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Attention au cerveau | uaevrec ua noitnettA

Qui détourne son attention ?

Par Denis Cristol , le 24 octobre 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 23 novembre 2016

Nous ne cessons de solliciter notre cerveau pour une liste de tâches qui s’allonge, imaginant que nos 100 milliards de neurones connectés peuvent tout traiter. Notre cerveau ne connaitrait plus de répit.

Selon Planétoscope, 2 115 000 mails seraient envoyés chaque seconde. Entre, la consultation de tablettes,  l’envoi de courriels pendant les réunions, les envois de SMS dans les temps de transports, les ascenseurs, voire même pendant qu’on déjeune avec son ami, le cerveau est constamment sollicité. L’infobésité nous fait dysfonctionner et produit du désengagement, un déficit d’attention, de l’addiction, de l’anxiété, des pertes de mémoire et diminue nos capacités à juger et prendre des décisions, limite les temps calmes pour créer et produit du stress. La liste est effrayante et malgré tout on continue comme si de rien n’était.

Notre magnifique cerveau ne pèse que 2% de la masse corporelle mais consomme 20% de toute notre énergie et, à voir les orientations que nous prenons, cette consommation d’énergie pourrait bien croitre. Les environnements de travail numérique étudiés par Steelcase[1] laissent voir un émiettement du travail :

  • Chaque 3 minutes un employé de bureau est interrompu
  • 23 minutes est le temps qu’il faut pour se remettre au travail
  • 8 est le nombre moyen de fenêtres ouvertes simultanément sur le bureau d’un ordinateur
  • 30 est le nombre moyen de fois ou un employé contrôle ses mails chaque heure
  • 4,9 milliards d’équipements connectés en 2015
  • 200% d’augmentation du temps consacré à des équipements mobiles depuis 2012
     

Plusieurs maux affligent  en effet notre capacité à porter attention à ce qui nous entoure et augmentent cette consommation.

Auto-interruption

La première personne à détourner notre attention de la tâche à réaliser c’est nous-même. Le bavardage intérieur ou auto-interruption est le fait de déclencheurs internes au niveau du cortex préfontal médian qui limitent notre vigilance sur des choses qui paraissent de faible intérêt et consomment de l’énergie.

Multitâches

Le fonctionnement multitâche est cette croyance persistante qui consiste à penser que la technologie nous donne le don d’ubiquité et que nous pouvons simultanément, faire deux ou trois tâches à la fois. On connaît les conséquences désastreuses de l’usage de téléphone portable pendant que l’on conduit. Le multi-tasking augmenterait de 50% le risque d’erreur (cf. Les 12 lois du cerveau de John Medina).

L’habitude de la connexion ininterrompue

L’habitude d’être connecté en permanence produit une gêne quand pris dans un tunnel ou dans une zone blanche nous ne pouvons être en lien. Le flow décrit par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi, cette immersion complète dans une activité qui nous tient, excite en permanence nos neurones. Nous avons envie que cette sensation de connexion se prolonge car elle nous donne le sentiment d’être relié aux autres et au monde.

La recherche de la gratification continue

C’est bien connu notre cerveau fonctionne à la gratification continue. La délivrance de la dopamine par des actions réussies nous rend accroc aux jeux pendant lesquels notre avatar numérique parvient à réussir des prouesses électroniques et nous finissons par être récompensés de multiples fois et à rechercher toujours plus de récompenses.

Attention flottante

L’attention flottante est cette pratique issue de la cure psychanalytique par laquelle le thérapeute écoute distraitement son patient, comme s’il se concentrait sur les motifs les plus saillants ou les plus insolites. Mais cette attention pourrait bien actuellement le symptôme « d’une actualité chasse l’autre » faisant d’un fait récent l’attracteur de l’instant sans possibilité de se centrer sur un objet.

Plusieurs solutions se mettent en place pour capter « notre temps de cerveau disponible », pour reprendre l’expression de Patrick Le Lay PDG de TF1 :

  • un journalisme responsable réfléchit à de nouveaux formats plus composite,
     
  • des sociétés d’aménagement d’espace (Steelcase) repensent les écosystèmes de lecture et d’apprentissage. Si les rouleaux et les parchemins se lisaient dans un scriptarium ou dans un cloitre ou à voix haute dans le réfectoire d’un couvent, des bibliothèques et salles de lecture ont été inventés pour des livres imprimés. Actuellement les nouveaux environnements d’apprentissage visent à produire de la concentration, de la régénération de l’inspiration et de l’activation.
     
  • La méditation pleine conscience redonne prise sur sa vie pour mieux discerner et faire des choix. En apprenant à respirer, à ralentir, à diriger son attention sur une partie de son corps ou sur son environnement. la méditation pleine conscience joue sur la régulation des rythmes circadiens, elle permet une pensée plus profonde qui évite les distractions.
     
  • Dans la formation, il s’agit d’adopter des méthodes d’apprentissage actives, de donner plus de liberté de choix, de favoriser le mouvement, d’offrir des espaces variés qui facilitent la concentration, d’optimiser les connexions entre les apprenants.
     

Dans le monde de la formation, il se pourrait qu’une inversion se produise entre intention et attention pour apprendre. Si les modes traditionnels d’apprentissage exigeaient de l’attention à la parole du maître, on s’aperçoit aujourd’hui que sans intention d’apprendre, sans motivation profonde, « cela ne rentre pas ».

Il s’agirait moins de chercher à colmater la brèche de l’attention siphonnée par tous les médias qui cherchent à nous attirer que de nourrir une intention suffisamment forte pour qu’apprendre soit un projet autrement stimulant.

 Illustration : sinisamaric1 - Pixabay

Allez plus loin :

e-book : Curation de contenu : gagnez l’attention de votre public
https://defineed.typeform.com/to/psph9o

Livre : Pour une éconologie de l’attention - Yves Citton
http://www.decitre.fr/livres/pour-une-ecologie-de-l-attention-9782021181425.html#ae85

Article : Le capitalisme produit une crise de l’attention - Les Inrocks
http://www.lesinrocks.com/2014/09/25/actualite/yves-citton-il-ny-pas-dattention-en-dun-environnement-relationnel-11526240/

Interview : L’attention, un bien précieux - CNRS
https://lejournal.cnrs.fr/articles/lattention-un-bien-precieux


[1] STEELCASE (2016), Un cerveau haute performance. Les neurosciences au service de l’entreprise. 360° n°11.
https://www.steelcase.com/eu-fr/perspectives/magazine-360/un-cerveau-haute-performance/

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