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La gouvernance des nouveaux usages numériques

Internet a un pouvoir disruptif des pouvoirs et des gouvernements. Ceux-ci ont-ils pris la mesure de ce qui se produit?

Par Denis Cristol , le 02 avril 2018

La gouvernance des technologie et des usages numériques par l'état est un impensé, sinon comment comprendre sa faiblesse d'intervention sur les questions de propriétés intellectuelles, de taxation, de passage de contrat sans mise en concurrence avec Microsoft. Ce laisser-faire profite aux acteurs des marchés qui proposent sans cesse des services et inventent de nouveaux usages (1 million d'applications de Apple disponibles en ligne, 5 millions attendues en 2020), aux particuliers mais désormais aussi aux communautés humaines en alliance ou en coopétition avec les acteurs traditionnels de l'intérêt général. 

Tous sont atteints

Internet et ses terminaux sont plus disruptifs que l'invention de l'imprimerie, de la cartographie ou de la montre car ils pénètrent toutes les couches de la société. Cette pénétration est pervasive. Elle provoque une transformation puissante du milieu interne. Les scanners montrent comment le câblage du cerveau mute. Le cerveau perd  ses capacités d'attention, lit par bribes, doit gérer un état de stress continu au détour d'un flux d'usages qui s'imposent, de la réservation d'un billet de train au paiement de ses impôts, de l'auto monitoring, à l'auto formation, l’injonction d’écrans est omniprésente.

L'action d'Internet et de ses terminaux est démultipliée par la puissance des réseaux qui gagnent du terrain, à une échelle et à une vitesse jusque-là inconnue. Enfin internet est un objet sous contrôle de grandes agences de sécurité en particulier américaines (NSA) mais dans le même temps c'est un bien commun partagé non saisissable qui ne cesse de muter dans le monde entier en participant à la transformation des identités et des valeurs.

Cette révolution industrielle et sociétale présente les traits caractéristiques d'un changement de civilisation dans lequel le sens, les outils de la pensée, la politique et la morale se modifieraient en profondeur, en se planétarisant.

Qui êtes-vous ? Où sommes nous ?

Pour Bernard Naboulek le redéploiement massif des identités auquel on assiste est lié à la transformation des conditions d'existence auquel participent cet internet pervasif et ses usages et qui finit, subrepticement à remettre en question les valeurs des sociétés qui l'abritent. Internet et ses usages quotidiens finissent par faire partie de notre humanité. Ils contribuent à la transformer.

Le sociologue français Durkheim évoque l'anomie, cet affaiblissement des normes et repères du passé, avant que n'apparaissent de nouvelles normes et de nouveaux repères et que de nouvelles formes de sociabilités prennent l'ascendant. Pour Naboulek, pendant cette transition poussée par les usages d’internet, l'érosion des valeurs produit de l'instabilité, de l'insécurité, des affirmations identitaires et des manifestations négatives racistes, religieuses ou xénophobes.

Soit les usages d'Internet seront maîtrisés au profit de tous sous l'impulsion de l'état, des collectivités territoriales et des institutions soutenant les associations les entreprises d'économie sociales et solidaires les nouveaux lieux de convivialité et de socialité qui s'inventent un peu partout, soit la prédiction de Julian Assange, le révélateur des WikiLeaks, pourrait voir le jour. Celle d'un détournement d'Internet au profit de quelques-uns avec un risque de totalitarisme. Car si les individus vivent actuellement dans une ère de droit et de surveillance sociale, politique et commerciale subie ou auto-consentie (à chaque usage et logiciel auquel nous adhérons nous signons des termes d’usage que nous prenons à peine le temps de lire), la fusion des états des groupes commerciaux les plus puissants et des technologies pourraient modifier le sentiment d'être surveillé en permanence et le rendre inacceptable.

Il y a certainement une vigilance citoyenne à exercer pour ne pas être dominés par des outils dont seuls quelques-uns ont le contrôle et les bénéfices. Il est utile de se souvenir que rien n’est parfaitement gratuit en ligne et que lorsque nous ne sommes pas les acheteurs, alors c’est que nous sommes le produit, souvent les deux.

Ressources pour aller plus loin :

Gouvernance numérique : une place pour les territoires - Claire Chevrier - La gazettee
http://www.lagazettedescommunes.com/469415/gouvernance-numerique-une-place-pour-les-territoires/

Gouvernement ouvert - https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_ouvert

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