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Les campus virtuels : espaces de partage ou miroirs aux alouettes ?

Par Mohamed Ouzahra , le 01 mai 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Celui qui a eu le privilège de flâner dans les ruelles de l’ancestrale médina de Fès aura sans doute remarqué le grand nombre et l’importance des espaces de formation qu’elle renferme. Espaces institutionnalisés que sont les belles médersas - les plus connues étant les médersas Bou Inania et El Attarine fondées au XIVe siècle - mais aussi espaces improvisés dans les arrière-boutiques des artisans et dédiés à formation informelle et sur le tas, du maître - le maâlem - à l’apprenti.

Et puis bien sûr, notre promeneur ne manquera pas de s’arrêter pour admirer ce que d’aucuns considèrent comme la plus ancienne université ou centre d’enseignement du monde, Al Karaouine . Et si l’édifice respire aujourd’hui une solennité peut-être pesante, on se plait à imaginer, sans trop y croire il est vrai, qu’il fut jadis le théâtre de joyeux monômes et autres farces de potaches. Par contre, Al Karaouine a été pendant longtemps un foyer de contestation tenu en suspicion par tous les pouvoirs établis. Dans ces murs ont résonné les idées "subversives" en prélude à bien des luttes, notamment celle menée il y a plus de cinquante ans pour la libération du pays.

Nos universités actuelles ont semble-t-il perdu cette capacité à inventer le futur. La compétition sociale et les constructions à l’esthétique minimale enserrent les étudiants et l’imagination dans des espaces fonctionnels, reflets de quotidiens strictement balisés. Dans ces conditions, la tentation est grande de se réfugier dans une tour d’ivoire virtuelle et de ne connaître de la confraternité estudiantine que les "chats" sous pseudos. Pourtant, ici comme ailleurs, les campus virtuels fleurissent et apportent l’espoir de transmettre les connaissances aux plus éloignés. Même si perce, en arrière-pensée, le désir de confiner les étudiants - troublions et/ou immigrés potentiels - dans des frontières du coup bien réelles!

Dès lors, des projets comme l’Université méditerranéenne prennent pour certains des allures de miroirs aux alouettes Bien sûr, la remarque peut paraître excessive au regard de la qualité de cette réalisation et de bien d’autres projets qui ont été présentés lors d’une récente journée sur le e-learning et le développement de contenus à l’École Nationale Supérieure de l’Informatique et d’Analyse des Systèmes de Rabat.

Il n’empêche que l’équation reste posée. Comment faire résonner dans l’espace numérique tout ce qui a fait jadis la notoriété de nos espaces de formation ? Comment restituer, tout en gardant une échelle humaine, ne serait-ce qu’un semblant de cette vie trépignante, entre grèves, manifestations mais aussi veillées culturelles et joutes poétiques ?

Sans doute le rôle catalyseur du net lors des révoltes des jeunes en France ou ailleurs constitue-t-il, à défaut de solution, un début de réponse. Sans doute aussi l’ambition affichée par certains de redonner à nos universités leur rayonnement culturel est-il louable. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et la mobilisation est encore à venir pour faire en sorte que nos médersas virtuelles se calent sur le modèle andalou d’Al Karaouine et autre Ezzitouna et non sur les officines où se concoctent les pires discours de haine et d’exclusion. Encore faut-il que les injustices cessent et qu’à vouloir être totalement furtives, les armes de tout acabit deviennent totalement

virtuelles

! Mais cela est bien sûr une toute autre histoire

A bientôt.

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