Articles

A t-on besoin de formations spécialisées aux métiers de l'Internet ?

Internet est pourvoyeur d'emploi, comment y préparer les jeunes ?

Par Christine Vaufrey B , le 01 février 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 20 mars 2012

La nation de Google et de Facebook, ce n'est certes pas la nation d'Hadopi, mais bien les Etats-Unis. Le Président Obama a rappelé ce fait dans son récent discours sur l'Etat de l'Union, alors qu'au même moment Google annonçait qu'il allait embaucher 6 000 personnes cette année. Oui, Internet est pourvoyeur d'emploi, partout dans le monde.

En France, les patrons d'entreprises numériques peinent à recruter. "C'est même le plus grand écueil à la croissance de nos boîtes", dit  Marc Simonici, patron fondateur de Meetic, le célèbre site de rencontres. Marc Simonici, Jacques-Antoine Granjon (vente-privée.com) et Xavier Niel (Free) ont donné ensemble une interview à Paris-Match dans laquelle ils expliquent leur récente décision d'ouvrir L'école européenne des métiers de l'Internet en septembre prochain à Paris. 

Dix jours après tombait la nouvelle de l'ouverture de Sup'Internet, également dédiée aux métiers du web, au même endroit et à la même date. Cette fois, c'est le groupe Ionis Education, premier groupe d'enseignement privé de France, qui se lance sur ce créneau. 

Dans les deux cas, un même constat : une forte demande de la part des entreprises, qui font face à d'importantes difficultés de recrutement de jeunes bien formés.

Mais la création de diplômes et de cursus spécialisés dans les métiers de l'Internet constitue t-elle la bonne réponse au problème ? C'est la question qui était posée aux intervenants de l'émission en deux parties diffusée sur Techtoc.tv, "Faut-il une école de l'Internet ?" (première partie et deuxième partie). Les différents intervenants venus du monde éducatif (Christophe Batier, directeur technique du e-learning à l'université Lyon 1, Isabelle Gely, responsable des relations externes du CNAM...), de l'entreprise (Frédéric Poulet, chef de projet Web 2.0 chez Pernod...), et fins observateurs du web ont débattu de ce qu'il convenait d'enseigner, quand il fallait le faire, et dans quel cadre.

A quel âge et dans quel cadre se former au numérique ?

Globalement, on dégage des échanges animés quatre options :

- Celle des créateurs des deux écoles mentionnées plus haut, qui vise à répondre le plus précisément possible aux besoins des entreprises. Ceux-là estiment que le web a créé de nouveraux métiers qui ne s'apprennent pas (pas encore ?) dans les institutions de formation traditionnelles et que des diplômes spécifiques sont donc à créer;

- Celle qui prône une éducation à la culture numérique dès le plus jeune âge, qu passe non seulement par l'apprentissage de savoir-faire techniques mais aussi par une culture de travail et d'apprentissage-même s'appuyant sur le potentiel des outils numériques, notamment en matière d'accès à l'information et de travail colaboratif. Ceux-ci estiment que la culture numérique doit impérativement être enseignée à l'école, par l'exemple, c'est à dire en modifiant la pédagogie et en valorisant les très nombreuses expérimentations réalisées par les enseignants;

- Celle qui mise sur l'adaptabilité des salariés, formés aux fondamentaux d'un métier lors de leurs études, et capables d'intégrer l'outil internet à leurs pratiques. Les tenants de cette option insistent sur le rôle des managers pour dynamiser les équipes et leur faire acquérir de nouvelles pratiques et justifient leur position en avançant que les métiers aparaissent et disparaissent trop vite pour qu'on puisse s'y former spécifiquement;

- Celle enfin qui valorise la formation tout au long de la vie, dans tous les domaines professionnels, pour faciliter l'appropriation des outils numériques par les travailleurs. Les partisans de cette option insistent sur le fait qu'il est plus urgent de former tout le monde à l'usage des outils numériques, plutôt qu'une petite communauté de professionnels ultra-spécialisés. 

La généralisation d'Internet a t-elle créé de nouveaux métiers ?

Ces options sont évidement complémentaires plus que concurrentes. Mais ceci étant dit, se pose malgré tout la question des compétences spécifiques aux supposés nouveaux métiers du web. Ces nouveaux métiers, existent-ils, ou ne voit-on pas plutôt des métiers pré-existants s'enrichir de nouvelles tâches, voire de nouvelles compétences, avec la généralisation du numérique ? Les protagonistes sont tombés d'accord pour considérer le métier de référenceur comme un nouveau métier; mais sur celui de community manager (relationniste réseau), ils étaient plus partagés, surtout parce que le contenu de ce métier (ou de cette fonction ?) n'est pas clairement défini. Isabelle Gely du CNAM a d'ailleurs regretté qu'il n'y ait pas de syndicat des professionnels de l'Internet, ce type d'instance constituant le partenaire privilégié lors de la création de nouveaux diplômes et référentiels de formation. 

Si le débat est loin d'être clos à l'issue de cette émission, on note tout de même un consensus sur le fait que l'école devrait mieux intégrer la culture numérique à ses enseignements, notamment la fonction capitale de la recherche d'information, de manière à ce que l'articulation avec des études supérieures, spécialisées ou intégrant seulement quelques enseignements spécifiques, se fasse avec plus de facilité. 

Nul doute que les premiers cours donnés à l'Ecole européenne des métiers de l'Internet et de Sup'Internet seront examinés avec grande attention. La pédagogie des enseignants dans ces écoles aussi; c'est à ce niveau semble t-il que se jouera la crédibilité de ces nouveaux établissements. 

Faut-il une école de l'Internet ? 1/2 et 2/2, Techtoc.tv

Sup'internet est désormais ouverte ! Visitez le site de l'école

Illustration : Michael Heilemann, Flickr, licence CC.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné