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Les pédagogies du corps peuvent-elles réenchanter la pédagogie ?

L’interaction entre le cerveau et son environnement.

Par Denis Cristol , le 30 novembre -1 | Dernière mise à jour de l'article le 24 octobre 2016

Les sociétés occidentales valorisent la puissance de la pensée. Il en découle une pédagogie où la raison l’emporte et où tout apprentissage finit par être cérébralisé. A tel point que l'activité physique ressort comme le parent pauvre de l’éducation, et le « prof de gym » est une figure parfois peu écouté à côté des représentants de matières nobles (mathématiques, sciences, langues). L’apprentissage du corps, de ses souplesses et de ses rigidités semble délaissé.

Pourtant l’apprentissage du corps contribue pleinement au développement des individus et des sociétés. Être bien dans sa vie, commence par être à l’aise avec son corps. Se sentir libre de ses mouvements souples et en bonne santé contribue aux équilibres. La façon de développer son potentiel corporel au-delà de la pratique d’un sport individuel ou d’équipe peut passer par :

Les façons d’enseigner et d’apprendre de ses différentes disciplines

  • L’imitation d’une séquence de mouvements, selon la démonstration d’un maître la lecture de livre et de plus en plus fréquemment la visualisation de vidéos à l’exemple d’un auto apprentissage du Yoga.
  • La répétition d’un geste inlassablement, jusqu’à ce que comme dans la fameuse scène du  film Karaté Kid, le geste devienne un automatisme.
  • La démonstration d’un kata, d’une prise ou d’un coup comme dans l’apprentissage des arts martiaux, d’abord en décomposant le mouvement puis en l’enchainant, puis en s’exerçant en combat.
  • La recherche individuelle de la juste posture, au Yoga avec l’œil bienveillant du maître qui corrige ou questionne le corps de son élève à l’aide de sa main.
  • La pratique empirique ou tutorée avec la validation du corps de son partenaire qui résiste ou indique les parties douloureuses, comme dans cet exemple de massage.
  • La réalisation de gammes devant un miroir, pour les ballerines d’un corps de ballet qui s’autocorrigent au fur et à mesure, ou bien la visualisation d'enregistrement (auto-observation et auto-correction).
  • La master class de quelques élèves avancés  avec un maître qui veille sur les détails.
  • Le respect d’une tradition, d’une éthique, d’un code de valeurs, portés par un cadre, un costume, un dojo, un vestiaire.
  • Les rituels de mise en route : par exemple le salut au soleil
  • L’échauffement progressif du corps des pieds à la tête
  • La visualisation anticipatrice d’un mouvement
     

Le repère central de ces différentes façons d’apprendre à partir de son corps  est l’entrée dans une pédagogie de l’énaction.  Ce qui importe selon Francisco Varela qui a théorisé l’énaction, c’est l’interaction entre le cerveau et son environnement.  Chaque mouvement, chaque posture engagée en rend possible et en interdit d’autres. La suite du mouvement  se découvre en la vivant, selon les résistances du milieu ou des partenaires. 

Cette pédagogie a également été adaptée par Domenico Masciottra, chercheur canadien en science de l’éducation, pour le développement des formateurs et des enseignants. Le mouvement du corps génère des informations au cerveau dans un cycle qui intègre le réel possible. Il s’appuie sur ces enseignements des "pédagogies du coprs" pour apprendre aux formateurs à se disposer face à une situation d’apprentissage Il a pour cela développé la méthode ASCAR : Action Situation Connaissance, Attitude et Ressources. 

Gageons que l’observation de pratiques corporelles par des pédagogues les aident  à modifier leurs approches et à intégrer d’autres dimensions que la seule dimension cognitive.

Illustration : corawen - Pixabay

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