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Réinventer l'ingénierie de formation à l'ère du numérique

Monter des formations avec les possibilités les plus efficaces

Par Denis Cristol , le 30 novembre -1 | Dernière mise à jour de l'article le 07 novembre 2016

Ingénierie :
ensemble de méthodes qui vise à concevoir
un produit/service/dispositif d’une façon rationnelle
au bénéfice d’un donneur d’ordre et de bénéficiaires.

L'ensemble de méthodes de l'ingéniérie de formation est utilisé pour le développement des capacités humaines dans la résolution de problèmes, l’adaptation au poste de travail, l’accomplissement  des tâches, l’exercice d’un métier, l’accompagnement dans le déroulement de sa carrière.

Sous l’intitulé général « ingénierie de formation », il y a plusieurs déclinaisons repérables. Chacune d’entre elle est affectée dans ces modalités par l’irruption du numérique qui nécessite la prise en compte de caractèristiques et de questions techniques pour repenser les interactions. Passons en revue les différentes formes d’ingénierie pour identifier où intervient le numérique et ce qu’il transforme.

L’ingénierie pédagogique s’intéresse à la relation entre le formateur et l’apprenant. Elle précise les modalités d’animation  d’organisation des espaces d’apprentissages, (salle ou espace en ligne), des moyens, et médias mobilisés pour faciliter les actes d’apprentissage.

  • Dans les espaces physiques, le numérique oblige le concepteur à imaginer les usages des nouvelles surfaces de projections (Tableau ou vidéoprojecteurs interactifs), d’identifier les logiciels applicables, les scénarios médiatisés, l’usage éventuel des outils (tablettes ou téléphones) apportés par les participants eux-mêmes.
  • Dans les espaces en ligne il s’agit d’aider les apprenants à créer leur environnement personnel d’apprentissage, à penser l’hybridation des formations, à identifier les plateformes pertinentes, les usages associés, les pratiques d’animation (apport de contenus, exercice, évaluation).
     

La techno-pédagogie de cette ingénierie fait appel à des métiers qu’il est nécessaire de coordonner. Le processus ADDIE (l’analyse, le design, le développement, l’implantation et l’évaluation, désignées par l’acronyme ADDIE ; en anglais : Analysis-Design-Development-Implementation-Evaluation) est un design pédagogique caractèrise les étapes principales.

L’ingénierie de formation s’intéresse à un dispositif complet, un parcours d’apprentissage. Elle ordonnance une variété de situations (cas, travaux pratiques, visites etc.) pour aguerrir l’apprenant dans des compétences qu’il doit maîtriser. Les possibilités numériques pour être engagées nécessitent de nouvelles compétences selon la stratégie de conception utilisée :

  • Stratégie empirique : Les concepteurs de formation travaillent seuls ou en équipe de façon empirique. Ils réutilisent tous les matériaux déjà existant et ayant fait leur preuve. Ils travaillent par bricolage de façon « ingénieuse ». Le numérique leur offre de nouveaux matériaux en ligne : contenu, module déjà conçus, ils agrègent les briques à des dispositifs déjà existant.
     
  • Stratégie analytique : Les concepteurs respectent des étapes rationnelles de conception :
    • Analyse du contexte et premier choix de conception
    • Définition des finalités, buts objectifs général
    • Repérage, des contenus et des matériaux nécessaires
    • Base et choix de conception
    • Dispositif : structure générale, estimation des temps, découpage des blocs session, vérification interne et transversale, évaluation

      L'irruption du numérique conduit dans cette perspective à l'intégration de questions techniques sur l'organisation de la communication (messages et forum), l'agencement des ressources en ligne, le type d'animation produisant les interactions les plus profitables. La question de la scénarisation et des niveaux de médiatisation se posent.
       
  • Stratégie de co-conception : Les concepteurs de formation sont centrés sur l’association de bénéficiaires finaux. Ils combinent stratégies empirique et analytique en mobilisant les approches de design-thinking, co-design. Ils suivent le plus souvent les étapes suivantes :
    • Définition de la question de travail et du périmètre d’autorisation
    • Repérage des irritants
    • Source inspirante, idéation
    • Prototypage
    • Test critique
    • Formalisation
    • Généralisation
       
      Ces méthodes intègrent massivement le numérique par le moyen de collecticiels, qui facilitent la collaboration de concepteurs et paries prenantes variées (financeur, prescripteur, utilisateur), par les approches de crowdtesting pour tester très vite et en ligne les projets de formation, par une diffusion rapide et massive des idées et ressources. (cf exemple CLOVER).
       

L’ingénierie de la professionnalisation s’intéresse aux situations de travail à la façon dont elles construisent les repères et des identités professionnelles. Le travail étant de plus en plus organisé en workflows (ordonnancement de tâches informatisées), l’ingénierie de la professionnalisation prend en compte les outils numériques au poste de travail.

Elle se pose des questions du type : vaut-il mieux garder en mémoire des informations ou bien les déporter sur son ordinateur (travail assisté par ordinateur), ou sur le poste de travail (mode d’emploi, ou instructions accessibles sur des guides ou QR code).  Les bases de connaissances dans des logiques de knowledge management sont aussi des compléments aux savoirs disponibles dans la tête des experts.

L’ingénierie des compétences englobe  et utilise toutes les ressources de l’organisation pour favoriser l’accroissement du pouvoir d’agir des collaborateurs : mobilité professionnelle, tutorat, mentorat, affectation à des projets apprenants, évolution programmée de carrière. Le numérique s’inscrit dans les dispositifs et outils d’aide à la Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Compétences (GPEC) et permet via des portefeuilles de compétence, ou portefeuille VAE à tracer les acquis.

 
L’ingénierie financière
est centrée sur l’acquisition et la mise en œuvre de ressources financières pour favoriser la mise en œuvre de l’apprentissage (acquisition de moyens ou d’outils). Ces ressources se situent à un niveau local, national ou dans le cadre de financement  européen et/ou structurel. Les compteurs permettent de suivre la formation des collaborateurs. L’ingénierie financière doit professionnaliser ses pratiques dans l’acquisition de moyens immatériels (logiciels, matériel informatique).

 

Si toutes ces méthodes d’ingénierie  visent à faciliter la création de situations favorables à l’apprentissage leurs racines  sont à rechercher dans le monde industriel d’entre les deux guerres. Lorsqu’un maître d’ouvrage définissait  le produit  à concevoir et passait commande auprès d’un maître d’œuvre pour le réaliser. Cette perspective industrielle est depuis lors devenue habituelle dans le monde de la formation dans une perspective  quasi-mécanique, alors même que les apprenants sont autre chose que des matières inertes.

Avec le numérique la maîtrise d’usage progresse, car il est plus facile de consulter les bénéficiaires eux-mêmes et de revenir à la source de leur problème. Le numérique a un potentiel de rendre les processus de conception plus labiles (susceptible de se transformer), plus rapides, plus créatifs et plus ouverts à des solutions collant aux besoins des bénéficiaires.

Illustration : 3112014 - Pixabay

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