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Les étudiants non traditionnels, la nouvelle donne universitaire

Souplesse et inventivité : voilà les deux qualités d'une université capable de bien gérer ses étudiants non traditionnels

Par Alexandre Roberge , le 27 novembre 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 11 janvier 2017

Les idées préconçues, qu’elles peuvent être tenaces! Il y a ce mythe qui veut que l’éducation soit linéaire, c’est-à-dire que de la petite école aux études supérieures se fait le trajet de l’apprenant pour arriver à un milieu professionnel.

Théoriquement, selon cette idée, on ne revient pas dans un établissement de formation une fois que cela est fini. La réalité est toute autre. Ils sont nombreux à devoir retourner sur les bancs d’école bien des années après avoir obtenu leur diplôme. En fait, une grande partie des étudiants universitaires sont ceux dits « non-traditionnels ».

Étudiants à part... et majoritaires

Ces personnes sont généralement âgées de plus de 25 ans et suivent des cours à temps plein ou, plus souvent, partiel pour obtenir des compétences de plus pour leur carrière actuelle ou pour éventuellement en changer. Néanmoins, faire un portrait type de ce type d’étudiant non traditionnel serait plutôt réducteur. D’autant plus qu’ils sont de plus en plus présents dans les universités nord-américaines, européennes et même asiatiques.

En fait, le phénomène n’a plus de frontières. Toutefois, il semble que les facultés ne se soient pas préparées à cette nouvelle clientèle et se demandent depuis le début des années 2010 comment les intégrer dans leurs murs. Trop habitués à celle classique, ils ne savent pas comment agir avec ces individus qui réclament de la souplesse.

Certains établissements proposent alors, pour eux, des MOOCs qui permettent de ne pas avoir à se déplacer et étudier avec plus de flexibilité. Or, cette approche ne prend pas en compte que certaines personnes vivent dans des endroits où les connexions Internet sont plus faibles et rendent difficiles l’accès à ces ressources. Il ne s'agit pas d'une solution miracle.

Toutefois, comme le rappelle ce livre blanc américain sur le sujet, l’éducation en ligne fait partie d’un nombre important de facteurs à prendre en compte et des pratiques à changer avec l'afflux de ces apprenants.

Par exemple, aux États-Unis, le système d’éducation oblige les étudiants à suivre au moins 12 heures de cours par semaine pour avoir droit aux aides financières. Ce qui n’est pas possible pour ceux non traditionnels. Ils se retrouvent ainsi freinés dans leur formation par un cours qui n’est pas offert durant un semestre ou par le fait qu’ils doivent, par moment, s’inscrire à plus d’un établissement par obligation ou par choix. Là encore, ils doivent alors le faire à leurs frais puisque les aides fédérales ne reconnaissent pas ce type de formation. Voilà, entre autres, des éléments à repenser autant aux États-Unis que dans d’autres pays où les programmes universitaires ne s’adaptent pas aux réalités des apprenants.

Une appellation péjorative?

La formulation d’étudiants non traditionnels devrait peut-être être abandonnée. En effet, selon certains observateurs de la scène pédagogique, elle crée beaucoup de stress et de doute chez eux. Ils se sentent déjà souvent dépassés et savent bien que, dans certains cas, ils n’ont pas mis les pieds dans un établissement scolaire depuis deux ou trois décennies. En les catégorisant en plus comme des « marginaux », s'ajoute une couche de difficulté supplémentaire. Celle d'avoir l'impression de ne pas être à sa place.

Pourtant, malgré leurs doutes, ils arrivent à très bien s’en tirer, même dans des contextes de cours non traditionnels. Cet enseignant donne l’exemple de son cours qui est donné sous forme hybride. Certes, il admet qu’il faut accompagner un peu plus les étudiants avec les outils technologiques utilisés. Or, ils apprennent vite et ils réussissent aussi bien que ceux qui viennent d’un parcours scolaire dit « normal ».

Les étudiants pour l’instant non-traditionnels sont en train de devenir la norme. Ils représentent un marché intéressant pour le milieu universitaire qui, ironiquement, les bombarde de plus en plus de publicités sans adapter leurs pratiques aux besoins de ces gens. Il faudra donc un travail global des universités, de leur administration aux enseignants, pour comprendre les besoins et améliorer la flexibilité des cours, de l’aide financière, etc. U

Un travail collaboratif intense, mais qui peut mener à une envie plus grande encore pour certains de continuer à s’éduquer même des années après avoir obtenu leur premier diplôme.

Illustration : KozminskiUniversity EURAM2015 @KozminskiUni via photopin (license)

Références

Charbonneau, Léo. "La Montée Des étudiants Au Parcours Non Traditionnel." Affaires Universitaires. Dernière mise à jour : 8 juillet 2013. http://www.affairesuniversitaires.ca/actualites/actualites-article/la-montee-des-etudiants-au-parcours-non-traditionnel/.

Horn, Sarah. "It Takes a Team to Graduate Post-traditional Students." Helix Education. Dernière mise à jour : 14 septembre 2016. http://www.helixeducation.com/resources/blog/it-takes-a-team-to-graduate-post-traditional-students/.

"Improving Post-Traditional Student Success." Hobsons. Consulté le 24 novembre 2016. https://www.hobsons.com/resources/entry/improving-post-traditional-student-success.

Tures, John A. "Leaving The Basement Of The Ivory Tower: Non-Traditional Students Can Make The Grade." The Huffington Post. Dernière mise à jour : 19 août 2016. http://www.huffingtonpost.com/john-a-tures/leaving-the-basement-of-t_b_11599670.html.

Yancey Gulley, Needham. "Defining Students As Nontraditional is Inaccurate and Damaging (essay)." Inside Higher Ed. Dernière mise à jour : 5 août 2016. https://www.insidehighered.com/views/2016/08/05/defining-students-nontraditional-inaccurate-and-damaging-essay.

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