Articles

Et si nous repensions les usages des espaces pédagogiques?

Des locaux inutilisés n'attendent qu'un peu d'imagination

Par Denis Cristol , le 30 mai 2016

Les centres de formation, les écoles,  les universités  perçoivent bien que le seul apport de contenu ou d'information ne fait pas l'apprentissage. Dès lors ils cherchent à repenser ce qui fait leur essence. Ils cherchent à imaginer la réponse à la question «pourquoi rassembler des étudiants, des apprenants alors que tous les savoirs sont accessibles ?».

Qu'est ce qui fait qu'un formateur, une équipe une institution apporte quelque chose d'irremplaçable et de non transportable via les réseaux? Les pistes de propositions ci-après s'inspirent de démarche Hack'apprendre initiée par l'université catholique de Louvain ou l'approche Edumix du Learning Lab Network qui chacun à leur façon cherche à repenser la pédagogie.

Réinventer les orientations

La première série d'idées est relative à la façon dont les politiques éducatives, programmes  et plans de formations se conçoivent. Il s'agirait d'offrir l’accès au centre de formation, laboratoire d’apprentissage, salles à des associations professionnelles, partenaires ou forunisseurs pour qu’elles inventent leurs usages pédagogiques. Il est aussi possible de décloisonner, de créer des cours sur les valeurs de service public, des séminaires ou des soirées pour des familles, des voisins, l’hôpital d'en face...

De proposer deux jours d’accélération des projets d’innovation, d'organiser un forum ouvert pour capter des idées radicalement nouvelles. Et pourquoi ne pas mettre en relation des retraités/des seniors dans des maisons de retraites  via internet et des jeunes qui ont envie d’apprendre. Créer ensemble une  carte en ligne des innovations remarquables sur les métiers serait aussi une manière de veiller et d'apprendre ensemble.

S’ouvrir à l’extérieur

Les centres de formation sont parfois recroquevillés sur leurs seuls imépratifs de gestion du budget. Mais pourquoi ne pas abriter à demeure une équipe de recherche, un ou deux doctorants. Pourquoi ne pas créer une tour de Babel rassemblant des contacts internationaux pour partager des savoirs à distance. Et que se passerait-il si sortant du centre de formation, les équipes pédagogiques et les stagiaires allaient à la découverte des habitants et entreprise en proximité ? Seraient-ils capables de nouer 10 partenariats à petite échelle, profitables à tous ? Pourquoi ne pas offrir de l’espace un temps à des fournisseurs et prestataires pour la création d’un showroom des techniques pédagogiques numériques ?

Cela ne permettrait-il pas de faire connaître ces techniques et usages ? Et si le centre de formation ou laboratoire d'apprentissage organisait des classes d’été sur des places de ville sur les sujets sociétaux, techniques ou professionnels ? Quelle dynamique cela créerait-il ?

Voire même, pourquoi ne pas préparer et organiser une tournée en bus pédagogique pour sensibiliser sur les enjeux d'un métier, d'une technique, ou aux valeurs et grandes causes d'intérêt général ? Il serait encore possible d'imaginer accueillir un entrepreneur qui agit dans le sens de l’intérêt général ou dans le métier et mettre la puissance de 50 volontaires pour aider son projet pendant 2 jours.

Repenser la pédagogie

Repenser la pédagogie peut passer par la création de cours transdisciplinaires en mélangeant les disciplines, et des professionnels de différents milieux  par un séminaire transpôle de compétences pour inventer de nouvelles disciplines. Sur cette idée un chercheur  a déjà inventé le cours de smurtz pour hybrider les savoir.

Rien n'enpêche de réinventer les pratiques  par un hackaton pédagogique et d'imaginer des défis pédagogiques à relever par les formateurs. Il serait aussi possible d'envisager des sessions-soirées  pour des professionnels de l’apprentissage : dressage de chiens, danseurs, facilitateurs graphiques, atelier conte. On pourrait faire créer 100 idées de formation nouvelles à un groupe hétérogène pédagogue, quidam, chercheurs, passants, professionnels. Avez vous déjà organisé une nuit des « pédagogies de la nuit », repensé le mouvement et les espaces, ou l'art ? A la place des pédagogies par objectifs pourquoi ne pas créer un séminaire d’invention pour une pédagogie des émotions ? Il serait aussi intéressant de relever le défi au sein d’ateliers de réussir des désapprentissages.

On pourrait à la façon des Réseaux d'Echange Réciproque des Savoirs organiser une journée d’échange de savoirs communs et pratiques pour initier un réseau de partage. Enfin, dans l'idée des «makers» pourquoi ne pas venir au laboratoire d'apprentissage ou centre de formation et réparer sa formation cabossée et vieillie mais qui roule toujours pour la remettre à neuf

S’acculturer au numérique

La grande question est celle du numérique. Il est partout. Comment l'intégrer ?  Alors il serait bien d'organiser un atelier objets connectés en pédagogie ou bien de créer  en 24 h chrono un MOOC une e-ressource ou une vidéo pédagogique selon l'exemple de Novancia et de la création d'entreprise.

Il est aussi possible d'ouvrir les espaces pour faciliter le test des pratiques numériques pour ses formations, d'accueillir un hackaton numérique pour apprendre à hybrider, de créer une journée « apprendre avec son téléphone » et plus généralement de mettre à disposition des ressources matérielles, logicielles et humaines pour aider un club de formateurs à développer ses compétences.

Développer la qualité de vie au travail

Les centres de formation ou laboratoire d'apprentissage pourraient aussi s'intéresser à la qualité de vie au travail. Faire une journée au service du personnel qui exprime un besoin d’aide (problème pratico-pratiques, de transport, de logement, juridique etc.) ou bien développer une initiative bien être avec des cours décalés : cours d’éloquence, cours de rire, initiation au yoga, au reiki, au dessin, cours de jardinage bio, méditation ou conte.

Tout ce qui introduit du vivant de l'inattendu, repose des questions sur les valeurs. Pour les pragmatiques, il serait aussi imaginable de réaliser une opération kaizen pour résoudre un problème d’aménagement de travail ou d'ergonomie, ou bien d'organiser des initiatives avec un fab-lab éphémère pour repenser les bureaux individuels de ceux qui le souhaitent.

Repenser les usages d'un centre de formation ou laboratoire d’apprentissage, y intégrer une nouvelle énergie

Ce qui distingue une salle et un lieu vivant, ce sont les énergies qui y circulent. Créer des communs : grainerie partagée, bibliothèque pour tous, recyclage d’objet, mini potager permet de faire circuler des connaissances, des objets, de la vie. Il est possible pour imaginer cette vie faire remixer  les usages du  lieu en faisant venir des citoyens des acteurs  et exprimer leurs idées (voir l'exemple de muséomix).

Il peut être aussi inspirant d'installer une caméra dans un lieu éloignée, un coin de nature  inspirant et retransmettre les images en continue comme dans un cadre de tableau. On peut imaginer accueillir hors des heures ouvertures, en soirée, une chorale, un cours de yoga, de zen, de tai-chi, une initiation à un art.

Enfin, si les participants sont d'accord on peut installer une caméra qui filme ce qui se passe pendant les temps pédagogiques  et étudier les temps captés en accéléré pour comprendre ce qui fait apprentissage. Enfin, faire concevoir la décoration d'un centre de formation par ses habitants eux-mêmes est vecteur d'appropriation de nouveaux usages et d'apprentissage par essai erreur...

Illustration : Forley - Flicker

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné