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Publié le 19 décembre 2016 Mis à jour le 16 janvier 2017

Dis grand père c’était comment avant Internet ?

De la dictature de Napoléon à l'innovation collaborative

J’ai 49 ans je ne suis pas grand père, mais je ne peux m’empêcher de penser aux histoires que l’on me racontait enfant et qui contrastent terriblement avec ce que nous vivons.

Mon grand-père, dont les grands parents avaient vécu sous Napoléon, me disait qu’à 12 ans, il dormait dans la mangeoire des bœufs dans une ferme isolée du Larzac. Bouvier était un métier courant à cet âge. Les jours de fêtes il parcourait à pied plus de 9 kilomètres pour aller fêter les feux de la Saint Jean.  Il n’y avait pas encore de meet-up ou de AirBnN à cette époque, chacun savait où retrouver les autres et comment se faire héberger.

L’anecdote maternelle à laquelle j’ai droit tous les Noël est l’orange comme cadeau précieux du bon Papa Noël. Mon père me dit qu’après-guerre, les carrioles à cheval pour la livraison de la glace (pas de frigo à la maison) et du charbon (pas d’électricité nucléaire, ni même renouvelable) ont mis du temps  à être remplacées par des véhicules à moteur. La télévision a été une immense révolution, puis le téléphone est arrivé. On est loin du smartphone dernier cri pour les adolescents au pied du sapin.

Je me souviens de mes débuts professionnels de formateur, de l’odeur d’alcool du papier ronéotypé, des polycopiés, de l’odeur des transparents qui  fondaient dans les imprimantes. C’est avec une certaine émotion que je revois le bras articulé des rétroprojecteurs et que je ressens l’ambiance lanterne magique de la projection, bien avant Power Point.

Je ris carrément de bon cœur quand je visualise les cases courriers dont chacun disposait (sauf les stagiaires, éternels abandonnés). On pouvait déposer dans la petite case courrier en bois des messages en absence. L’ancêtre du courriel ressemblait à un pigeonnier bien loin des performances de twitter.

Lorsqu’un de mes dirigeants eut un téléphone portable, il s’agissait en fait d’un téléphone qu’on pouvait porter dans une voiture. L’animal faisait bien 15 centimètre sur 20. Il était encastré dans la plage avant du véhicule. C’était il y a moins de 25 ans (voir le site mobilophile pour la séquence nostalgie). C’était surtout pour appeler les autres dirigeants, qui n’en avaient pas et augmenter ainsi son capital de réputation. Là encore Facebook n’a pas tout inventé.

Il serait possible de poursuivre les anecdotes nostalgiques à l’infini, tellement toute la société s’est transformée. Une accélération sans précédent que nul n’arrête est bien lancée. Le contrôle du temps vole en éclat. Ce qui vaut aujourd’hui n’a rien de commun avec ce qui valait il y a un siècle.

Tout change-t-il vraiment ? Pas sûr. Ce qui importe, l’amour, les liens humains, seraient des valeurs devenues plus précieuses encore.  Internet a transformé la donne, mais le trésor humain reste fait

  • d’émotion, d’accomplissement et dépassement de soi;
  • d’émotions partagée et d’altérité;
  • de créativité de graines  de folie, d’imagination;
  • de goût d’aventure;
  • d’intelligence collective;
  • de tâtonnement.
     

Ces éléments n’ont certes pas été ensevelis.

Pour Patrick Viveret, il s’agit de redonner ses lettres de noblesses au mot valeur. Il ne s’agit surtout pas de faire preuve de nostalgie d’un monde dur et inconfortable, de dormir avec des bêtes ou se chauffer au charbon (polluant), il ne s’agit pas de renoncer à la modernité, mais plutôt d’adapter ses fruits, et de les  reconnecter à ce qui compte, de vivre une sobriété heureuse.

Une tablette numérique est à la fois ce qui réunit une grand-mère et ses petits-enfants dispersés et ce qui nous gave d’informations inutiles en ligne. Vérifier ce qui a de la valeur, se disposer à l’accueillir nécessite de prendre un temps pour soi, sur soi et de rêver non pour fuir un quotidien morose mais pour envisager un futur désirable.

De nombreux mouvements utilisent internet pour sortir de l’ombre et amplifier leurs idées.

Ces mouvements croisent de hautes valeurs sociétales, les collecticiels et leurs pouvoirs collaboratifs, de nouvelles formes de gouvernance.

D’autres associations plus anciennes tournées vers le bien commun profitent aussi d’un surcroit de notoriété pour en citer quelques-unes : Emmaüs, resto du cœur, association de lutte contre la myopathie, Ligue contre le cancer, etc.

Internet produit aussi bien des rumeurs poisseuses (hoax), un business qui ne s’arrête jamais, des pitres et amuseurs du Youtube (Norman affiche 1,5 milliards de vues), la diffusion d’une idéologie de haine, que des futurs possibles, une réinterprétation de valeurs anciennes, universelles et intemporelles.

Si l’on peut souhaiter à nos petits enfants de ne plus dormir avec des bœufs, comme a pu le faire mon grand-père, on désire tout de même pour eux autre chose que la solitude devant leur écran et son monde de consommation, de satisfactions éphémères et peu de chaleur humaine.  On admire leur capacité d’aller vers un tissu associatif généreux et leur engagement citoyen.

Illustration : bogitw - Pixabay

Allez plus loin :

Téléphone cellulaire vintage http://www.mobilophiles.com/

Associations qui transforment le monde :


Mots-clés: Parents Histoires Internet père Nostalgie Grand-père Bœufs

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