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Devenir videophile en deux semaines

Vidéo : premier agent culturel

Par Denys Lamontagne , le 25 avril 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 02 mai 2016

Une personne qui a beaucoup lu est normalement considérée comme cultivée. Elle s’est frottée à de nombreuses oeuvres riches, denses et inspirantes. Sa pensée s’est forgée au contact de toute cette culture.

Un des points communs des gens qui parviennent à de grandes réussites est que non seulement ils lisent beaucoup mais qu’ils choisissent soigneusement leurs lectures.  Ils ne ne se divertissent pas, ils se cultivent, souvent dans des directions précises. Mais qu’en est-il des habitudes de lecture ?

Les pratiques changent

Au niveau de la lecture, plusieurs tendances contradictoires sont actuellement en développement :

  • la population en général lit de moins en moins de journaux et de livres;
  • il se publie plus de livres et de documents que jamais dans l’histoire; avec comme corollaire que les tirages diminuent;
  • les gens lisent et écrivent beaucoup plus fréquemment, mais des messages de plus en plus courts;
  • la fréquence de visionnement de vidéos, déjà importante, s’accélère.


On en déduit que la lecture perd du terrain au profit de la vidéo. Le fait est là et cette tendance va encore s’amplifier compte tenu que les outils et les canaux de diffusion de la vidéo s’étendent alors que ceux du livre et de l’imprimé se contractent.

La vidéo pour se cultiver

Est-ce que la vidéo peut rivaliser avec le livre pour se cultiver ?  Pour tenter d’y répondre, depuis deux semaines je me suis soumis à une cure intensive de vidéos, moi qui n’en regardait que très peu.

La première étape fut de trouver des sources de vidéos intellectuellement stimulantes et diversifiées. J’en ai profité pour mettre à jour notre Répertoire des vidéos éducatives, qui est maintenant ma porte d’entrée.

La seconde a été de sélectionner les sources les plus intéressantes et de les cadrer avec mes intérêts. J’ai évidemment mes préférées, mais mes préférences changent avec le temps et l’heure de la journée.  Comme de passer des romans aux essais et de la bande dessinée à la poésie. En fait l’important est surtout de savoir où trouver des vidéos qui correspondent le mieux à nos besoins et à notre état émotionnel du moment. Quand je suis dans en mode «développement» je n’ai pas les mêmes attentes que lorsque je suis en mode «réflexion».

À force de regarder des vidéos formidables, je suis devenu moins tolérant aux vidéos de moindre qualité, ce qui réduit passablement le choix; exit les conférences interminables de têtes parlantes. Quand l’écrémage des vidéos a été complété, j’ai commencé à passer plus de temps à rechercher et à survoler des vidéos qu’à en regarder véritablement, comme on potasserait dans les rayons d’une bibliothèque plutôt que de se plonger dans un bon livre.

Ce qui m'a ramené au point de départ, c’est à dire de ce qui distingue les gens qui ont du succès au niveau de leurs lectures : ils sélectionnent.  Quand mon «potassage» a commencé, je me suis rendu compte que j’avais perdu ma direction initiale; la sérendipité avait gagné; j’errais dans le divertissement plutôt que de me cultiver, je «stumblais».

Quand on ne sait pas trop ce que l’on veut ou que l’on ne sait plus où le trouver, Stumble peut justement aider car, en lui indiquant nos préférences à chaque suggestion, les suggestions proposées deviennent de plus en plus pertinentes, ce qui parfois nous remet sur les rails.

Les monstres acceptent tout le monde

Si au début j’évitais les sites monstres que sont YouTube, Dailymotion et Viméo, de peur de m’y égarer justement, maintenant je les fréquente assidûment. Mais il y a une condition : savoir ce que l’on veut. 

Je peux refréquenter Cioran, rencontrer Conrad (le dessinateur), m’amuser des délires de la gravité quantique, être inspiré par une démonstration concluante, etc. suffit de se concentrer sur sa recherche et ne pas dévier, ni à la première occasion, ni à la dixième.

Savez-vous quel est le premier outil de recherche des jeunes en bas de 15 ans ? YouTube !  Ça je ne l’avais pas encore compris.  Personne n’est exclu, même ceux qui n’aiment pas lire. J’ai une amie analphabète (quand on est né au Cambodge, les chances sont élevées de ne pas savoir lire) dont la page Facebook n’a que des vidéos.  J’ai compris : la culture n’est plus réservée qu’aux seules personnes qui aiment lire.

Ce qui n’exclut ni la discipline, ni l’organisation; elles demeurent nécessaires si on veut étudier avec les vidéos : on a besoin de retrouver ses références, de les organiser, de les annoter, de les partager et de les discuter. Ceci maîtrisé, on peut s’attendre à trouver de plus en plus souvent de gens dont la culture viendra principalement de la vidéo car la vidéo est plus accessible que le livre et elle est aussi plus facile à produire et à diffuser.

En conclusion

Même si je lis encore beaucoup, j’ai changé une partie de mes habitudes vers la vidéo.  Plutôt que de me demander seulement «Qu’est-ce qui s’est écrit sur …? », je me demande maintenant «Qu’est-ce que qui se sait sur … ?» en écrit et aussi en vidéo.  

En ce qui me concerne, je suis même surpris de développer une curiosité, pour ne pas dire une préférence, pour la vidéo, du moins dans la phase sensibilisation. Ça y est, je suis contaminé.

Illustration : DL

Références

The Reading Habits of Ultra-Successful People - Andrew Merle - Medium
https://medium.com/life-learning/the-reading-habits-of-ultra-successful-people-d565b26f15f5#.ne1jnxcw6

Statistiques You Tube
https://www.youtube.com/yt/press/fr-CA/statistics.html

Répertoire des vidéos éducatives
http://cursus.edu/institutions-formations-ressources/formation/13485

Stumble upon - Video - http://www.stumbleupon.com

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