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Enseigner et apprendre les langues régionales : une responsabilité française*

Par Denys Lamontagne , le 02 novembre 2004 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Sur les 6 à 7 000 langues encore parlées sur la terre, plus de 3 000 sont en voie de disparition. La France à elle seule compte 14 langues «gravement menacées» selon un rapport de l’Unesco.

On estime qu’une langue est sur la pente dangereuse quand plus du tiers des jeunes issus de parents de cette langue ne l’apprennent plus.

Sous la pression économique, la diversité linguistique en prend un coup. Mais y a-t-il une économie de l’enseignement des langues ?

Déjà qu’ Assimil offre des cours d’alsacien, d’auvergnat, de basque, de breton, de catalan, de corse, de créole, de gascon, de kabyle, de malgache, de marseillais, de québécois, d’occitan, de picard... il n’y a pas de raison de se sentir menacé par des langues minoritaires; la langue de l’économie n’a rien à craindre de la diversité et celle de la poésie familière a tout à y gagner.

Mais c’est au niveau politique que la question se pose avec plus d’acuité. Pouvoir apprendre sa langue maternelle est un droit qui semble assez fondamental et pourtant nombre d’états y font obstacle. Pourtant il ne s’agit que d’offrir la possibilité d’apprendre les langues régionales, pas l’obligation.

L’argument qu’il vaille mieux apprendre l’anglais plutôt que le breton ou le basque est culturellement indéfendable. La France est un des rares pays industrialisés où l’on est incapable d’apprendre plusieurs langues vivantes sur son propre territoire.

L’ouverture à l’international ne signifie pas de rayer le local mais exige même que l’on développe le local, sinon quel intérêt y aura-t-il pour les autres, à l’international, de nous connaître ? Les camemberts industriels stérilisés n’offrent pas le même attrait.

Si la France a erré en interdisant autrefois les langues régionales, il est toujours temps de corriger le tir, le contexte a changé et la compréhension de nos droits et de la diversité culturelle nous incitent à redéfinir notre modèle de société. La France aurait l’occasion de mettre en application un chapitre de plus de la Charte des droits de l’Homme qu’elle a autrefois rédigé et promu.

Quelque part, dans l’intérêt commun, les citoyens membres d’un état ont le droit d’apprendre leur langue régionale; internet peut les y aider.

Et ces citoyens seront d’autant plus reconnaissants face à leur état qui facilite leur contribution en les respectant. Un ministère ou secrétariat aux langues régionales peut-être ?

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