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Willam Gibson : de la science-fiction au développement technologique

Quel rapport entre la science-fiction et le progrès technologique ? Le point de vue du père du cyberpunk, un sous-genre de la science-fiction, à qui l'on prête l'invention du cyberespace et des mondes virtuels.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 03 mai 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2011

Quel rapport entretiennent la science et la science-fiction ? « Il y a moins de symbiose entre science et science-fiction qu'entre business technologique et science-fiction » répond William Gibson, le père du cyberpunk, un mouvement de littérature de science-fiction au début des années 1980. Les bases de ce mouvement ont été posées à travers Neuromancien, son premier roman.

Comme le décrit Wikipédia, « [Neuromancien] présente une dystopie : un monde où règne le capitalisme le plus sauvage gouverné par des multinationales sans pitié, où la drogue est omniprésente, où tous les cow-boys, pirates du cyberespace se connectent au réseau informatique, la matrice, via une prise neuronale et des électrodes qui leur permettent d'avoir une perception visuelle et sensorielle des données numériques qu'ils manipulent ».

Cet ouvrage majeur de la bibliographie de William Gibson - qui en comporte une douzaine - a obtenu quatre prix littéraires et est en train d'être adapté à l'écran. On prête à Gibson l'invention du cyberespace et des prémisses des mondes virtuels. Mais quel est au fait le rapport de l'auteur lui-même à la technologie ? Et quel rapport entre la science-fiction et la technologie ? Quelques-unes des questions posées à Gibson en marge d'une séance de dédicace par le blogueur Enikao.

Un rapport contrasté à la technologie

Aussi curieux que cela puisse paraître, Gibson se définit plus comme un rêveur qu'un technophile. « Ce que j'écris du monde des sciences, dit-il, je le tiens en réalité de mon entourage qui travaille dans tel ou tel secteur. En revanche, je sais reconnaître la nouveauté quand elle me passe sous les yeux. Et puis j'ai une interprétation poétique des langages de la technologie qui me pousse à extrapoler ». Gibson dit d'ailleurs apprécier le dialogue avec les poètes plusqu'avec les auteurs de SF...

Tout en présentant une vision futuriste du monde dans laquelle la technologie a une bonne place, Gibson n'est pas pour autant un accro des nouvelles technologies. Interrogé sur son niveau de présence en ligne et sur son expérience personnelle des univers virtuels, il avoue ceci : « Je n'ai essayé que Second Life, que j'ai trouvé peu intéressant. L'expérience du blog était passionnante mais est arrivée à son terme. Je continue à participer et à interagir virtuellement sur des forums, de manière anonyme la plupart du temps. Je trouve les échanges souvent riches, et je suis toujours intrigué de trouver des gens qui se connaissent si bien sans s'être jamais rencontrés physiquement. ». Il réfute le lien direct entre son expérience directe des technologies et son inspiration. Manifestement, il se nourrit d'une infinité d'influences qui finissent par se mêler inextricablement et contribuent à développer son imaginaire. Oui, il s'agit bien d'un écrivain !

La part de la science-fiction dans les progrès technologiques

Quid de la prospective technologique décrite dans ces ouvrages ? Elle s'appuie la réalité présente et historique en ce qu'« il ne s'agit pas de prédire ni de décrire mais de regarder dans un autre prisme. C'est en quelque sorte un travail sociologique avec un regard décalé. Toute représentation de la réalité nécessite une part de spéculation de la part de celui qui observe. »

Ceci dit, un rapport intrinsèque lie les progrès technologiques à la science-fiction. Des technologies développées actuellement avaient été envisagées par la science-fiction. Le blog Technovelgy en dresse un inventaire. La science-fiction n'est pas seulement une source d'inspiration des start-ups, mais elle émule aussi le business technologique. Elle permet au final d'obtenir des financements nécessaires pour le développement technologique.Car, ainsi que l'affirme W. Gibson, la science-fiction ne parle finalement que de notre passé ou de notre présent...

Entretien avec William Gibson, père du cyberpunk. Enikao, octobre 2008.

Illustration : Counse, Flickr, Licence CC.

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