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L'holacratie, le modèle avant-gardiste de gestion

Une administration sans chefs, est-ce possible? Pour les adeptes de l'holacratie, oui.

Par Alexandre Roberge , le 01 mai 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 09 mai 2016

Réinventer l’économie. Quand la crise économique mondiale a frappé en 2008, de nombreux dirigeants souhaitaient une réinvention du marché et du capitalisme tels qu’on les connaissait. Or, près de dix ans plus tard, les schémas n’ont pas véritablement changé.

Alors, peut-être que le changement ne doit pas venir d’en haut, mais d’en bas, c'est-à-dire des entreprises elles-mêmes. Par exemple, à la fin 2013, début 2014, une jeune gazelle florissante choisissait d’effectuer des bouleversements majeurs qui allaient laisser le monde coi. Zappos, vendeur de chaussures par Internet racheté par Amazon en 2009, décidait d’éliminer les postes de directeurs et de patrons dans son entreprise. Alors, qui décide? Tout le monde.

Plus de patrons

Ça peut sembler utopique pour des sociétés généralement basées sur des hiérarchies comme la nôtre, mais Zappos a décidé d’emprunter un modèle dit holacratique. Il n’y a plus de dirigeants qui prennent les décisions, mais des «cercles» d’employés. Ici, plus de départements comptabilité, ressources humaines et autres. Les regroupements analysent des situations et donnent leurs avis sur les questions. À la manière d’une poupée gigogne, chaque cercle «inférieur» soumet ses suggestions au supérieur qui doit en tenir compte. Ainsi, les décisions entrepreneuriales sont collectives et plus seulement l’œuvre d’une seule femme ou homme. De plus, les tâches autrefois hiérarchisées ne le sont plus. Par exemple, chez Zappos, tout le monde doit au moins faire 4 semaines au centre d’appels de l’entreprise, y compris son PDG!

En fait, bien que précurseurs, Zappos n’a rien inventé. Le terme holacratie qui est, d'ailleurs, même une marque puisqu’elle a été conçue en 2007 par Brian Robertson, fondateur d’HolacracyOne, la société qui parraine les entreprises qui empruntent le modèle. On devrait donc écrire Holacracy, en fait. Toutefois, l’approche de Robertson n’a rien de neuf, reprenant le mode de gouvernance dite sociocratie qui a été inventé dans les années 70 par Gerard Endeburg.

Même s’il n’est pas neuf, il n’en demeure pas moins que le modèle attire. 400 entreprises ont adopté le modèle. Un chiffre en croissance, inspiré par le succès de Zappos. Et puis, cela se comprend. Ce modèle sociocratique brise l'approche tayloriste et de la vue pyramidale souvent décrié pour être aliénant. Cela annule la possible tyrannie du petit chef qui pouvait énerver les employés. Désormais, tous se retrouvent sur un pied d’égalité et ont plusieurs rôles décisionnaires dans l’entreprise dans différents cercles de communication, formation, etc.

Le modèle s’apparente aussi à la méthode agile et à l’approche de l’intelligence collective qui fait le bonheur du Web actuel. En effet, comme dans la méthode agile, l’holacratie se veut capable de réagir promptement à des changements et à apporter des solutions créatives aux obstacles. Quant au fait de réunir les travailleurs dans différents groupes pour apporter des idées, cela se rapproche tout à fait de ce qui se fait sur les wikis, les encyclopédies en ligne, etc.

Pas un modèle pour tous

Évidemment, tout n’est pas rose avec cette idée. En effet, bien qu’ayant généralement une bonne presse, certains remettent en question le modèle. Déjà parce que certains croient que sous couvert d’aucune hiérarchie, il y en a quand même une. Les cercles supérieurs ont une influence plus grande et si, certes, n’importe quel employé peut faire partie des cercles, il y a forcément des leaders qui vont davantage prendre la parole et imposer leur point de vue. D’autant plus que, soyons honnêtes, souvent cette décision d’instaurer une holacratie vient d’un patron. Celui de Zappos l’a infligé à la base à ses employés et si la plupart ont adoré, certains ont résisté. Au point où en avril 2015, Tony Hsieh invitait ceux insatisfaits du modèle et le ralentissant à quitter l’entreprise avec compensation financière. 14 % de la main-d’œuvre quittait alors le navire.

Ce n’est donc pas une approche qui est faite pour tout le monde puisqu’il exige une implication supplémentaire de la part du salarié. Un modèle plus facile à intégrer dans une entreprise en démarrage que dans une établie depuis des années, car les habitudes sont difficiles à modifier. Et puis, certains observateurs sont encore plus cyniques avec l'holacratie, prétextant qu’il ne s’agit que d’une approche à la mode qui, comme 90 % des nouvelles tendances en gestion d’entreprise, disparaîtra au profit d’une plus traditionnelle.

Il est difficile de dire actuellement si l’holacratie ou la sociocratie deviendra une méthode adoptée ou si elle s’évanouira dans le temps. Trop peu de compagnies ont pris ce virage pour parler d’une révolution. Néanmoins, ceux qui s’intéressent et étudient l’administration feraient bien de l’analyser en long et en travers.

Et puis, la question se pose : ce modèle peut-il s’appliquer à d’autres champs d’activités que celle commerciale? Qu’en est-il, par exemple, de l’école? Un établissement scolaire pourrait-il être viable sans direction, uniquement pilotée par des groupes de professeurs? La tâche serait sûrement énorme pour eux, mais peut-être y aurait-il moins de décalages entre ce que désire l’administration scolaire et le corps enseignant. Et ça ne prendrait surement pas beaucoup de temps pour les étudiants demandent aussi à faire partie des «cercles». Il y a de quoi méditer longuement sur la question de la sociocratie. Et tout ça, grâce à une entreprise de chaussures en ligne...

Illustration : Punkmedia.nl via Foter.com / CC BY-NC-SA

Références

"The Holes in Holacracy." The Economist. Dernière mise à jour : 5 juillet 2014. http://www.economist.com/news/business/21606267-latest-big-idea-management-deserves-some-scepticism-holes-holacracy.

Isaia, Henri. "L’holacratie : Une Barbarie Douce ?" Fenêtres Sur Le Monde…. Dernière mise à jour : 22 mars 2016. http://henri-isaia.fr/index.php/2016/03/22/lholacratie-une-barbarie-douce/.

Lorriaux, Aude. "L’holacratie, Le Modèle D’entreprise Qui Se Passe De Chefs." Slate.fr. Dernière mise à jour : 18 juillet 2015. http://www.slate.fr/story/104517/holacratie-entreprise-sans-chef.

Manenti, Boris. "Zappos : Bienvenue Dans L'entreprise Du Bonheur (sans Chef)." L'Obs. Dernière mise à jour : 16 avril 2015. http://tempsreel.nouvelobs.com/bien-bien/20150415.OBS7289/zappos-bienvenue-dans-l-entreprise-du-bonheur-sans-chef.html.

Niosi, Laurence. "Holacratie: pas De Boss, Pas De Problème ?" La Presse. Dernière mise à jour : 22 juin 2015. http://affaires.lapresse.ca/cv/vie-au-travail/201506/22/01-4880040-holacratie-pas-de-boss-pas-de-probleme-.php.

Normandin, François. "L'holacratie, La Panacée De Nos Maux Organisationnels?" Revue Gestion HEC Montréal. Dernière mise à jour : 27 février 2016. http://www.revuegestion.ca/innover/lholacratie-la-panacee-de-nos-maux-organisationnels/.

Normandin, François. "L'holacratie, Ou être Mieux Servi Par Soi-même!" Revue Gestion HEC Montréal. Dernière mise à jour : 25 février 2016. http://www.revuegestion.ca/innover/lholocratie-ou-etre-mieux-servi-par-soi-meme/.

Renou, Fabien. "L'holacratie : Et Si on Se Passait Des Chefs ?" JDN. Dernière mise à jour : 20 janvier 2014. http://www.journaldunet.com/management/direction-generale/1133724-l-holacratie-et-si-on-se-passait-des-chefs/.

Tachot, Aurélie. "Ni Chef, Ni Hiérarchie : Voici L’holacratie !" Exclusive RH. Dernière mise à jour : 19 avril 2016. http://exclusiverh.com/articles/site-emploi/ni-chef-ni-hierarchie-voici-l-holacratie.htm.

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