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L'engagement citoyen stimulé

On apprend les vertus de l'engagement

Par Denis Cristol , le 15 août 2016

Les démocraties sont de fragiles édifices de discussions et de dialogue qui négocient en permanence le contrat social liant ses citoyens.

Elles sont actuellement mises sous tension par des transformations sociétales de grande ampleur : chocs démographiques, déplacement de population, réchauffement climatique, numérisation des sociétés, etc. Avec le numérique  les façons de dialoguer se transforment et font imperceptiblement muter les cadres du dialogue. Les démocraties ont mutés dans le temps :

  • Les démocraties électives ou représentatives sont (re)dessinnées après la deuxième guerre mondiale avec une place plus grande des partenaires sociaux,
  • Les démocraties concertatives et leurs grands nombres de commissions sociales ou d’experts,
  • Les démocraties participatives cherchent à associer les citoyens aux décisions,
  • Les démocraties collaboratives utilisent tout le potentiel d’internet pour soumettre des sujets au vote électronique,
  • Les démocraties totales ou directes poursuivent l’ambition de se passer d’intermédiaires.
     

Actuellement, les citoyens délèguent à des représentants leur pouvoir de décision. Les gouvernements centraux sont garants des grands équilibres et s’efforcent de maintenir la meilleure qualité de dialogue. Mais, les demandes de réforme des règles du jeu du dialogue et des prises de décision connaissent une multitude d’interpellations, qui incitent les citoyens à prendre une place trop longtemps délaissée et de réapprendre l’engagement. Trois bouillonnements sont observables :

Au niveau des états :

Les états perçoivent bien les difficultés qu’ils rencontrent pour réformer. Ils s’efforcent de s’appuyer sur les initiatives citoyennes, voire de les susciter pour créer un nouvel élan. Les grands sommets internationaux sur l’environnement ou le climat sont des exemples d’animation de débat.

Actuellement, l’initiative « Gouvernement ouvert » et ses 26 engagements. Parmi, ceux-ci trois axes sont particulièrement notables et ont un impact sur la façon à exercer son rôle et devenir un citoyen:

  • L’ouverture des données (open data),
  • La co-construction par les citoyens des politiques publiques,
  • L’accès aux technologies collaboratives.
     

Le sommet international de décembre 2016 qui sera présidé par la France est un exemple d’engagement des états dans la dynamisation des pratiques citoyennes. Les 62 pays inscrits montreront comment ils associent leurs citoyens aux décisions qui les concernent.

Au niveau des collectivités territoriales :

Les collectivités territoriales sont au quotidien en contact avec les « citoyens, usagers, consommateurs, clients, contribuables, voisins, électeurs, travailleurs ».

Elles doivent traiter du concret tous les jours. Elles aussi cherchent à construire du dialogue. Ces « collectivités apprenantes » essayent depuis de nombreuses années de jouer leur rôle d’implication et de formation des citoyens aux enjeux qui les concernent. De nombreux exemples peuvent être cités tels que

Un vaste mouvement de soutien à l’innovation citoyenne émerge avec la création de nouveaux espaces d’innovation publique. Mais il y a aussi la création de ville apprenante, comme Montréal qui mobilise ses citoyens.

Au niveau de la société :

Le bouillonnement et les impatiences de jouer son rôle sont aussi particulièrement perceptibles parmi les citoyens. Les pétitions ou indignation en ligne sur les lois se démultiplient (cf mode d’emploi de change.org). Des mouvements « occupy wall street », « indignados », « nuit debout » inventent sur les pavés leurs codes de communication, leurs gestuelles, leurs façons de s’assembler, de débattre et de faire entendre leur voix. Des groupes se fédèrent notamment grâce aux réseaux sociaux  pour élaborer des réponses aux problèmes rencontrés :

  • réponses politiques et citoyennes avec le « Pacte civique », qui cherche à mettre en avant une primaire citoyenne en France
  • réponses entrepreneuriale avec l’association « make sense », un groupe de plus de 30 000 bénévoles à travers le monde qui cherchent à sauver la planète par des activités d’appuis aux créateurs d’entreprises sociales,
  • réponse culturelle et éducative de proximité avec le « réseau d’échange réciproque des savoirs », ou bien encore l’idée du « MOOC design civique » venu d’Espagne qui cherche à soutenir les autorités locales, les organisations et les universités pour collaborer avec les citoyens pour le bien commun,  pour ne prendre  que quelques minuscules exemples du foisonnement actuel d’initiatives de citoyens dans absolument tous les recoins du débat public.
     

Cet apprentissage citoyen qui s’observe partout pose de nombreuses questions. Comment partager l’intention de bien commun ? Comment co-construire le cadre du dialogue face à des héritages et des habitudes bien ancrées ? Comment les gouvernants peuvent-ils changer de regard sur leur population ? Quelles sont les bonnes questions à poser pour apprendre à se mobiliser ? Comment réussir le hacking des espaces et des processus publics pour le bien commun ? Comment concilier les temps très longs de l’action publique et les envies de résultats immédiats des citoyens ? Que pourrait faire l’école en plus de tout ce qu’elle fait déjà pour éviter de reproduire l’existant et préparer encore mieux  aux facultés de discernement et d’esprit critique ?

.... Les démocraties sont de fragiles édifices de discussions et de dialogue qui négocient en permanence le contrat social liant ses citoyens; tant que la communication est bonne, elle se porte bien.

Illustration : Geralt - Pixabay

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