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Les sciences humaines indispensables aux nouvelles technologies

Par Marie-France Fournier , le 09 octobre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 11 octobre 2010

Pour développer son économie et entrer dans la danse des nations numériques, un pays ne doit pas uniquement former des bataillins d'ongénieurs en informatique. Il doit également soutenir et encourager les étudiants en sciences humaines, car les deux domaines sont aussi importants pour le développement des applications numériques de demain.

C'est du moins l'opinion que défend Daniel Paul O'Donnel, professeur d'anglais à l'université de Lethbridge (Alberta, Canada), dans une tribune publiée en juillet 2010 dans le Journal d'Edmonton.

Et les faits semblent lui donner raison : plusieurs inventeurs d'applications, sites et technologies numériques remarquables ces dernières années ont d'abord fait des études en sciences humaines : Larry Sanger, cofondateur de Wikipedia, possède un doctorat en philosophie; Mark Zuckerberg, fondateur et patron de Facebook, avait commencé des études classiques à Harvard. Plus étonnant encore, C. Michael Sperberg-McQueen, principal développeur du langage XML, possède un doctorat en littérature comparée.

Les applications plus que les principes techniques

Si une solide formation intellectuelle en sciences humaines s'avère si utile au domaine de l'économie numérique, c'est que le champ de développement touche désormais aux usages plus qu'à la technologie elle-même. O'Donnel constate que les principes techniques de l'Internet sont en place depuis une vingtaine d'années et demeurent stables. L'essentiel de l'intérêt des développeurs porte désormais sur trois domaines d'usages : l'organisation et la communication; l'équilibre entre l'individu et le groupe; la production, la diffusion et le partage d'information. Tous domaines étudiés depuis des lustres par les chercheurs en sciences humaines. Et l'on voit bien, dans les exeples donnés par O'Donnel, que Wikipedia, Facebook et même le langage XML (qui autorise la réutilisation des données indépendamment de leur forme première) constituent des applications décisives dans ces champs de préoccupation.

Soutenir les cursus d'études en sciences humaines

O'Donnel encourage donc le Canada, qui dispose d'une image internationale très positive en tant que nation numérique, à ne pas privilégier les filières technique au détriment des filères des sciences humaines. "La prochaine application décisive (killer app) est probablement tapie dans l'ordinateur d'un étudiant en humanités et sciences sociales", dit-il pour conclure son article. Membre de la Société pour l'étude des médias interactifs / Society for digital humanities, il encourage les enseignants et les chercheurs en sciences humaines à s'emparer des thématiques qui lient enseignement des sciences humaines et ressources numériques.

Les grands laboratoires de recherche en technologie numérique, qu'ils soient publics ou privés, ne sauraient se passer ajourd'hui des spécialistes des usages (1). Sociologues, anthropologues, philosophes et même spécialistes de la littérature, ont toute leur place dans le développement des applications numériques, qui sont de plus en plus centrées sur l'utilisateur. 


(1)Voir par exemple en France Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages de France Télécom R&D; aux Etats-Unis Danah Boyd, chercheuse en sciences de l'information au laboratoire de recherche de Microsoft.


Photo : Wikimedia Commons, licence CC.

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