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Parents, soignants et enseignants doivent s’entendre autour de l’enfant

Par Christine Vaufrey B , le 09 juin 2009

Le 14 mai 2009, le CHU Sainte-Justine (Montréal) a organisé une conférence intitulée « Communications parents et enseignants : une condition à la réussite des jeunes ».
Rose-Marie Charest, psychologue, et Patricia Garel, médecin cheffe du service de psychiatrie de cet hôpital, ont chacune présenté leurs réflexions liées à la thématique. 

Rose-Marie Charest s’est surtout adressée aux parents. Pleine d’humour, elle a évoqué le temps où les familles comptaient fréquemment 6, 7 enfants ou davantage, mentionnant une dame qui « numérotait » ses enfants plutôt que de les nommer, les désignant par « mon septième », « mon neuvième »… Aujourd’hui, la taille des familles s’est réduite, et les parents souhaitent évidemment le meilleur pour leurs précieux rejetons, au point parfois de céder à la tentation de la toute-puissance, accusant systématiquement les enseignants de ne pas comprendre leurs enfants, de ne pas les reconnaître à leur juste valeur, etc. La difficulté qui apparaît dans ce type de comportement est, selon Mme Charest, de « passer de l’idéal au réalisme ».

L'enseignant qui a compté pour moi...

Ce réalisme s’avèrera fondamental pour l’enfant, lui permettant de ne pas se sentir obligé de réussir à tout prix. « Rien de pire qu’une mère parfaite », dit encore Mme Charest. Surtout si la mère en question est le seul référent de l’enfant. Et c’est là qu’intervient le rôle essentiel de socialisation de l’école, qui permet à l’enfant de s’attacher à d’autres personnes, de comprendre, grâce à la diversité des gens qu’il côtoie, qu’il peut être aimé, compris… par d’autres que ses parents.

Les enseignants jouent ici un rôle majeur. N’avez-vous pas le souvenir encore bien vivace d’un enseignant qui a compté pour vous ? Regardez cette vidéo, et vous constaterez que ceux à qui la célébrité a souri ont tous une dette envers leurs enseignants… Les parents craignent parfois, surtout quand l’enfant est tout petit, qu’il y ait rivalité entre la maîtresse d’école et eux. Pourtant, ce n’est qu’en accompagnant leur attachement du détachement nécessaire qu’ils permettront à l’enfant de construire une image positive de lui-même.

Les poupées russes de l'estime de soi

Mme Charest a une très belle image pour exprimer ce qu’est l’estime de soi : elle compare l’estime qu’ont les autres pour nous à des poupées russes, qui s’emboîtent les unes dans les autres, sont de plus en plus grandes, mais aussi très vides. Alors que l’estime que l’on a pour soi-même, c’est la plus petite des matriochkas, bien plus petite que les opinions parfois fort flatteuses qui courent sur nous, mais aussi beaucoup plus solide : jetez la petite poupée par terre, elle ne cassera pas. Avoir une petite poupée bien solide au fond de soi, c’est être sûr de sa juste valeur, et c’est ce qui permet de progresser en confiance . Les parents ne doivent donc pas empiler les poupées de plus en plus grandes, notamment en félicitant leur enfant pour le moindre de ses actes ; ils doivent plutôt faire preuve de discernement, ne pas hésiter à critiquer si nécessaire, sans oublier de féliciter quand quelque chose est vraiment réussi, pour renforcer la poupée du centre. Car l’excès de louanges déstabilise l’enfant autant que l’excès de critique : l’enfant perd confiance dans le jugement de ses parents et surtout, ne parvient pas à se forger la conviction que l’on peut être aimé sans être parfait…

Être triste, c'est pas une maladie !

Patricia  Garel poursuit la conférence en s’arrêtant sur la propension à pathologiser tout comportement estimé inhabituel chez les enfants. Elle l’affirme : un enfant a le droit d’être triste, anxieux, déconcentré, timide, il a aussi le droit d’avoir des manies, de collectionner des choses bizarres, sans que cela relève du pathologique. Elle insiste longuement sur l’impact de l’abus des médicaments sur l’estime que les enfants ont d’eux-mêmes. Elle cite là un petit garçon qui, placé sous Ritalin (médicament prescrit aux enfants hyperactifs), avait fini par croire que c’était la pilule qui avait réussi à l’école, et pas lui, et en conséquence était prêt à rendre ses bonnes notes comme un sportif dopé doit rendre ses médailles…

Mme Garel engage enseignants et soignants à retrouver leurs rôles respectifs : les soignants n’ont pas à porter de jugement sur la pédagogie des enseignants, tout comme ces derniers n’ont pas à poser de diagnostic médical sur le comportement d’un enfant. Lorsqu’ils sont capables d’apprécier les enfants tels qu’ils sont, sans chercher à les réduire à un modèle, lorsqu’ils savent stimuler l’envie d’apprendre et de créer, les enseignants s’avèrent des personnes irremplaçables : « Quand Albert Camus a reçu le prix Nobel, il a d’abord remercié sa mère, puis son instituteur ».

Voici une conférence qui rend tout leur sens aux fonctions de parents, enseignant et soignant autour des enfants, chacun ayant le souci de ne pas prendre la place de l’autre, y compris la place de l’enfant qui doit conserver la capacité à construire lui-même sa vie, parfois loin de ce qu’avaient imaginé ceux qui ne souhaitent que son bonheur.

Conférence avec Rose-Marie Charest et Dre Patricia Garel – 14 mai 2009 : « Communication parents enseignants : une condition à la réussite des jeunes ». Vidéo, 55:57 mn.

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