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Forger une culture de la recherche pour éviter le plagiat

Par Alexandre Roberge , le 21 avril 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 15 novembre 2010

Quoi de plus facile que de prendre un texte qu'un pauvre diable s'est escrimé à produire et de le faire passer pour sien, en trois simples petites opérations: surligner le texte, deux touches de clavier pour copier ce qui est surligné et deux autres touches pour l'insérer dans son propre fichier texte. Les plus malins modifieront quelques mots pour maquiller leur forfait.

Malheureusement, ce geste, qui s'assimile clairement à du plagiat, est devenu un fléau dans les facultés partout dans le monde. En 2007, dans une étude faite à l'Université de Lyon, 90% des professeurs admettaient avoir été confrontés au "copie-coller" dans des travaux de leurs étudiants.

Il serait facile de jeter la pierre à l'Internet, aux moteurs de recherche qui permettent de trouver des travaux universitaires en claquant des doigts (ou plutôt, en appuyant sur la touche "entrée"...) ou à des encyclopédies comme Wikipédia qui diffusent de multiples informations gratuitement sur la Toile. Et pourtant, le professeur Daniel Peraya de l'Université de Genève ne croit pas qu'on vise la bonne cible en pointant du doigt l'Internet. En fait, il trouve même étonnant qu'on accuse la technologie alors que celle-ci permet de plus en plus facilement de déceler cette même technique du "copie coller" dans les travaux d'étudiant. Ce qui démontre à l'évidence que l'outil produit le meilleur comme le pire.

Savoir narratif versus savoir scientifique

Dans une conférence donnée en janvier dernier à l'Université de Montréal, le professeur, qui a été membre de la Commission plagiat-éthique de son université, se demande si ce n'est pas la culture de savoir qu'il faut inculquer chez les étudiants. En effet, le professeur ne se formalise pas en tant que tel du plagiat, qu'il voit comme une conséquence de la conception très particulière qu'ont les jeunes du savoir. En effet, avec la culture du blogue qui a tendance à reprendre les articles trouvés ailleurs pour en parler sur un espace personnel, on est dans une culture de savoir narratif, qui valorise le lien social et le partage. Dans une telle culture, il est difficile de parler de plagiat selon le professeur. Ce dernier souligne même une certaine incohérence du discours face à Internet : autant au secondaire, on encourage les jeunes à chercher sur Internet sans systématiquement vérifier ou analyser ce qu'ils trouvent, autant à l'université, on exige une transparence des étudiants ainsi que de leurs sources d'informations qu'ils doivent bien citer, cataloguer, etc.

Le "copier-coller" n'est qu'une manifestation de cette culture de l'information "empruntée". Pour le professeur, c'est la culture du savoir scientifique qu'il faut inculquer aux étudiants universitaires. Cette culture exige de l'objectivité, de la neutralité, et se construit par cumul. Ainsi, il ne s'agit pas dans ce cas de valoriser les savoirs les plus partagés ou recopiés. Il faut donc, selon M. Peraya, former les étudiants à l'éthique de la recherche scientifique et du travail universitaire. Il faut aussi améliorer les compétences en recherche et en traitement de l'information des étudiants et, toujours selon le professeur, il faut que les universités élaborent alors des règles claires en ce sens.

Cette position du professeur Peraya est surprenante, mais permet de mettre sur le devant de la scène tout un pan de la question jusque là peu abordée. Oui, Internet donne accès facilement à de l'information et du contenu qu'il serait tentant de "copier-coller". Cependant, est-il possible qu'on ait oublié d'inculquer à la population étudiante actuelle l'intérêt et les spécificités de la recherche scientifique ? L'opinion de Daniel Peraya soulève même une autre question: est-ce que l'on doit inculquer cette rigueur de recherche dans les années scolaires pré universitaires ? La question est soulevée, il sera maintenant intéressant de voir les réactions et les initiatives entreprises dans un futur proche pour éviter que les étudiants usent du plagiat dans un cadre où il n'est pas pertinent, c'est à dire le cadre universitaire.


Le plagiat à l'heure d'Internet. Compre-rendu de l'intervention de Daniel Peraya au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante de l'Université de Montréal, 20 janvier 2009. Nouvelles, journal de l'Université de Montréal.


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