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L’Université virtuelle Africaine, histoire d’une mise en scène

Par Denys Lamontagne , le 03 octobre 2005 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Création de la Banque mondiale, présente à la fois dans les pays francophones et anglophones d’Afrique, l’ Université virtuelle Africaine (UVA) se situe au coeur des réflexions de plusieurs grands organismes internationaux et bailleurs de fonds sur l’avenir, le rôle de l’enseignement à distance (EAD) en Afrique.

L’auteur de ce mémoire de recherche de master présentée à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Rouen, M. Pierre-Jean Loiret, Spécialiste en EAD et TICs, a assurément une sensibilité particulière, surtout qu’il a pu constater de visu l’utilisation effective des importantes sommes investies et les effets dérisoires pour ne pas dire contre-productifs de l’UVA dans les milieux où elle s’est implantée.

Que se passerait-il si l’UVA disparaissait subitement d’Afrique francophone ?

«Vraisemblablement rien. Quelques dizaines d’ordinateurs, qui de toute façon ne lui appartiennent pas, se verraient rapidement affectés à un autre usage. Quelques dizaines de jeunes étudiants trouveraient à s’inscrire dans une université traditionnelle».

Les fruits du mépris

Déjà que dans les prémices du projet le fondateur de l’UVA invalidait sans nuance ses futurs partenaires, dès lors il ne fallait pas s’attendre à une immense sympathie ni à une collaboration enthousiaste de ceux-ci.

De toutes façons, la structure et le fonctionnement même du projet reflètent une volonté d’imposer «la bonne solution» sans même considérer les réalités multiples des universités africaines ni la propre responsabilité de la Banque mondiale dans le problème, comme si elle n’avait rien eu à voir avec l’état des choses qu’elle dénonçait.

En fait, selon l’auteur de cette thèse, l’UVA serait d’avantage un objet politique qu’un dispositif à visée éducative. Dans ce contexte, l’image devient plus importante que des résultats concrets et vérifiés. Il devient plus important pour la Banque mondiale et ses partenaires de sauver la face et les apparences que d’avoir un véritable effet structurant.

En 1997, on aurait pu croire que l’UVA n’avait apparamment rien compris des avantages d’Internet et de la volonté populaire d’en profiter, cependant, dans ses 8 années d’existence, elle a maintenu ses stratégies et ses choix : encore actuellement, on ne peut suivre l’essentiel des cours que dans ses centres et pas ailleurs. Pour un organisme qui visait à atteindre des dizaines voire des centaines de milliers de personnes, il y a là un sérieux problème de logique et d’infrastructures !

Justement, pendant que l’UVA se complaisait à investir dans les infrastructures satellitaires, dont l’Afrique est un des acteurs absent au niveau mondial on s’en doute, et que les investissements financiers affluaient dans les entreprises de technologie, de leur coté les pays africains investissaient de façon endogène et par leur propre volonté leurs maigres ressources dans la fibre optique et dans Internet avec cent fois plus de succès et d’efficacité. La concertation n’est pas l’approche privilégiée de la Banque mondiale apparemment.

Bref, l’UVA apparait plus comme une organisation qui déprive les ressources locales qui pourraient être autrement mieux utilisées et une source d’endettement et de justification politique que comme une réelle force productive.

Même à Thot nous avons été le transmetteur des informations officielles de l’UVA : tant de beaux chiffres pour si peu de réalisations concrètes nous fait réfléchir sur notre responsabilité.

Nous vous recommandons la lecture de cette thèse qui se lit presque comme une enquête ou un scénario de reportage.

L’Université virtuelle Africaine, histoire d’une mise en scène, document .pdf, 1,3 megs

Note - En raison de l’affluence, il se peut que le téléchargement soit laborieux à certaines heures

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