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Le métier de formateur ne sera jamais plus comme avant

Accoucher de la compréhension

Par Denis Cristol , le 15 août 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 13 octobre 2016

Ce qui change pour les formateurs

Transformation sociétale

Avec les changements de repères relatif à l’autorité (école, partis politiques, syndicats, famille), le monde multi et pluriculturel, l'urbanisation croissante (80% dans les pays occidentaux) avec une aspiration à mieux vivre avec son environnement, la désindustrialisation, la hausse générale du niveau d’instruction, la perte d’influence des intermédiaires, la crise devient l’état normal.

La société, de verticale avec des pouvoirs centralisés, s’horizontalise : une multitude d’initiatives et de pouvoirs localisés s'organisent.

En conséquence, les formateurs apprennent à poser des questions pour comprendre ce qui se passe. Ils sont traversés par des questions éthiques et déontologiques.

Transition numérique

Avec des taux d’équipement qui augmentent, l’accès aux informations est facilité (les murs n’arrêtent pas les ondes); se développement de nouvelles connexions. Les outils de plus en plus puissants nous stinulent cérébralement et dans le même temps provoquent une perte d’attention. La robotisation éducative est en marche avec des auxiliaires d’apprentissage puissants: moteur de recherche, chaines de diffusion vidéo, réseaux sociaux et encyclopédies libres, que le formateur a intérêt à intégrer pour ne pas être marginalisé.

En conséquence, les formateurs deviennent des compagnons pour créer des environnements personnels d’apprentissage. Il est question d’environnement capacitant et de recherche des facteurs qui font qu’un environnement donne envie d’apprendre.

Transition dans les façons d’apprendre

La nature même du rapport au savoir se modifie et se dirige vers un monde d’apprenance. La transformation de savoir-stock organisé en disciplines segmentées  (Cf. Université de Umboldt) avec une origine et une destination, en savoir-flux qui se construisent en continue perturbe les agencements universitaires habituels et toutes les organisations sociales basées sur des savoirs stabilisées.

Les systèmes de recrutement, de reconnaissance, de promotion sociale, de construction des légitimités sont remis en question. Il en est de même pour le savoir qui est de plus en plus fluide. Si antérieurement les formateurs distribuaient des savoirs, on passe maintenent à un monde où ils aident à le construire.

En conséquence, les formateurs aident à devenir plus autonome. Ils deviennent « personne-ressource » pour des « personne-projet ». Ils investissent le champ du social learning, des apprentissages informels tout au long de la vie.

A quoi s’intéressent les formateurs ?

Certains évoquent la formation comme une vocation, ils sont tombés dedans petits et ont à cœur de promouvoir les compétences pour apprendre, les savoirs et connaissances sous toutes leurs formes. En fait formateur n’a jamais été un métier stabilisé car se former et apprendre sont consubstantiel à la vie : notre cerveau est en interaction continu avec ce qui l’entoure, en permanence sous tension. Il est possible de distinguer trois positionnements :

  • formateur professionnel : investit les méthodes pédagogiques et les technologies (savoir-faire pédagogique et aujourd’hui techno et ludo-pédagogique)
  • formateur occasionnel : se centre sur sa matière dont il tire la légitimité (savoir-faire et connaissances théoriques)
  • formateur diffus : base sa légitimité sur sa maîtrise des situations concrètes (savoir-dire du quotidien)

 

Intention pédagogique

Investissement sur des méthodes pédagogiques

Formateur professionnel

Oui

Oui

Formateur occasionnel

Oui

Plus ou moins

Formateur diffus

Non

Non


Les formateurs étaient des animateurs, des conseillers en formation, des responsables pédagogiques, des consultant-formateurs, des enseignant-chercheurs, des moniteurs, des tuteurs, des instructeurs, des professeurs, des consultants, des conférenciers.

Face à la complexité du monde, ils sont de plus en plus souvent amenés à travailler des postures professionnelles qui assurent du lien à soi, aux autres et au monde et à devenir ou redevenir maïeuticiens (qui aident à accoucher), coachs, praticiens-rélfexifs, stimulateurs de neurones, faciliteurs ou facilitacteurs, animateur de réseau de communauté, community manager, ludo ou techno-pédagogues, créateur d’environnements capacitants, des connecteurs.

Il est possible de distinguer actuellement 4 pôles d’intérêt pour distinguer leur centre d’attraction :

  • Les motivations humaines
    coach d’apprentissage, facilitateur, homme-ressource, andragogue, antropogogue, médiateur de connaissance;
  • Les expériences
    web guide, accoucheur de savoir, mentor, compagnon de route, consultant en autoformation;
  • Les réseaux, groupes et communautés
    bâtisseur d'environnement, training designer, - techno-pair, co-apprenant,  compagnon d'apprentissage, garant de la parole, agenceur de ressources éducatives, développeur de culture de pratiques, expert en reliance, animateur de réseau, connecteur, méta-moteur (du changement);
  • Les savoirs et leur organisation
    spécialiste de la connaissance, knowledge leader, manager de connaissances, curateur, veilleur de tendance, chief learning officer, pilote internet, chasseur de tendances pédagogiques, metteur en scène, scénariste.

3)      Perspectives

Dans une société de la connaissance, qui poursuit son développement, le rôle des formateurs est plus que jamais d’aider chacun à accroitre son pouvoir d’agir et son sentiment d’efficacité personnelle. Ce pouvoir d’agir est de plus en plus imbriqué à des acteurs dispersés à l’intérieur ou à l’extérieur des organisations auxquelles ils appartiennent.

La dimension collaborative joue un rôle de plus en plus important. Les formateurs peuvent :

  • ouvrir à des expériences inattendues : jouer des espaces et des temporalités comme variables d’apprentissage,
  • proposer des remises en question par des cadres d’action vides à habiter : imaginer des défis pédagogiques plutôt que des contenus d’apprentissage,
  • soutenir les motivations à apprendre en travaillant l’inclusion au sein de communauté d’apprentissage
  • maîtriser le potentiel des technologies et ne pas seulement les subir,
  • garder l’émotion, la haute qualité relationnelle au cœur de leur savoir-faire.

Pour aller plus loin :

- Denis Cristol
http://4cristol.over-blog.com/article-un-nouveau-nom-pour-les-formateurs-111380650.html

Mutations technologiques, innovation pédagogique et évolution du métier de formateur - Michel Lisowski
http://www.centre-inffo.fr/IMG/pdf/AFP220-2732.pdf

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