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L'apport du numérique pour faciliter les grands groupes

Passer de l’animation de petits groupes à celle de grands groupes

Par Denis Cristol , le 14 novembre 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 14 décembre 2016

La facilitation des grands groupes

Passer de l’animation de petits groupes à celle de grands groupes induit un changement d’échelle et de posture.  Aux alentours d’une quinzaine d’individus, les groupes se fractionnent en sous-groupes, binômes, trinômes.

Les affinités s’expriment alors et le « span of control » empan des managers ou en bon français le nombre de collaborateur qui peut être directement coordonnés, est limité à 12. Au-delà la supervision et l’organisation du travail sont plus difficiles et la délégation finit par s’imposer. 

Si la dynamique des petits groupes est  maîtrisée par une majorité de formateurs, qui savent réguler, recadrer, conduire des débats et des exercices, l’animation des grands groupes de 50, 100 ou plus de 300  participants nécessite des savoir-faire particuliers.

Le changement d’échelle induit plusieurs effets :

  • Les consignes sont plus difficiles à faire passer, elles doivent être audibles et univoques,
  • Les échanges et les possibilités d’interaction sont démultipliés et produisent un bruit de fond. Des fils twitter ou des SMS sur les portables des pariticipants peuvent être utilisés.
  • La vitesse des déplacements de la masse se cale sur les participants les plus lents ou les plus étourdis,
  • Les goulots d’étranglements possibles plus nombreux : bagagerie, espaces, lieux de pauses ou d’aisance peuvent rapidement être rapidement saturés quand un besoin s’exprime simultanément et ralentir tout l’ensemble, 
  • Les tâches de reconnaissance, d’accueil, d’équipement, d’éventuel hébergement ou administratives (signature des présences) plus volumineuses. Elles peuvent être soulagées par des scans de code barre pour vérifier les inscriptions.
  • Les manipulations matérielles sont plus délicates à mettre en œuvre. Le nombre accroit les risques de pannes, de transmission des informations, de visualisation des modes opératoires. Les événements à forte composantes technologiques seront particulièrement préparés.
  • La probabilité d'événement rare (problème de santé, apple d'urgence, etc.) augmente avec la taille du groupe.
     

Si une grande partie des questions posées par le changement d’échelle peut être traitée de façon logistique par une démultiplication des services supports : accueil, gestion des bagages, service de soutien technique, sonorisation performante ou restauration, la partie animation est centrale et va maintenant être décrite.

Ce qu’il faut s’interdire

Les choix pédagogiques pour la rencontre et l’apprentissage en très grands groupes vont d’abord se concentrer sur la qualité d’espaces ouverts. Il s’agit de s’interdire des espaces sombres, fermés, malodorants, tristes. La lumière est essentielle pour que les plantes poussent et que les hommes apprennent.

Les amphithéâtres qui tuent l’apprentissage et les interactions entre participants sont à éviter. Les animations Power Point à n’en plus finir sont  fastidieuses et invitent chaque participant à se plonger dans ses pensées ou son téléphone portable pour fuir la pensée d’un seul. L’intervenant qui sait et assène aura certainement un effet d’audience immédiat, mais l’impact sur les pratiques reste à démontrer. Il faut interdire la tombée magistrale et préférer des travaux en petit groupe que l'on peut composer rapidement avec des logiciels de tirage au sort d'équipe comme MIKSI. Enfin les repas trop lourds, trop arrosés, trop longs sont aussi à proscrire.

Ce qu’il faut faire absolument

Il s’agit d’abord de disposer d’un lieu inspirant, avec une acoustique irréprochable, des couleurs gaies, des partis pris architecturaux ou d'aménagement, une multiplicité d’espaces pour faciliter les rencontres de petits groupes.

L’accueil est un temps essentiel pour créer le sentiment d’unité. L’enjeu est de passer de deux personnes à trois puis à de petits groupes puis à une assemblée large. Briser la glace pour éviter la collection d’individus et favoriser les interactions ouvertes et respectueuses.

Avec des grandes assemblées, il est impératif que les consignes données soient claires et acceptées. Des rituels d’accueil du silence sont à installer pour délivrer des consignes collectives, comme par exemple par un mouvement du bras levé d’un facilitateur repris par l’assemblée facilitera l’obtention d’une qualité de prise de parole. L’animation par un couple homme/femme favorisera la présentation des consignes. Ce couple sera pénétré d’une intention de partage et aura travaillé la posture.

Pour qu’un sentiment de participation plutôt que de consommation se mette en place, 10% ou plus des membres de l’assemblée joueront un rôle de régulateur, d’appui, d’animateur, de support, logistique. Ce partage de la responsabilité de l’événement se prépare  à l’avance et nécessite d’investir du temps au préalable. C’est un point indispensable et non négociable.

La création de véritables interactions

Créer de véritables interactions  apprenantes dans une masse humaine est possible, si l’on respecte les besoins des individus d’être accueillis, de se sentir inclus et en confiance. Les méthodes où chacun marche simplement au milieu des autres, les salue, leur sourit, les étreints permet de passer de ses pensées et ruminations à une ouverture empathique plus  grande.

L’organisation de l’assemblée en petites équipes de pairs se suivant tout au long de la formation et échangeant leurs ressentis, l’utilisation de cercle de parole ou d’échange renforçant la proximité physique et la possibilité de chacun de parler et d’être entendu, l’engagement du corps et des émotions dans une variété d’activité sont autant de façon de concerner l’individu entièrement.

Avec WOOCLAP, les interactions en ligne peuvent renforcer les interactions physiques avec son téléphone portable. A moins d'utiliser des dispositifs d'échanges sociaux plus riches comme STAMPLE, WHALLER, ou SLACK, pour ne citer que les plus connus, ou des progiciels qui facilitent le travail collaboratif comme STORMZ ou MAGENCY.

Enfin des systèmes tels que KAHOOT transforment votre téléphone portable en boitier de vote et vous permet de répondre à des quiz ludiques faciles à concevoir.

La restitution de travaux de sous-groupes

La restitution de travaux de sous-groupes évitera la succession de prise de parole mal calibrée. Elle se centrera sur l’essentiel. Les rapporteurs auront pu être préparés par des méthodes de prise de parole de type pecha-kucha misant sur l’impact visuel et des slogans forts.

Des mots clés, des prototypes à voir, des blogs de capitalisation sont des alternatives à une succession de speechs. Des fresques visuelles créées tout au long de la rencontre faciliteront la transversalité et la prise de connaissance des échanges des autres participants. Des temps réflexifs individuels et collectifs sur ce qui nous a surpris, ce que nous avons appris sur ce que nous avons envie de faire seront distillés régulièrement.

Enfin une évaluation en grand groupe est facilité avec des logiciels qui captent les réactions d'un groupe comme VOTAR.

Loin de s'opposer, les pédagogies traditionnelles combinées aux moyens numériques offrent une réelle plus value pour fluidifier des événements et formation en grand groupe.

 Illustration : Clker-Free- Pixabay

Aller plus loin

Enseigner à de grands groupes - Un défi à relever - CEFES
http://www.cefes.umontreal.ca/ressources/bulletins/BulletinCEFESno8.pdf


Travailler aussi en grand groupe - Élisabeth Bussienne, Michel Tozzi- Cahiers pédagogiques
http://www.cahiers-pedagogiques.com/Travailler-aussi-en-grand-groupe

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