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Les réseaux sociaux comme ferment de la connaissance

Par Martine Dubreucq , le 12 janvier 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 13 janvier 2010

Un ferment excite ou entretient, il provoque des transformations et c'est bien ce qu'on attend dans un processus d'apprentissage : sortir différent et enrichi de ce qu'on a rencontré.

Les réseaux sociaux seraient-ils le levain de l'apprentissage ?

Christophe Batier, responsable recherche et développement en Elearning à l'Université Claude Bernard Lyon I, a invité Sophie Pène pour parler  de son expérience des réseaux sociaux en université en novembre 2009 et on peut en voir la vidéo d'un peu plus d'une heure sur le site de SPIRAL.

Sophie Pene a été enseignante chercheure en socio-linguistique à Paris V René Descartes et a travaillé quelques années sur la question de la langue en situation de travail. Elle a donc été amenée à étudier la façon dont le langage devient un matériau de la productivité, dont les gens collaborent. Elle est ensuite passée tout naturellement à l'analyse des pratiques web avec un fort ancrage sur la question de la coopération. Entre 2005 et 2008, elle a été chargée à l'université Paris Descartes des espaces numériques. 

Pour elle, le réseau social est ancré dans une pratique de travail de production et de tranformation et elle voit en lui une façon d'interroger le statut du professeur et de l'université. Il faut selon elle "se préoccuper de l'articulation entre les savoirs universitaires et la société civile".

Qu'est-ce que les réseaux sociaux transforment à l'université ?

Loin d'être des gadgets de communication, ils représentent au contraire l'occasion d'interroger  et de mettre à l'épreuve ce qu'est l'université aujourd'hui.

En effet, le numérique et le réseau social interrogent l'université :
- ce qu'elle est comme institution : accès au savoir, représentante de la science;
- ce qu'elle est comme organisation : efficacité, gestion des étudiants;
- ce qu'elle est comme communauté : buts communs, insertion professionnelle;
- ce qu'elle est comme agrégateur : capacité de réunir ses membres autour de causes.

Les réseaux sociaux sont ce que Sophie Pène appelle des "élements d'une controverse", d'une tension entre le modèle traditionnel de l'enseignant chercheur, qui délivre un discours ciblé ("un corps boîte à savoir" dit-elle) et le modèle du contenu numérique disponible  24/24, enregistrable, que la hierarchie prescrit aujourd'hui. La parole à laquelle l'enseignant était très attaché voit son importance disparaitre devant le nouvel ordre numérique qui oblige à "rendre disponibles ses savoirs à tous ceux qui veulent y puiser".

Un autre élément de friction que cristallisent les réseaux sociaux dans l'université est lié à l'irruption de la vie personnelle de l'étudiant dans la vie universitaire. Les deux univers ne se rencontraient pas vraiment avant que Facebook ne brouille les frontères vie privée / vie publique. Sophie Pène parle à ce propos de "manifestation assez crue de la présence de l'étudiant". L'université est ainsi obligée de prendre en compte la façon dont les étudiants vivent et apprennent.

Il serait temps, ajoute-t-elle, que le design social autour du numérique se construise autour des usages.

De nouvelles possibilités offertes par Internet... mais pas encore d'intelligence collective

Nos relations en ligne ont créé une nouvelle couche documentaire (nos photos, nos vidéos, nos messages, nos textes, nos traces, nos favoris ) et nous devenons tous des "trieurs", nous " remettons en scène, nous allons chercher des documents pour les recontextualiser et les remettre en circuit ". Ce travail d'exégèse est fondamental dans la connaissance et l'université doit l'intégrer.

Les exemples concrets de nouvelles possibilités cognitives offertes par internet ne manquent pas :

"Internet a la puissance pragmatique de permettre des opérations de comparaison."

Sophie Pène ne cache pas les limites de ces évolutions de la societé numérique, en particulier le peu de capacités que nous avons de traiter en profondeur ce que nous faisons circuler dans les réseaux. Elle concède que pour l'instant on prélève et brasse beaucoup de contenu plus qu'on n'apprend vraiment, que l'on ne peut encore parler d' intelligence collective du web 2.0 mais elle est convaincue que peu à peu, à l'aide d'outils comme Twitter, nous allons apprendre à créer nos propres mash-ups.

C'est une des perspectives les plus convaincantes aujourd'hui sur l'importance des réseaux sociaux dans le monde universitaire : cette video prolonge l'article passionnant de Sophie Pene paru sur Les carnets de Paris DescartesLes universités sont des réseaux sociaux.



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