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Double jeu et fascination de la technologie***

Par Mohamed Ouzahra , le 12 février 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

La technologie fascine les sociétés en développement. Sans doute parce que leur capacité à innover s’est émoussée et qu’elles se contentent à présent de consommer ce qui se fabrique ailleurs. Le sens de cette fascination comme mode d’appropriation des techniques mérite cependant d’être cerné. Car cette attitude est souvent à l’origine de la résistance à l’innovation et partant, de l’immobilisme dont souffrent nombre de pays.

Bien sûr, les situations sont contrastées. Ainsi, le Maroc connaît, comparativement à d’autres pays de niveau économique similaire, une

movida

technologique de bon augure. L’engouement des jeunes en particulier pour la technologie semble bien réel. À y voir de plus près, la partie est pourtant loin d’être gagnée. L’exemple emblématique de l’informatique - qui est avec Internet la technologie de référence de ce siècle - permet de mieux comprendre les choses.

Schématiquement, l’ordinateur - l’outil a tendance à supplanter la technologie - est perçu ici alternativement comme un moyen très puissant de gestion et un immense terrain de jeu. La représentation navigue entre les bureaux feutrés des entreprises casablancaises avec écrans plats et imprimantes débitant courbes et listes de chiffres abscons, et les cybercafés enfumés d’un peu partout, où les jeunes se livrent à distance à des joutes vidéos interminables, dignes des combats chevaleresques d’antan.

Entre ces deux univers, le gouffre est béant. Un début d’explication se trouve sans doute dans la démarcation bien ancrée dans notre culture entre le travail et le jeu. Tous nos enfants ou peu s’en faut ont un jour entendu cette injonction fatidique : « ça suffit avec les jeux, c’est le moment de travailler ! ». Des jeux qui ont du coup bien du mal à s’imposer comme moyen de transmettre le savoir dans nos écoles. Alors vous pensez bien, et c’est précisément là où je veux en venir, que pour de nombreux parents, l’ordinateur peut à la limite enrichir les connaissances de leur progéniture, les divertir sûrement, quant à leur enseigner quelque chose cela reste à voir.

Mais comment faire en sorte que l’ordinateur ne soit plus perçu comme un simple moyen ludique ? Et, question subsidiaire, comment restituer au jeu sa dimension de sérieux ?

Il s’agit en définitive de réconcilier jeu et travail dans les pensées des acteurs éducatifs (car les parents ne sont, bien entendu, pas seuls en cause). Peut-être faut-il le faire en puisant dans la tradition arabe qui elle ne faisait pas sienne cette césure. En effet, sans parler des échecs, jeu des rois et moyen de maîtriser l’art de la stratégie qu’ils ont fait connaître à l’Occident, les mathématiciens arabes ont régulièrement utilisé le ludique pour transmettre les connaissances les plus complexes.

Il serait de bon ton de se réapproprier cette pédagogie du jeu pour améliorer notre enseignement. Ce faisant, nul doute que nous pourrons intégrer plus efficacement les TIC dans nos cursus scolaires et lever les résistances qu’elles suscitent ici ou là.

A bientôt.

P.S. : comme à cette époque la science et la poésie font largement cause commune - Omar Khayyâm, mathématicien d’origine perse, est aujourd’hui connu essentiellement pour de fabuleux quatrains -, le site offre en prime une belle déclaration d’amour chiffrée. Elle sera assurément utile aux étourdis qui oublieraient de faire la leur le jour de la Saint-Valentin !

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