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Transmission intergénérationnelle

Mais comment leur dire qu’on a raison !

Par Denis Cristol , le 19 décembre 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 01 février 2017

Les jeunes changent leur rapport à l’autorité, au savoir et au monde.  Ils se soucient moins des leçons d'un passé si différent de leur réalité.

La génération Y imposerait ses codes aux entreprises, notamment en limitant son ambition professionnelle et en exigeant de plus grand compromis entre vie personnelle et vie professionnelle. Dans ces conditions quel sens revêt la transmission intergénérationnelle ?

La transmission et l’entrée dans la société

Les sages, ou réputés tels, gardent les traditions par le moyen de rituels. Plus personne n’en connaît vraiment le sens mais ils subsistent dans les institutions comme des totems.

Van Gennep a étudié les initiations et les rites de passage. Il montre que toute société a besoin de ces bornes dans la vie humaine qui marquent le changement d’état de l’enfance à l’âge adulte, ou le passage à des responsabilités plus grandes (ex. le passage cadre). Il existe une variété de pratiques telles que le parrainage qui marque dans certaines religions, l’accueil dans une communauté humaine.

Dans les familles  le fosterage ou confiage consiste à placer l’enfant souvent chez un oncle proche pour qu’il soit éduqué. Les entreprises transmettent parfois de façon informelle lors de pot de départ ou de discours d’adieu, tout un langage qui étaye l’organisation en place et le mythe collectif.

Plus rarement les transmissions sont organisées de façon méthodique comme dans des cercles de legs. Les entreprise familiale préparent aussi leurs héritiers à recevoir en  héritage un capital matériel et social (voir Bourdieu et Passeron 1964 « Les héritiers »). L’armée a ses « bleus » qui font leur classe, ils passent par des centres d’aguerrissement, et à force de stage commando finissent par se durcir. Les aspirants cherchant à devenir officiers sont mis à rude épreuve, des officiers aguerris s’assurent qu’ils seront conformes à la doctrine des armes à laquelle ils aspirent.

Le religieux n’est pas en reste de transmission. Les novices sont soumis à une période d’initiation et de probation avant de prononcer leurs vœux. Ils vivent leur, noviciat comme une période intense de transformation de leur vocation.

Même si parfois les adulescents persistent, même si le syndrome de Peter Pan nous garde en enfance, l’entrée dans la société des « Humains » passe par une variété d’instance et de conformisation aux habitudes sociales en place.

La socialisation, l’éducation, la scolarisation, l’orientation, l’encapacitation (la montée en capacité), l’exploration puis la formation (apprentissage alternance) sont constitutifs des : itinéraires, parcours, cheminements sociaux de tout un chacun. La transmission est moins un objet que l’on se passe qu’un cheminement par lequel passe un jeune pour changer de statut.

De plus en plus fréquemment ces cheminements connaissent un passage par le numérique qui facilite la traçabilité ou la sorte d’une voie univoque en offrant d’autres repères que les seuls repères du groupe de référence. Les groupes constitués jouent un rôle de matrice et  d’accueil, la relation duale de transmission vient s’y combiner.

La relation duale de la transmission

Hollywood aime jouer des archétypes et nous en offre un, dans la guerre des étoiles dans la mise en scène de la relation duale de la transmission entre un maître (chevalier  jedi) et son apprenti (padawan), les codes vestimentaires et d’honneurs, les outils et gestes en partage, les valeurs de référence, les temps de maturation, la philosophie rapprochant le maître et l’élève, pourraient s’apparenter à des formes de compagnonnages, toutes droites sorties du Moyen-Âge.

Les différentes traditions qui s’efforcent de préserver et consolider des arts ont en partage la codification d’une culture et le respect pour des modes opératoires, des tours de main, des outils parfois désuets mais ayant franchi le temps; c’est le cas des maîtres artisans marocain (Maalem), des maitres en arts martiaux sensei, qui enseignent non seulement une voie mais aussi une éthique de la vie et de l’honneur. Le gourou et ses disciples sont un autre exemple dans un chemin de perfectionnement de soi.

Les relations duales font encore une place au mentorat, une forme de conseil et d’influence sur des choix essentiels dans son activité. On se souvient de Mentor précepteur de Télémaque et ami d’Ulysse.

Mentor est le mot racine du mentoring, une forme de guide qui aide le mentoré à trouver sa voie. Cet art du mentoring s’applique aussi bien aux jeunes femmes qui cherchent à franchir le plafond de verre à l’aide d’un guide (Le mentoring féminin) qu’aux jeunes entrepreneurs qui aspirent à l’accélération de leur projet d’entreprise  (ex : institut du mentorat).

Le précepteur et le préceptorat sont des formes de cours particuliers pour les familles aisées disposant de suffisamment de moyens pour préparer leur progéniture à l’occupation des plus hautes fonctions. C’est ainsi qu’Alexandre le Grand aurait eu Aristote comme précepteur. Plus proche de nous est encore la situation du tuteur qui initie un jeune au métier en lui montrant les bons gestes, les points de vigilances en présence ou à l’occasion de tutorat à distance.

Les formations de transmission en groupe ou en duo sont désormais moins resserrées sur la seule proximité géographique immédiate. Maître comme apprenant sont désormais exposés à une multitude d’influences. Un jeune échappe à l’emprise éducative de ses seuls parents dès qu’il dispose d’un lien avec internet. Internet est une autre source de repères et de connaissance.

S’il existe bien des gourous du numérique, ceux-ci semblent moins s’intéresser aux âges de leurs disciples qu’à leur capacité à s’investir dans leurs idées et projets numériques. S’il existe toujours des rites de passage à l’heure du numérique, ceux-ci sont basé sur de tout autre codes sociaux. Il s’agit moins de se conformer à la norme sociale d’un groupe que d’être initié au sein d’une communauté de pairs.

Ce que change internet est que le passage de l'entrée dans « la Société », avec ses normes et comportements attendus devient moins important que celui d’être initié dans une micro-communauté de pairs. Dans un vaste monde de données, l’initiation à des usages s’invite et prend une place plus large à côté de la transmission des savoirs.

Illustration : brenkee - Pixabay

Sources :

http://www.entreprises.cci-paris-idf.fr/web/club/institut-du-mentorat-entrepreneurial

http://www.cercledelegs.com/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d'aguerrissement

http://www.scienceshumaines.com/les-heritiers_fr_12988.html

http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/management/les-jeunes-ne-veulent-plus-etre-infantilises-dans-l-entreprise_1709420.html

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