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Histoires belge et marocaine communes

Par Mohamed Ouzahra , le 10 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 13 décembre 2011

À la fin des années cinquante la Belgique s’est retrouvée, par un inattendu concours de circonstances, au cœur de l’histoire informatique du Maroc. Une anecdote qui vaut d’être contée car elle marque depuis la coopération scientifique entre les deux royaumes.

Au lendemain de son indépendance le Maroc, qui souhaite se doter d’une école d’ingénieurs pour pallier au manque criant de cadres nationaux, doit faire face au refus de la France, soucieuse de cantonner l’ambition marocaine à la formation de techniciens supérieurs. Cette attitude oblige alors le Maroc, décidé à mener à terme son projet, à se tourner vers un autre pays, la Belgique en l’occurrence. C’est ainsi que l’École Mohammedia d’Ingénieurs (EMI), aujourd’hui fleuron de l’enseignement supérieur scientifique marocain, reçut le premier calculateur informatique du pays, et sans doute l’un des premiers d’Afrique. Le centre multimédia de l’EMI porte d’ailleurs le nom du roi Baudouin de Belgique[1].

Depuis, la France a repris sa place en matière de coopération scientifique mais la Belgique demeure présente que ce soit pour la formation des ingénieurs ou d’autres domaines a priori plus "ludiques" comme la numérisation du patrimoine et la valorisation de supports pédagogiques originaux comme la bande dessinée.

Passerelles scientifiques entre le Nord et le Sud

En Belgique, la formation d’ingénieurs issus de l’importante diaspora marocaine existe depuis plusieurs décennies. Des réseaux se sont créés pour mettre en avant l’exemplarité d’une coopération scientifique entre les deux pays mais aussi une intégration réussie de la seconde génération d’immigrés. Cette coopération scientifique, qui concerne tous les centres d’excellence scientifiques belges, s’inscrit aussi dans un mouvement plus large de partage des savoirs entre les chercheurs du Nord et du Sud.

Au Maroc, une autre école d’ingénieurs a pris la relève de l’EMI en matière de coopération scientifique avec la Belgique. Il s’agit de l’École nationale supérieure d’informatique et d’analyse des systèmes (ENSIAS) qui a notamment intégré une plateforme de contenus numériques destinée au plan de développement des compétences managériales par la technologie. De nombreux établissements, dont l’Université de Liège, collaborent à ce projet financé par l’Union européenne.

La coopération informatique belgo-marocaine ne se limite pas cependant à la sphère académique. Dans des domaines parfois délaissés par les nouvelles technologies de l'information, des start-up belges apportent une expertise et des solutions souvent inédites.

De la numérisation du patrimoine à la bande dessinée

La Belgique est un des pays les plus ouverts aux nouvelles technologies de l'information à en croire différents classements. L’engouement des Belges pour les réseaux sociaux est mis en exergue dans ce numéro de Thot. Mais au-delà de l’usage, l’expertise développée par de petites mais dynamiques sociétés d’outre-quiévrain est tout à fait intéressante et le Maroc pourrait en tirer profit dans le domaine culturel notamment. Deux exemples pour illustrer cette coopération ciblée.

Le premier exemple concerne la numérisation sonore des ambiances de la halka, ce théâtre de plein air de la célèbre place Jemâa El-Fna de Marrakech, ouvrant ainsi de réelles possibilités de sauvegarde d’une tradition inscrite au Patrimoine oral de l’Humanité par l’Unesco.

Au-delà de la préservation du patrimoine, l’idée est aussi d’enrôler ces techniques pour promouvoir, à travers un portail en préparation, l’ensemble de la très riche culture marocaine. L’objectif est de mettre en ligne du contenu à forte valeur ajoutée, de surcroit accessible en plusieurs langues. Là également la Belgique peut s’avérer être un partenaire précieux, au regard de son expérience dans le domaine du multilinguisme bien sûr.

L’autre exemple a trait à un art où la Belgique est connue dans le monde entier : la bande dessinée. L’apport de la BD  en matière d’éducation n’est pas toujours bien cerné. La bande dessinée permet pourtant de créer un environnement pédagogique tout à fait familier à l’enfant, ce qui facilite grandement l’intégration en classe et l’assimilation des notions à enseigner. Au Maroc, en dépit de plusieurs salons qui lui sont consacrés et une filière de formation unique en Afrique, la bande dessinée peine à s'imposer. Pourtant, la BD est depuis longtemps utilisée pour promouvoir les droits de l’homme ou encore faire connaitre l’histoire du pays. Elle est également un support apprécié des cours d’alphabétisation. La bande dessinée a même fait une brève incursion en classe dans les années 80 comme le rappelle ce blog... quelque peu fâché avec l’orthographe française. La coopération belge soutient actuellement une réhabilitation de la BD comme outil pédagogique à part entière.  

En définitive, les relations entre la Belgique et le Maroc sont empreintes d’originalité en ce qu’elles touchent des domaines diverses et, en dépit des apparences, tous aussi importants.

 

[1] L’installation du premier calculateur a aussi son anecdote croustillante que je tiens du premier directeur de l’École, le regretté Driss Amor. Les ordinateurs de l’époque nécessitant un système de climatisation, non prévu dans le don belge, le directeur en fit la commande auprès du ministère de tutelle. Qui refusa net de financer une dépense jugée somptuaire. Pas découragé par si peu, M. Amor revint quelques semaines plus tard à la charge en demandant un… variateur de températures, qui fut cette fois livré sous la rubrique « Equipements scientifiques de laboratoire » !

 

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