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T'inquiète, ça baigne !

Par Martine Dubreucq , le 23 mars 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 23 juin 2011

La métaphore de la navigation  pour qualifier l'activité sur internet  est toujours liée à une mer calme et à un vent puissant qui nous porte toute voiles dehors vers les terres les plus riches, sans tempêtes ni pirates. Bref, ça roule, ça glisse, ça baigne.

Le monde du Web 2.0 insiste beaucoup sur la fluidité, l'énergie qui passe, la transparence, l'empathie, émotions et sensations magiques qui ne relèveraient pas de la raison et seraient naturellement porteuses de valeurs pour l'éducation. 

Les vents contraires et les complexités des courants qui nous portent sont pourtant une bien stimulante gageure pour les jeunes matelots du web. Ceux que l'on appelle les « digital natives » ont parfois quelque réticence à se laisser donner des leçons sur la bonne façon d'apprendre et rien n'est plus contrariant pour un enseignant de se trouver au côté de quelqu'un qu'il veut accompagner et qui ne semble pas avoir besoin de son accompagnement. 

Eduquer, certainement. Mais comment ?

Dans les disciplines de la documentation, qui vont devenir tôt ou tard celles de la culture de l'information ou de la culture des médias, la difficulté est bien de faire sentir aux adolescents que leur aisance avec les outils ne suffit pas, que trouver rapidement des informations par exemple ne dispense pas de les confronter, de les mettre en perspective et qu'il est nécessaire de porter un peu d'attention à leur fiabilité .

Si le B2i (brevet informatique et internet que les élèves français passent en classe de 4e secondaire) donne quelques détails sur les procédures de formation de l'esprit critique, il ne dit pas comment s'y prendre sans ennuyer et sans risquer de charger encore davantage la barque des savoirs à engranger !

Exemples :

  • 4.4) Je sais relever des éléments me permettant de connaître l’origine de l’information (auteur, date, source…).
  • 4.5) Je sais sélectionner des résultats lors d'une recherche (et donner des arguments permettant de justifier mon choix).

Le blog de Pascal Duplessis, Les trois Couronnes, spécialisé dans les recherches en didactique de l'information évoque une démarche qui n'est pas tout à fait celle de la pédagogie de projet : la démarche de réfutation.

Il présente ainsi une séquence pédagogique très bien construite autour de la pratique des moteurs de recherche pour amener les élèves à prendre conscience de la fragilité de leur représentation.

La démarche de réfutation est  basée sur l'expression des représentations des élèves et sur « leur remise en question dialoguée à partir d’éléments contradictoires qui les invalident ou les affaiblissent.". Elle a pour but de casser certaines certitudes et d'introduire ce fameux conflit socio-cognitif, source d'apprentissage. « La réfutation, dit Pascal Duplessis, peut être apportée par le groupe des apprenants lors d’un travail par équipes ou bien par l’enseignant lui-même, par le biais d’un dialogue ou d’une démonstration concrète entraînant des interactions verbales ».

Réfuter,  c'est « montrer la fausseté des opinions de quelqu’un », et cet exercice a ses lettres de noblesse depuis les Grecs de l'Antiquité avec l'usage de la controverse orale en passant par la « disputatio » au  Moyen âge jusqu'à notre fameuse dissertation à la française, exercice dont l'usage scolaire un peu sclérosé fait parfois perdre l'intérêt.

On s'aperçoit que les résistances sont d'autant plus vives sur des connaissances que les élèves prétendent maîtriser, et c'est là qu'il serait intéressant d'aller chercher et d'imaginer des scénarios. 

C'est le même objectif d'éducation aux médias qui est poursuivi ici avec cette vidéo de l'académie de Créteil sur une séquence pédagogique consacrée à ce  magnifique animal qu'est le « dahut », l'idée étant d'acquérir la compétence B2I "Faire preuve d'esprit critique face à l'information". 

L'exercice de l'esprit critique risque cependant de devenir un pensum scolaire : dès que les tableaux avec des items à cocher et des cases à remplir apparaissent, attention à la somnolence ! L'observation de la conduite de la classe dans cette vidéo est à cet égard très révélatrice : de la même façon que l'effet d'une bonne blague est réduit à néant si elle n'est pas comprise, et que les tentatives pour en expliquer les ressorts s'enfoncent lamentablement dans la gêne, l'exercice tourne à l'ennui et on voit les regards se dérober, l'attention faiblir.

Votre cours comme une soirée techno ?

DJ

La solution est à chercher dans le rythme.

Même si apprendre, c'est encore et toujours inévitablement freiner, ménager du  temps pour sélectionner, trier et recomposer l'information, il est tout aussi vital d'accélérer, d'alléger, de pratiquer des syncopes dans la connaissance.

Le travail du professeur n'est parfois pas si éloigné de celui de DJ !

Soumettre quelques petites séquences vidéo basées sur la parodie ou sur le canular par exemple est une ruse pédagogique pour aiguiser la sagacité.

On se souvient du « documenteur » de William Karel en 2002 : Opération Lune, qui avait mystifié un grand nombre de téléspectateurs d'Arte et qui est un modèle de rhétorique de la manipulation.

On trouvera également sur "Le point du FLE" un document savoureux pour les professeurs de langues réticents aux solutions miraculeuses : Apprendre une langue en 30 minutes seulementc'est désormais possible grâce à la technologie LIRVA
Ce "poisson d'avril" est accompagné d'une exploitation pédagogique :  Analyser une page Web en trois parties

 

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