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Refer 2018 : école et apprentissage, des réseaux et des liens (1/2)

La rencontre 2018 du rendez-vous des écoles francophones en réseau

Par Frédéric Duriez , le 26 mars 2018

Le Refer, rendez-vous des écoles en réseau, aime les défis techniques, logistiques et pédagogiques, Ce colloque a eu lieu les 22 et 23 mars 2018 à Montréal et à Genève. Bousculé par la grève des transports, l'événement n'en a pas moins apporté des réponses très pertinentes sur la place et les modalités de la coopération dans la formation des jeunes.

La coopération, une évidence pédagogique

Pour "briser la glace", les organisateurs ont mis en place un "escape game" dans lequel des groupes ont dû coopérer, avec l'aide de jeunes élèves très actifs.

François Taddeï, directeur du centre de recherche interdisciplinaire de Paris et auteur d'un ouvrage sur les organisations apprenantes a ensuite présenté l'intérêt de la coopération au travers de quatre capsules vidéo. Il nous a rappelé cette allégorie des aveugles qui sont répartis autour d'un éléphant immobile. Chacun n'en perçoit qu'une partie. Celui qui touche la trompe affirme que c'est un serpent, celui qui attrape une défense pense à une lance, celui qui est en contact avec un flan croit qu'il s'agit d'un mur, celui qui a la queue imagine qu'il s'agit d'une liane... Une conception de ce qu'est l'éléphant ne pourra naître que d'échanges, d'écoutes, de partages entre eux. À moins que l'éléphant ne s'agace d'être ainsi tripoté !

Cette histoire illustre ce qu'est l'intelligence collective et l'intérêt de l'interdisciplinarité

François Taddeï : l'éléphant et les aveugles, allégorie

François Taddei illustre cette allégorie dans une vidéo, "Défense d'y voir" à laquelle il fait référence dans son intervention.

Il nous explique que le numérique n'invente pas la coopération ou l'intelligence collective. Elle peut se créer autour d'une veillée le soir, lorsqu'on débat des événements de la journée. Tous les collectifs humains sont des collectifs apprenants. Mais le numérique multiplie les possibilités d'échanges et garde une trace des participations. Il permet de créer des collectifs apprenants globaux, et apporte donc un changement d'échelle très important.

Enfin, il nous livre une définition très claire de ce qu'est une classe apprenante. Dans ce type de classe, si un élève a appris quelque chose, alors ce doit être plus rapide pour les autres élèves de l'apprendre à leur tour. La classe crée les conditions pour que le premier puisse partager et expliquer aux autres.

Des capsules vidéos d'expériences vécues dans des établissements scolaires viennent illustrer l'idée que "quand on met les élèves les uns derrière les autres, on ne développe pas les compétences du XXIème siècle : la collaboration, la communication, les compétences liées aux TIC, les habiletés sociales et culturelles ou la citoyenneté."

Vincent Faillet est enseignant auprès de jeunes de 16 ans. Il est l'auteur de La métamorphose de l'école, Quand les enfants font l'école. Bruno Vergnes est professeur de français et travaille avec des élèves de 11 ans environ. Ces deux enseignants réorganisent l'espace de la classe. Ils donnent des rôles différents aux apprenants pour qu'ils collaborent. Bien entendu, les rôles évoluent. Les élèves bougent, parlent, se déplacent et font du bruit, mais aucun ne reste inactif !

vincent failet et Bruno Vergnes

Mais est-ce que coopérer est toujours plus efficace ?

André Tricot, de l'ESPE de Toulouse nous explique que le mot coopération est utilisé dans des contextes différents. On en parle comme d'une valeur. La coopération serait souhaitable en soi. Elle mobilise l'attention aux autres, l'écoute, l'adaptation, l'humilité... Mais c'est aussi une compétence, qui peut être visée en tant que telle à travers une progression pédagogique, des situations d'apprentissage et des évaluations. Enfin, on peut voir la coopération comme une modalité de travail avec les élèves, un moyen efficace de parvenir à un objectif de formation.

André Tricot : que faut-il entendre par coopération

André Tricot nous pose une énigme, à laquelle il affirme ne pas avoir la réponse : "Pourquoi les élèves coopèrent si bien au naturel, mais si mal en classe ?". La coopération implicite existe depuis l'histoire de l'humanité. C'est sans doute le moteur de notre développement. André Tricot cite Tomasello pour qui la capacité à partager des buts et des intentions est le propre de l'homme. C'est ce qui lui permet d'apprendre par un enseignement ou par imitation.

Néanmoins, on observe que pour les activités simples, la coopération fait perdre du temps. Elle ajoute une couche de complexité supplémentaire. il faut se mettre d'accord sur l'objectif, sur les moyens, les méthodes, etc. Cette couche de complexité ne se justifie que pour une activité qui présente un certain niveau de difficulté. Le paradoxe est que parfois, les outils que l'on crée pour aider les élèves à coopérer rend la tâche plus compliquée et plus exigeante.

la coopération : est-ce toujours souhaitable ?

S'appuyant sur les recherches de Chi et Wylie, André Tricot nous précise que pour une même activité, il peut y avoir quatre niveaux d'engagement :

  • Dans le premier, qualifié de "passif", l'élève est attentif à une information et à des contenus qu'il se contente de recevoir.
  • L'élève peut aussi être "actif", lorsqu'il manipule des éléments, qu'il combine et organise.
  • Il est "constructif" lorsque son activité génère de l'information qui ne lui avait pas été apportée.
  • Enfin, il est "co-constructif", lorsqu'il crée une réponse avec d'autres élèves, en produisant une information qui n'existait pas.

Un des apports des chercheuses, selon André Tricot, est de montrer que la coopération entre élèves est compatible avec toutes les tâches, même la lecture d'un document. Aucune tâche n'est intrinsèquement individuelle ou collaborative.

Quand les plateformes aident à coopérer

La table ronde de la première journée nous a présenté des solutions concrètes d'apprentissage coopératif dans des univers variés. Elle s'intitulait "Quand apprendre est une affaire de relation".

Pierre Poulin propose une mise en relation et un échange de savoirs et savoir-faire à travers une plateforme, iClasse. Il s'agit aussi d'échanges générationnels, entre groupes qui ont peu l'occasion de se croiser. Les échanges ne sont pas spontanés, il faut de la médiation, mais les anecdotes que nous livre Pierre Poulin montrent la réussite et la pertinence du projet.

Braindate est une application de rencontres... mais de rencontre entre pairs, pour échanger sur des centres d'intérêt à l'occasion d'une manifestation, d'un salon, etc. Des «learning concierges» encouragent ceux qui craignent de n'avoir rien à dire, ou ceux qui ont peur de former leurs concurrents.

Enfin, Academos recrute des mentors pour aider les jeunes qui rencontrent des difficultés pour s'orienter. Dans les trois cas, le numérique est présent, et le travail de médiation des structures est essentiel.

apprendre : une affaire de relation

La première journée du Refer 2018 nous a convaincus de l'efficacité de la coopération, comme moyen pour atteindre des objectifs pédagogiques, mais aussi comme objectif en soi, pour favoriser le développement des compétences relationnelles et de communication, celles justement qui feront la différence dans les prochaines années !

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