite notre livre, l’informèrent Laura et Sylvestre

- Cela sous-entend-t-il que vous aviez abandonné votre lecture, s’étonna Madame Lausnier

- Euh… peut être que oui, avouèrent tous penauds les deux camarades

- Vous savez donc ce qui vous reste à faire, n’est-ce pas ?

Un concentré de technologie au service du lecteur

Quelques semaines plus tard, à une collègue qui s’étonnait de la rapidité avec laquelle sa classe avait engloutie « Les fourberies de Scapin », Madame Lausnier expliqua le fonctionnement absolument génial du « Tweet for a read ».

« Le marque-page est muni d’un capteur de lumière qui détecte l’obscurité dans lequel il est plongé quand le livre est fermé. Grâce à un minuteur intégré à une nano-puce connectée au réseau Wifi domestique, il peut déclencher l’émission d’un Tweet à l’attention de l’utilisateur qui a enregistré son QR code au moment de l’activation du système.

Si le « Tweet for a read » n’a pas vu la lumière du jour au bout d’une semaine, il envoie au lecteur un Tweet pour lui conseiller de reprendre sa lecture. Et le meilleur, c’est que le texte du Tweet sera habilement écrit à la façon de l’auteur du livre et envoyé depuis un compte créé à son nom. Comme si l’auteur lui-même s’entretenait avec son lecteur».

Puis la professeure ajouta, contente d’elle : « les élèves ont été enchantés ! »

 

 

Illustration : www.blogdacompanhia.com.br

Références

Brault, Melissa. ""Tweet for a Read" : Marque-page Connecté Qui Vous Incite à Finir Votre Livre." Aruco. Date de parution 11 août 2014. https://www.aruco.com/2014/08/tweet-for-a-read/.

Lambert, Maxime. "Tweet for a Read, Le Marque-page étonnant Qui Vous Oblige à Terminer Votre Livre." Gentside. Date de parution 30 juillet 2014. http://www.gentside.com/lecture/tweet-for-a-read-le-marque-page-etonnant-qui-vous-oblige-a-terminer-votre-livre_art63918.html.

Nebra, Marie. "Finissez Votre Livre Grâce à Tweet For A Read." Connect-object : Le Blog De Référence Des Objets Connectés. Date de parution 01 août 2014. http://www.connect-object.com/loisir/2014/08/01/tweet-for-a-read-le-marque-page-qui-vous-incite-a-finir-votre-livre/.

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