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L’éducation à distance en Afrique : que des méfaits !? ***

Par Louis-Martin Essono , le 06 mars 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Les pays de l’Occident ont donné la mesure de ce que peut être la culture de l’enseignement à distance. La validation des acquis y a aussi une certaine valeur qui entre en jeu dans la

récupération

des individus en quelque difficile situation. Il n’y a aussi véritablement que chez les Anglo-saxons que se pratique une telle culture. En Afrique anglophone, la plupart des responsables affirment avoir obtenu leur diplôme par la

distance education

.

D’où vient-il donc que l’Afrique francophone répugne à adopter le mode d’enseignement à distance que "même la France" vulgarise et modernise à tous les niveaux ? La question traumatise, tant elle a été posée mille fois, sans réponse aucune.

Depuis que les bailleurs étrangers ont investi dans l’initiation à la formation et à l’EAD, ils n’ont guère réussi à persuader les bénéficiaires à faire pérenniser la fàd dans leur pays. Quelque chose semble donc ne pas bien tourner. Tant que la fàd reste à l’état des projets, que les milliers d’euros ou de dollars sont déversés dans les caisses africaines, tout laisse apparaître une remarquable réussite susceptible de faire progresser les résultats.

Pourtant, laissés à eux-mêmes, les responsables, maintenus ou non, ne trouvent plus, ni vitalité, ni courage, ni volonté, ni même moyens de faire avancer les choses. Les vielles rengaines resurgissent : manque d’électricité, d’eau, de téléphone, d’ordinateurs, de routes et extension de la famine, etc.

Il est alors curieux que, quelques années plus tard, les mêmes bailleurs reviennent et le cycle est à refaire, indéfiniment. La massification de l’enseignement pointe chaque année, l’alphabétisation s’amenuise, la déscolarisation progresse, la masse critique diminue, le chômage s’accentue, les villes se remplissent d’enfants de la rue, de braqueurs, de drogués, de parasites et de tous les maux que génère une école ratée.

Bien sûr, ce n’est pas la faute à la fàd qui ne peut plus recycler ni les personnels éducatifs, ceux de la santé, ceux des collectivités locales, ou même les agriculteurs à qui espoir avait été donné de voir améliorée leur carrière. Parfois, la formation reçue, les suites attendues sont attendues pour toujours.

La validation de la formation, la certification jamais reconnue, la promotion promise sont les méfaits que cause la fàd où elle a été osée. Le Ciffad a disparu, la direction de la fàd en francophonie s’est évanouie. Seule l’Auf s’essouffle à tirer vers le haut, par la fàd, les universitaires du sud.

Il n’y a plus de miracle. Les pays du sud doivent mettre sur pied leurs propres stratégies. Les pays du nord doivent tenir compte des attentes réelles du sud et les y aider. L’égalité de l’école et les performances attendues reprendront une autre trajectoire. Former les enseignants en tenant compte qu’ils ne sont plus motivés par une vie blasée, revoir l’environnement de l’école qui ne préparera plus à la bureaucratie, la professionnaliser. Mais on a entendu cela aussi.

Mais ce n’est pas la fàd qui désagrège l’école et ses partenaires. Les facteurs de désagrégations sont si près de nous. En nous. Dans nos têtes.

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