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Le jeu pour former de grands groupes

Le jeu sérieux a tous les atouts pour former des centaines de jeux d'un coup... à condition d'être bien conçu

Par Alexandre Roberge , le 19 novembre 2017 | Dernière mise à jour de l'article le 20 décembre 2017

Pour un entrepreneur propriétaire d'une petite entreprise, il est plus facile de réunir son équipe afin d’offrir des formations. Or, plus le nombre d’employés augmente, plus il faut trouver des solutions que tous peuvent utiliser facilement, qui permettent de tester les compétences et d'inculquer des façons de faire pour améliorer la productivité ou le service. Parmi les différents outils disponibles, on trouve bien sûr les modules de cyberapprentissage, mais aussi l’approche serious game.

Nous avons régulièrement parlé de jeux dans le milieu de l’entreprise. Il s’agit d’un marché en constante évolution avec un taux de croissance d’environ 16 % d’ici 2020. Il s’agit donc d’une potentiel immense pour des développeurs. Par exemple, cette entreprise tourangelle a maintenant une vingtaine de clients provenant de groupes du CAC40. Le directeur affirmera que ces gens se tournent vers eux puisqu'ils sentent que seuls eux peuvent leur offrir une façon de former des milliers d’employés. Ils sont de plus en plus à croire à cette solution. En effet, un jeu bien développé et qui se joue en quelques séances de quelques minutes peut parfois remplacer des journées entières de formation.

De plus, aucun sujet n'est hors portée du jeu. Par exemple, la chaîne Carrefour a demandé à une start-up de concevoir un expérience ludique pour améliorer la relation du personnel avec les clients. Les employés peuvent donc télécharger cette application mobile et interagir avec des clients virtuels. Une initiative qui semble avoir donné des résultats positifs selon le responsable du projet.

Le jeu doit gagner en maturité

Toutefois, la ludification de l’univers professionnel pour la formation de masse peut s’avérer aussi un cuisant échec. Comme le rappelle cet article, une étude publiée en 2014 montrait que 80 % des tentatives de gamification n’atteignaient pas leurs objectifs. Pourquoi? Parce que ceux-ci n’étaient souvent pas pensés dans un plan d’intégration cohérent. Une donnée qui peut être un « pensez-y-bien » pour bien des grosses entreprises qui songent à investir dans la fabrication de jeux en interne.

Déjà, parce que le jeu ne peut pas être l’unique base d’une formation. À la manière de leurs contreparties en éducation qui ne peuvent remplacer des cours, le jeu se veut une façon d’accompagner qui soit amusante et pédagogique pour les employés. De plus, la notion de plaisir est fondamentale et est souvent oubliée. Un jeu ennuyeux n'est plus un jeu. Pour certains, d’ailleurs, le jeu sérieux actuel est seulement devenu un déguisement pour des exercices éducatifs. Il devrait davantage emprunter au milieu du « gaming » en proposant de réelles expériences qui immergent le joueur (par exemple, avec la réalité virtuelle). Et puis, si beaucoup de gens apprécient regarder des gens jouer à différents jeux vidéo, pourquoi ne pas lancer des compétitions globales d’orthographe, de vente, de management sous la forme de jeu à regarder ?

Une chose est sûre, le serious game qui arrivera à bien former un grand lot d’employés, saura doser le plaisir et le pédagogique. Il ne devra pas être trop long non plus. Il vaut mieux de petites expériences répétées que de parties interminables qui finissent par ennuyer. Et surtout, si une entreprise désire éduquer ses salariés sur des compétences précises, il est nécessaire qu’elle s’implique dans la création afin que les vrais enjeux soient reflétés dans l’expérience de jeu car les développeurs de ces jeux n’ont souvent qu'une vague idée de la philosophie interne et des besoins de l’entreprise.

Le jeu sérieux peut être un outil formidable pour former un grand bassin de travailleurs dans un même laps de temps. Or, il ne peut être vu comme une solution unique et l’entreprise doit être prête à investir non seulement de l’argent mais aussi du temps et son expertise dans le développement d’applications ludiques.

Illustration : doris3meflcenter EVO VIllage- Heike Philp via photopin (license)

Références

Collet, Olivier. "My Serious Game Joue Dans La Cour Des Grands." 37 Degrés. Dernière mise à jour : 15 novembre 2017. https://www.37degres-mag.fr/portraits/my-serious-game-joue-cour-grands/.

Delrue, Maxime. "Voici Comment Une Grande Surface Forme Ses Employés Avec Un Jeu Vidéo." Lavenir.net. Dernière mise à jour : 19 novembre 2016. http://www.lavenir.net/cnt/dmf20161118_00916680?pid=2885600.

Diebold, Stéphane. "Le Serious Game Est-il Trop Sérieux ?" Focus RH. Dernière mise à jour : 5 octobre 2017. http://www.focusrh.com/tribunes/le-serious-game-est-il-trop-serieux-par-stephane-diebold-30210.html.

"Entreprise : Faut-il Jouer Plus Pour Gagner Plus ?" Seine Ouest Entreprise Et Emploi. Dernière mise à jour : 30 mai 2017. http://www.seineouest-entreprise.com/actualites/entreprise-faut-il-jouer-plus-pour-gagner-plus.

Lhuillier, Béatrice. "Serious Games : Comment S'en Servir Efficacement Dans L'entreprise." Capital.fr. Dernière mise à jour : 8 février 2017. https://www.capital.fr/votre-carriere/serious-games-comment-s-en-servir-efficacement-dans-l-entreprise-1205655.

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