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Jeu, mémoire, réseau et confiance. Les règles du jeu de l'apprentissage et de l’évaluation*

La création du jeu tient en la définition de la valeur du but. Quand le but n’est plus «la mémoire de la connaissance» mais la capacité à trouver les bonnes informations.

Par Denys Lamontagne , le 25 avril 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 26 mai 2011

Le «Savoir» est un des matériaux de base de l’enseignement et de l’apprentissage.  Créer du savoir, posséder du savoir, accumuler et organiser du savoir, transmettre du savoir sont au coeur des activités des institutions d’enseignement. Faciliter l’accès au savoir est toujours un des rôles des institutions et elles l’accomplissent autant par leurs installations que par leur personnel : bibliothécaires, professeurs, tuteurs, chercheurs.

Dans tout jeu, sérieux ou non, un but est défini et de la valeur est donnée aux actions qui mènent à ce but : un point, deux, trois, six, etc, points par action de telle nature ou telle autre. Les jeux de mémoire consistent à se rappeler. Tous les autres jeux, à accomplir quelque chose en se servant de ce que l’on sait et sait faire. En éducation, la situation n’est pas différente. Ce qui est valorisé est le «savoir» et la capacité à réaliser quelques chose à l’aide de ce savoir.  Le «savoir» est cependant ce qui est le plus facile à mesurer. Quant à la capacité de réaliser quelques chose à l’aide du savoir, on suppose qu’il s’agit d’un corollaire et que si on possède l’un on a de bonnes chances d’avoir aussi l’autre (1); aussi tout un système s’est construit autour de l’évaluation du savoir.

Changement de règles

Le savoir s’accumule dans les bibliothèques et aussi dans la mémoire des individus. Pouvoir y accéder rapidement est un avantage certain. Objectivement, dans l’action, c’est la mise en oeuvre du savoir qui compte. Il n’y a pas de différence entre le fait d'accéder au savoir via sa mémoire ou via celle d’Internet à partir du moment où il est aussi rapide et fiable de passer par l’un que par l’autre.

Ainsi ce n’est plus la mémoire directe mais la compétence à trouver, qualifier et organiser correctement le savoir accessible qui représente la valeur.  Une fois connecté en réseau, le savoir devient accessible et, pour peu qu’il soit moindrement complexe, on trouve beaucoup plus d’avantages à puiser dans Internet que de passer par un lent processus d’apprentissage et de restitution des données.

De plus, dès que l’on se sert assez souvent des mêmes données, notre palmarès personnel les intègre dans notre mémoire pratique, sans plus d’effort que celui d’apprendre une chanson.  Alors, pourquoi continuer à utiliser essentiellement un système d’évaluation de la mémoire des étudiants ?  Si la valeur finale d’une formation est la capacité à se servir des connaissances que l’on trouve partout et de façon fiable maintenant, l’évaluation devrait essentiellement mesurer cette capacité; autrement dit, permettre l’accès à Internet, aux références et à tout ce qu’une personne compétente du domaine ferait pour résoudre la situation.

Et le groupe ?

Mais il y a plus. Un esprit solitaire, même savant, est-il supérieur à un autre socialement plus compétent mais moins savant ?  Dans de nombreux domaines professionnels et extra-professionnels, la valeur d’un individu tiendra en bonne partie à ses compétences sociales, à sa capacité à travailler en groupe, à savoir faire appel aux autres, à les valoriser et enfin à la valeur de son réseau. Mais il ressort que ces compétences, si elles peuvent être développées, sont des compétences génériques qui peuvent même être évaluées individuellement. Si ne pas pouvoir y faire appel peut paraître un facteur handicapant pour celui qui les possède, il a pu en profiter tout au long de son apprentissage, donc il n’y a pas de gêne à supprimer cette possibilité de communication avec son réseau au moment des examens.

En effet, dans les situations d’évaluation autorisant Internet, on bloque généralement la possibilité de faire appel aux autres car il s’agit de mesurer la capacité de l’individu à se servir des données et non de mesurer celle des autres.  Le réseau aide à avancer dans son propre apprentissage, mais ne fait pas le travail à la place de l'apprenant.  Au moment de l’évaluation, on mesure la personne.

Références :

(1) La formation professionnelle est à l'inverse tout entière dédiée à l'aprentissage de savoirs-faire. D'où de nombreuses incompréhension entre les formateurs et les enseignants oeuvrant dans l'enseignement général. D'où également un succès beaucoup plus prononcé de l'usage des serious games en formation professionnelle qu'en enseignement général.

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