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Avez-vous pris vos capsules d’apprentissage ?

Formes brèves de communication

Par Denis Cristol , le 24 mai 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 23 juin 2016

La miniaturisation pour apprendre n’est pas seulement un désencombrement matériel autorisé par des nanotechnologies, c’est aussi une densification du sens des mots. D’ailleurs à l'ère du zapping, le temps d’attention à un message diminue (Cf. Yves Citton). A force de se couler dans le format des publicités, des slogans, des petites phrases politiques, les messages pédagogiques sont appelés à se raccourcir. Les apprenants attendent un impact et pas seulement une démonstration longue et fastidieuse.

Quelles phrases utiliser pour enseigner de façon plus efficiente ? Quels mécanismes de miniaturisation de la parole ? De nombreux secteurs de la vie sociale inspirent déjà le raccourcissement des messages en formation.

Donner une consigne efficace

On se souvient des ordres brefs et précis des militaires ou des dompteurs de fauves qui savent se faire comprendre en quelques mots voire en quelques onomatopées.  Il est fort possible que les ordres militaires aient inspirés la formulation des consignes pédagogiques. A lire les travaux de Daniel Hameline sur les objectifs pédagogiques. Il y aurait des liens entre monde militaire, monde industriel et monde de la formation. L’acculturation des recrues ayant inspirée les pratiques d’accueil des nouveaux entrants dans l’industrie puis les façons d’ordonnancer et délivrer  la formation.

Réaliser un exposé percutant

On se gausse parfois des présentations sous format power point. Elles sont actuellement redynamisées par des pratiques de présentation de projets architecturaux. C’est ainsi que les « Pecha-kucha » des architectes et designers japonais redonnent plus d’énergie aux mornes  de présentations saturées de textes.

La force des images appelées en renfort aide à visualiser les projets. Le temps que brule une allumette dans votre main est le temps maximum pour exposer une idée. 20 secondes maximum pour présenter une idée. La méthode des leçons de 5 minutes des enseignants reste plus confortables mais nécessitent un temps de préparation important pour aller au cœur du sujet.

Réussir à captiver un auditoire

L’idée de présenter « sa thèse en 180 secondes » met  des doctorants au défi de rendre accessible des contenus exprimés dans un langage de spécialiste. Les compétitions et joutes orales sont de vrais entrainements à l’éloquence et à la sobriété du style. Tous les formateurs devront ils s’entrainer à ce nouvel art de la concision ?

Faire preuve de synthèse

Et si l’esprit des 140 caractères de twitter était inspiré de celui des haïkus des poètes japonais ? Les tchateurs, en quelques signes, et à l’aide de quelques mots-balises (hashtags) parviennent à créer une ouverture sur des champs entier de connaissance. La force des  hyperliens  réinvente les allégories, métaphores et images inspirantes des haïkus. Inutile d’en dire trop l’imagination vient compléter les sens cachés. L'art du formateur est alors celui de créer des cadres de connaissances à partir des hyperliens ou hashtags offrant les meilleurs renvois.

Vendre un projet

La technique de l’Elevator pitch des entrepreneurs partirait de l’idée d’une rencontre impromptue avec un dirigeant dans un ascenseur. Le temps de monter quelques étages, il s’agirait de vendre un projet, une idée en allant à l’essentiel sur le principe que tout ce qui n’est pas essentiel est inutile. En voilà une bonne idée pour la formation.

Apprendre vite

Les clips et micro-capsules issues du rapid learning  des techno-éducateurs permettent d’accéder rapidement à des connaissances ; Sur son téléphone portable, sur son écran d‘ordinateur. Que ces micro-capsules soient spécifiquement créées, ou reprises sur une chaine vidéo, elles apportent une réponse immédiate au moment où l’apprenant en a besoin.

Si le social bookmarking est à la mode, on peut aussi se souvenir des dictons et proverbes de la  sagesse populaire ramassée au cours des siècles. Ce tri de sentences  permet aussi de faciliter la mémorisation et d’accéder à une morale d’autant plus forte qu’elle est partagée par un grand nombre de personnes.

Pour conclure, le linguiste Austin évoque le langage performatif. Il s’agit d’un langage qui est en même temps une action concrète. Par exemple « je vous déclare mariés » est plus qu’une sentence d’un officier d’administration, c’est aussi un constat qui transforme le réel. Et si la formation et le langage pédagogique tendait à devenir performatif ? Si elle collait plus au réel ?

La miniaturisation pour apprendre c’est aussi redonner une nouvelle force aux mots dans leur contexte d’emploi. On peut aussi se demander s'il est bien raisonnable de vouloir aller toujours plus vite et de ne consommer que des expressos de plus en plus serrés. Faire plus court est-il vraiment le remède à l'infobésité? Ne poursuit t-on pas en fait un processus de fragmentation de l'attention, qui prétend nous donner accès à tout quand bien même c'est devenu impossible avec des péta-octets d'informations disponibles en ligne?

À l'aine de l'efficacité, il ne reste qu'à observer si finalement on fait plus et miieux de cette façon.

Illustration : tacit requiem (joanneQEscober ) / CC BY

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