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Les Réseaux d’Echange Réciproque des Savoirs (RERS)

Pour exister et se renforcer mutiellement

Par Denis Cristol , le 11 juillet 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 05 octobre 2016

Le ciment social du don

Les réseaux d’échange réciproque des savoirs ont été initiés en France dans les années 70 par Claire et Marc Héber Suffrin. Ils ont été lancés près d’Orly en France sur la base d’un constat simple. Il est possible même quand on croit ne rien savoir, apprendre aux autres quelque chose de soi.

Apprendre aux autres est un geste d’émancipation par rapport à ses croyances limitantes (je ne sais rien) et par rapport à la société qui nous enseigne que des maîtres sont toujours nécessaires partout et pour tout.

Donner un savoir aussi  fait grandir à la fois la confiance en soi mais aussi une chaine de solidarité et de liens, et également le capital social d’une communauté toute entière. La capacité, le choix, la volonté d'entrer dans un flux de dons où on apprend à donner en apprenant à recevoir, on apprend à recevoir un savoir en apprenant à donner, le fait même de donner est si épanouissant que l'on fait du don une chance, un bonheur, un tremplin, un choix personnel : il s'agit, non de contre-don mais de "don aussi". Ce capital social s'avère précieux pour des populations délaissées, des personnes fragilisées ou isolées. 

Confiance et renforcement collectif

L’idée de donner des savoirs ou d’en rechercher en voisinage s’inscrit dans la philosophie du don et du contre-don développée par Marcel Mauss à partir de l’étude des comportements sociaux de peuples aborigènes. Pour Mauss don et contre don participent d’un système social total. Ce qui est donné dans un temps, à un endroit à une personne ne fait pas forcément l’objet d’une contrepartie immédiate. L’échange des savoirs est moins un troc qu’une dynamique sociale, par laquelle chacun sait que s’il donne à un membre du réseau, par exemple un cours de cuisine, il recevra d’un autre engagé dans le réseau à un autre moment une leçon de mécanique. Celle-ci pouvant intervenir de façon asynchrone.

Nous serions tenus par des dettes invisibles ou par le désir de contribuer  à la machine d’échanges sociaux. La force des RERS c’est la capacité à créer un maillage étroit entre des acteurs de terrain, des voisins, des associations, des collectifs informels, à le faire gratuitement au bénéfice de tous et à s’intéresser à tous les savoirs qu’ils soient pratiques, technique ou  philosophique. En offrant ses savoirs, donc en accompagnant les apprentissages d'autrui, on renforce ses propres savoirs, en demandant des savoirs, on se fait chercheur de savoir, condition pour apprendre.

Le rôle médiateur

Ces réseaux offrent la possibilité à tous  de développer des liens, de l’estime de soi, des projets personnels et professionnels. Ils permettent d’accroitre son pouvoir d’agir individuellement et collectivement en s’enseignant simultanément le métier d’enseignant et celui d’élève. Ils sont soutenus par une médiation facilitante, car à côté de l'offreur ou du donneur de savoir, un des membres du réseau peut jouer le rôle de médiateur.

Ce rôle est aussi une façon d'entrer dans la dynamique et d'encourager la participation. Le chercheur Eneau s'est  intéressé au rôle du tiers dans l'engagement dans des processus de réciprocité. Il montre l'importance du tiers dans la réciprocité qui reconnait, soutient, informe. L'interdépendance mutuelle entre les acteurs développe leur autonomie et leur capacité à s'impliquer.

Pour Eneau

« L’apprentissage de l’autonomie suppose, ultimement, d’apprendre à vivre avec les autres pour se construire soi-même en retour, tout en construisant ensemble le monde commun »

Les RERS favorisent l'engagement et la construction du vivre ensemble, par le partage des connaissances.

Aujourd’hui, les RERS forment un réseau international organisé en association, capable d’organiser des colloques internationaux. Ils connaissent également des débouchés en entreprise.

C’est ainsi qu’un groupe Français comme La Poste a utilisé les RERS pour la formation de ses propres cadres, en maintenant la logique de gratuité, d’engagement à donner et à recevoir. On imagine tout le potentiel des RERS avec le pouvoir numérique de lier les individus distants géographiquement et socialement.

Illustration : Geralt - Pixabay

Bibliographie :

Claire et Marc Héber-Suffrin, Penser, apprendre, agir en réseaux, Chronique sociale, 2011.
http://www.decitre.fr/livres/penser-apprendre-agir-en-reseaux-9782850089213.html

Claire et Marc Héber-Suffrin, (Savoirs & Réseaux – Se relier, Apprendre, Essayer) Les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs – Vers une société apprenante et créatrice, Ovadia, Préface de Philippe Meirieu, Postface d’André Giordan, (2009), 2012.
http://www.decitre.fr/livres/les-reseaux-d-echanges-reciproques-de-savoirs-9782363920300.html

Claire Héber-Suffrin, Apprendre par la réciprocité, Chronique sociale, 2016.
http://www.decitre.fr/livres/apprendre-par-la-reciprocite-9782367172002.html

Marcel Mauss, Essai sur le don
Année Sociologique, 1924 - https://lectures.revues.org/520

Jérôme Eneau, La part d’autrui dans la formation de soi
Paris, France, L’Harmattan, 2005
http://www.journaldumauss.net/?La-part-d-autrui-dans-la-formation

 

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