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Thèse : De la culture du tatouage

Proposition d'une classification des types psychologiques à travers l'expression corporelle

Par Om El Khir Missaoui , le 27 février 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 17 novembre 2018

Le tatouage est un phénomène universel et présent depuis la nuit des temps. Actuellement, il connaît un regain d’intérêt et de pratique et pour preuve le Mondial du Tatouage qui se tient chanque année à Paris et qui attire plus de 30 000 visiteurs. Plus de 400 tatoueurs venus du monde entier apportent leur graphisme et la culture de leur pays dans une diversité de styles anciens, nouveaux ou hybrides. Ils revendiquent même le statut d’artiste depuis de nombreuses années, le tatouage étant considéré comme le 10ème art.

Quoique stigmatisé par les religions monothéistes et les BCBG, par opposition aux a-sociaux et marginaux, le tatouage (ou tatoo) est très prisé certainement par les ados en signe de rébellion ou rituel de passage mais les adeptes du marquage du corps ont aussi d’autres profils et sont mus par d’autres motivations : appartenance à un clan, expression de soi, de vécus non verbalisés, élément de distinction et beauté…

Le moi-peau accouche souvent au forceps

« Par le tatouage, la peau prend la parole, fait face et jette à la face, se révolte, résiste. Paralysé par une situation hostile, éprouvante, indigne, dans un contexte de souffrance, l’individu fait de son corps un lieu d’énonciation, offensif, un lieu de refus, mais aussi de survie. Le tatouage s’affirme comme une peau de résistance, à la fois arme et armure ». E. Viguier.

Certains revendiquent leur vie durant leurs premiers tatoos alors que d’autres les renient ou les multiplient dans une quête perpétuelle de communication.

Dans une thèse intitulée De la culture du tatouage - Proposition d'une classification des types  psychologiques à travers l'expression corporelle, Mehadjia Bouchentouf  fait une revue spatio-temporelle du tatouage en tant que phénomène universel et focalise sur le tatouage maghrébin, constitué le plus souvent de signes géométriques et plutôt réservé aux femmes. C’est à travers un système de signes et ensemble de conventions, que vont être véhiculées les traditions (individuelles, de groupe, et autres) et les coutumes (sociales, de clan), dans ce tatouage ethnique ou culturel, le wachm.

De tout temps, le tatouage est censé remplir

  • une fonction magique et prophylactique dans une mise à distance de l’autre et la prémunition contre l'apparition, l'aggravation ou l'extension des maladies;
  • des fonctions esthétique et érotique;
  • une fonction anthropologique: l’inscription vient authentifier l’appartenance au groupe, l’accession à une nouvelle classe d’âge.

Deux hypothèses

Deux hypothèses de travail ont orienté  cette recherche où le marquage marginal est appréhendé à un nivau psychosomatique, le corps mis en scène décline son moi et son histoire et les partage avec l'autre.

Le marquage sur la peau sublimerait la faillite maternelle et les difficultés psychologiques que le tatoué a du mal à conceptualiser et à exprimer et un corrélat pourrait être dégagé à travers le couple : type de tatouage/type psychologique du tatoué.

La frange de la population investiguée (5 sujets), est jeune et essentiellement marginalisée, incarcérée ou ayant fréquenté le milieu pénitentiaire. Elle est de sexe masculin. L’étude est menée au travers de 4 rubriques : biographie familiale, entretiens, interprétation du type et du fonctionnement psychologique, illustration par le dessin ou les photos du tatouage.

« En prison, ils peuvent tout m’enlever, tout me prendre, mon argent, mes vêtements et jusqu’à mon nom, mais jamais ils ne peuvent m’enlever mon tatouage ».

L’approche a mis en évidence 3 types psychologiques

  • le type psychanalytique qui se caractérise par l'ambivalence, la dualité mère-fils et l'angoisse de dépersonnalisation;
  • le type cognitiviste avec pensée primitive, immaturité affective et instabilité émotionnelle;
  • le type culturel-anthropologiqque avec corps ritualisé, inhibition sociale et écriture initiatique.

L'auteur a corrélé par la suite le type psychologique du tatoué avec le type du tatouage et son emplacement sur le corps. Ainsi le psychanalytique couvre tout son corps de points et de dessins et symboles de la femme, le cognitiviste pare ses membres de points et d'initiales et le culturel anthropologique privilégie son visage et ses mains pour tracer points et symboles mystiques.

Vous en apprendrez autant et davantage dans cette thèse où il est églement question du rôle de la fusion/défusion avec l'image maternelle, de la charge émotionnelle du signal apposé dans la peau ou de l'appréhension du phénomène tatoo dans la mémoire collective.

Référence

Thèse de doctorat en psychologie : De la culture du tatouage - Proposition d'une classification des types  psychologiques à travers l'expression corporelle, Mehadjia Bouchentouf
https://urnop-alger2.com/images/docs/bouchentouf%20mehajia.pdf

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