Faut-il poser des mots pour guérir les maux ? | Thot Cursus

Articles

Faut-il poser des mots pour guérir les maux ?

Le sens du mot dyslexie

Par Virginie Guignard Legros , le 06 mars 2018

Image Pixabay

Ou ce qui se conçoit bien s’énonce clairement - Nicolas Boileau

Voici la définition de la dyslexie par Wikipédia, tous les maux y sont déjà posés :

“La dyslexie est un trouble de la lecture spécifique et durable qui apparaît durant l'enfance et l’adolescence (certains auteurs l'appellent aussi dyslexie développementale). “La dyslexie est reconnue comme un trouble spécifique de l'apprentissage (abrégé TSA1) et trouble en dys-.

La dyslexie est un trouble dont les causes ne sont pas suffisamment éclaircies et qui fait l'objet de nombreuses études et débats. Dans ce contexte, définir et diagnostiquer précisément la dyslexie reste un sujet de controverse. La dyslexie est définie à la fois par des résultats à des tests de lecture comparés aux normes INSERM_2007 1 (points de vue psychométrique et cognitif) et par des critères médicaux (diagnostic), comme un trouble spécifique qui exclut les causes d'origine uniquement sensorielle (problème de vue ou d'audition), uniquement contextuelle (sociale) ou uniquement psychologique (affective). Des études en neurosciences font l'hypothèse d'un trouble neurologique spécifique, dont l'origine génétique est discutée”.”

La dyslexie y est annoncée comme un trouble. Qu’est-ce qu’un trouble  ?

  1. Qui est opaque, impur.

  2. Qui est flou.

  3. Qui ne s’explique pas nettement, qui peut être suspect.

Si on va voir les définitions d’autres cas limitatifs de l’apprentissage dans wikipédia, en voici la définition :

“La surdité est un état pathologique de l'audition caractérisé par une perte partielle ou totale de la perception des sons”.

“La cécité est une déficience visuelle totale. Le terme cécité vient du latin classique caecitas « perte de la vue »1. La cécité est un handicap qui touche un grand nombre d'êtres humains dans le monde”.

La première est un état, la deuxième une déficience. Les choses sont posées. Elles ne sont ni opaques, ni floues, et encore moins suspectes.

Aujourd’hui, la définition de la dyslexie ne se conçoit pas bien. Et, c’est sans doute la cause de son manque de reconnaissance dans la famille des maux.
 

Que se passe-t-il quand il n’y a pas de mots posés sur les maux ?

“Il était une fois une petite fille qui ne trouvait pas les mots pour dire ce qu'elle ressentait.Chaque fois qu'elle tentait de s'exprimer, de traduire ce qui se passait à l'intérieur d'elle, elle éprouvait comme une sorte de vide. Les mots semblaient courir plus vite que sa pensée. Ils avaient l'air de se bousculer dans sa bouche mais n'arrivaient pas à se mettre ensemble pour faire une phrase. Dans ces moments là, elle devenait agressive, violente, presque méchante. Et des phrases toutes faites, coupantes, cinglantes sortaient de sa bouche. Elle lui servaient uniquement à couper la relation qui aurait pu commencer. -De toute façon tu ne peux pas comprendre. -Ca ne sert à rien de dire. -C'est des bêtises de croire qu'il faut tout dire !”

Texte de Jacques Salomé tiré de son livre : “Mettre Des Mots Sur Les "Maux"

Les manifestations de violence envers l’autre, le professeur, les camarades dans un cadre scolaire peuvent-être le fruit d’un stress, d’une incompréhension ou d’une non-compréhension de la situation classique dans les cas de dyslexie.

Cette violence peut se manifester aussi envers l’écolier lorsqu’il entre en adolescence par des pulsions suicidaires.

“Il est certain que les conséquences de la dyslexie ont un impact sur le psychisme de l’enfant. On note le plus couramment :

  • un manque d'estime de soi
  • des tendances dépressives
  • un repli sur soi

Ces comportements s’expliquent entre autres par l’échec scolaire et le manque de considération de l’entourage familial et scolaire.

  • Etude de l'INSERM

Toutefois, de récentes études, comme le rapport récent de l’INSERM, consacre un chapitre entier « aux troubles comportementaux ou émotionnels associés à la dyslexie. » Les chercheurs émettent ainsi l’hypothèse que les troubles émotionnels pourraient être co-présents aux troubles d’apprentissages. Ils ne seraient donc plus considérés comme un trouble annexe de la dyslexie. Cependant, ces troubles émotionnels et comportementaux souvent observés ne sont a priori pas la conséquence du trouble dyslexique mais ne sont pas non plus considérés comme leur cause.

  • Être vigilant

En conclusion, le risque prédominant chez l’enfant dyslexique est la baisse de l’estime de soi dès lors qu’il est confronté à un échec scolaire durable. De façon directe, les symptômes anxieux et la dépression peuvent y être reliés. Le malaise dans lequel se trouve l’enfant peut se manifester par des troubles du comportement.

C’est pour cette raison que les facteurs psychologiques doivent impérativement être pris en compte tout au long de la prise en charge. Des auteurs préconisent qu’un soutien psychothérapique ne doit pas être systématique, mais que l’attention psychologique de l’entourage doit l’être”.

Définition de la dyslexie sur le site Dyslexie et anglais

 

Faire évoluer les définitions pour soigner.

“Rien n’échappe au sens, surtout pas les mots. Parfois les mots changent de sens, ce changement n’est jamais sans effet”.

René Villemure, éthicien, philosophe

Changer le sens et l’univers du mot peut-il changer l’univers de l’enfant dyslexique ?

Exemple du sens thérapeutique pour la dyscalculie basés sur la reconnaissance et la communication :

“Mesures spécifiques pour élèves souffrant de dyscalculie

Voici le contrat qui valide les mesures d'aides spécifiques permettant d'accompagner les élèves, par Mme Annezo, logopédiste:

  • L'élève s'engage à demander des explications ou à soumettre ses problèmes au lieu de garder son stress et de le transformer en colère;
  • Si ses camarades jugent que son travail est facilité, leur expliquer que les moyens mis en place le mettent juste sur la même ligne de départ qu'eux;
  • Une rencontre de 5 à 10 minutes par quinzaine pourrait permettre à l'élève et à son professeur de discuter des progrès et problèmes;
  • Les informations doivent être transmises à l ensemble des professeurs concernés (incapacité à se repérer dans le temps, à faire des estimations de densité, hauteur, poids, etc.);
  • Temps supplémentaire accordé systématiquement;
  • Calculatrice disponible à tout moment;
  • Le calcul mental étant inabordable pour le moment, donner à la place quelques opérations par écrit;
  • Les consignes peuvent être expliquées oralement et une ligne directive mise en avant pour éviter un blocage ou un mauvais départ;
  • Le raisonnement est évalué de façon indépendante des résultats des calculs;
  • Des problèmes type sont à disposition et peuvent être consultés en tant qu'outils de référence;

Il est indispensable que l'élève fasse un bilan avec une logopédiste”.

Source : association Dyslexie Suisse romande http://www.adsr.ch/index.php/fr/troubles-dys.html

Exemple de la dyslexie, symptôme d’un mal être familial et sociétal ?

“Ce qu’on appelle aujourd’hui la dyslexie n’est pour moi qu’un symptôme du mal être de l’enfant. Vous aurez beau changer le fusible, si vous ne vous attaquez pas à l’installation électrique, il continuera toujours de sauter. Il faut traiter la cause avant le symptôme. Trouver l’origine de cette souffrance, en consultant si besoin, la traiter, et si les difficultés de lecture demeurent, alors, s’adresser à un orthophoniste. Il est temps d’arrêter de faire croire aux parents et à leurs enfants qu’ils sont différents, et surtout, qu’ils sont atteints de maladies aux appellations compliquées et imprononçables. Il faut cesser de coller des étiquettes à ces enfants et à leurs familles qui les plombe pour toute la vie !”

“L’écriture et la lecture obéissent à des lois : b et a font ba, pas be. Si un enfant n’a pas appris dans sa vie a respecter les règles, il ne peut pas accepter celles-la. L’enfant a pu également commencer l’apprentissage de la lecture à un moment où des choses lui « prenaient la tête » : la naissance d’un petit frère par exemple. Et puis, comme le disait Françoise Dolto, lire est le verbe du « lit ». Les difficultés d’apprentissage peuvent renvoyer aussi à un besoin d’information sur la sexualité, à un interdit de l’inceste mal posé (enfant qui dort dans le lit de ses parents) ou à un manque d’autonomie : comment pourrait-on savoir lire si on ne sait pas lacer ses chaussures ?”

Claude Halmos : « La dyslexie n’est qu’un symptôme » Propos recueillis par Anne-Laure Vaineau pour www.psychologies.com

Troisième exemple : et si les dyslexiques étaient des génies ?

« Les dyslexiques sont le fruit de la dernière mutation neurologique de l’espèce humaine ». Béatrice Sauvageot, orthophoniste et co-fondatrice de l’association Puissance DYS, en est persuadée, la dyslexie est loin d’être une tare. Bien au contraire. « Ils sont comme les gauchers », explique-t-elle. Un gaucher à qui l’on apprend à écrire de la main droite devient souvent ambidextre. Il en va de même pour les dyslexiques. « Ils utilisent la langue neurologique, mais si on leur enseigne notre lexique, ils sauront utiliser les deux. Ils seront alors bilexiques ». Parce que leur traitement de l'information linguistique fait appel à des régions cérébrales qui ne servent pas forcément au traitement du langage, ils sont doués d'une façon originale d'appréhender la lecture et l'écriture”.

Et si les dyslexiques étaient des génies ? sur Psychologie.com

 

À choisir, la troisième semble plus belle. Qu’en pensez-vous ?

Sources image : Pixabay  Pexels

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur