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Et si nos pédagogies se transformaient en des boîtes à surprise ?

La puissance libératrice des réalités surprenantes

Par Virginie Guignard Legros , le 26 mars 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 26 avril 2018

Image Pixabay

"Le surréalisme est la surprise magique de trouver un lion dans un placard, là où on était sûr de trouver des chemises".

Frida Kahlo

La surprise comme clef pour fixer dans la mémoire, pour augmenter l’attention.

La psychologie cognitive s’est  penchée sur la question. Paul Ekman a mis en exergue sept émotions primaires. La surprise est une émotion cognitive. En marquant une différence entre ce que l’on croit savoir et ce que l’on découvre, elle crée le savoir. En créant l’étonnement, elle donne envie de découvrir. Elle réveille, sort de la torpeur, de l’ennui et donne à voir, sans qu’on s’y attende, le changement dans un processus, dans une linéarité, sur un trajet. Elle provoque l’étonnement et se fixe dans la mémoire, souvent de façon durable. Les émotions suscitent la mémoire de nouvelles connaissances, de nouveaux apprentissages.

La surprise  augmente l’attention. Elle a un effet heuristique (Qui sert à la découverte). Elle est novatrice donc didactiquement intéressante. Elle suscite la réflexion. Pour Nathalie Depraz, il y a « une dynamique attentionnelle et émotionnelle-corporelle de la surprise » qui est un processus avec une « dynamique et une temporalité » et  « différentes phases de déploiement». Pour Paul Ricœur, la surprise est « le choc du connaître dans un tressaillement du corps ». Elle n’est pas juste une émotion. Elle appelle l’attention et comporte donc un versant expérientiel, un caractère cognitif, une forme d’évaluation et de prise de conscience. La sensation est liée au « penser » car « sentir est encore penser ».

Pédagogie de la surprise: de l’étonnement à l’émerveillement
par Christiane Adjovi,
Master en Sciences de l’Education (Université de Paris VIII) et
Master en Sociologie et Anthropologie (Université de Cotonou)

Numéro 30 - Rive pédagogique - juin 2016

La surprise comme méthode d’apprentissage et de créativité :

"Dans  les “pédagogies nouvelles”, la surprise est utilisée comme moyen d’apprentissage. Dans la pédagogie Freinet, l’observation et la manipulation tiennent une place importante ainsi que la pratique.  Dans la pédagogie decrolyenne,  la “surprise” est un moment didactique et pédagogique. L’heure de la “surprise” est un instant où les enfants découvrent un objet. Elle permet de développer l’imaginaire, l’esprit critique et l’esprit d’observation nécessaires à l’apprentissage. Elle favorise la lecture et l’écriture. L’observation, l’hypothèse, la découverte et la surprise sont des bases pédagogiques.

Dans la “pédagogie de la créativité”, on croise le cognitif et l’émotionnel. La perception que l’apprenant peut avoir de ses émotions influe sur l’apprentissage (9). Pour apprendre une langue, on fait appel à l’émotion.  Des études sociocognitives ont montré qu’une charge émotionnelle  peut être positive. L’apprenant est surpris de savoir ou de se rendre compte de tout ce qu’il sait et sait faire- si on l’y aide et que les activités soient bien choisies.

En revanche certains types de surprises peuvent parasiter l’apprentissage: les interrogations et devoirs surprises par exemple. Dans l’enseignement, les nouvelles règles de grammaire et d’orthographe - accents qui disparaissent, orthographes qui se simplifient, etc. – ont pu avoir eu des effets mitigés auprès des enseignants.”

 Pédagogie de la surprise: de l’étonnement à l’émerveillement

Dans un monde où se mélange réalité virtuelle et réalité physique, où se situe la surprise ?

Peut-on trouver dans l’histoire un modèle similaire ? Le surréalisme ?

“Pourquoi « surréalisme » ? Parce qu’il s’agit d’opérer la fusion du rêve et de la réalité afin d’atteindre une « réalité supérieure » :

« Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut ainsi dire ».

André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924
Histoire des arts Surréalisme sur http://philo-francais.e-monsite.com

La réalité de demain à cheval entre vie réelle, réalité virtuelle, réalité augmenté… aujourd’hui prend une tout autre dimension vue du point de vue de la réalité supérieure de 1924. Vue sous l’angle de la surprise et de la créativité, elle peut ouvrir des champs du possible extraordinaires pour peu que l’on ose sortir des sentiers battus.

Quel en sont les caractéristiques ?

  • “Rejet de la raison et de la logique.

  • Mise en avant de l'esprit d'enfance, extravagance, dérision et  humour.

  • Volonté d’être irrespectueux, extravagants.

  • Mépris total pour les « vieilleries » du passé. (Comme le Futurisme)

  • Recherche d’une plus grande liberté de créativité  donc utilisation de tous les matériaux et toutes les formes disponibles.

  • Recherche de liberté dans le langage”

Histoire des arts Surréalisme

Et si l’apparition des nouvelles technologies permettait de  destructurer l’uniformisation des savoirs pour redonner sa place à l’individu créatif ?

Et, si la pédagogie de demain consistait à valoriser l’identité de l’enfant qui confronté aux autres identités des autres vont chacuns enrichir le monde de l’autre par leurs différences créatrices et renouveler les bases de données des savoirs ?

Source image : Kellepics sur Pixabay

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