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Pour changer le monde, il faut plus que des clics de souris

Avec la généralistion de l'accès à Internet, le soutien aux grandes causes a pris un nouveau visage. Mais il ne suffit pas de cliquer dans une pétition en ligne pour changer le monde.

Par Alexandre Roberge , le 05 octobre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 septembre 2012

La mobilisation pour des causes sociales, humanitaires, écologiques... se traduit souvent par l'organisation d'événements mobilisant des milliers, voire des millions de personnes. Nous avons tous en tête les manifestations des altermondialistes contre les sommets de l'OMC, les manifestations de travailleurs protestant contre la fermeture de leur entreprise, les cinq millions de personnes qui ont manifesté, dans 100 villes du monde, contre les FARC en Colombie. Ces manifestations monstres constituent un défi organisationnel et  le nombre de manifestants constitue, en lui-même, une mesure de leur succès. Elles relèvent de ce que l'on pourrait appeler, par analogie avec le monde d'Internet, "l'activisme 1.0", celui qui se voit, fait du bruit, est aussi spectaculaire que dangereux parfois pour ses participants.

Depuis quelques années, avec l'arrivée de l'Internet et particulièrement des réseaux sociaux, le soutien aux grandes causes a pris un autre visage. "L'activisme 2.0" se caractérise par la présence de groupes militants sur la toile, qui cherchent à recruter des soutiens en ligne et organisent des actions réelles ou virtuelles de grande ampleur. On voit par exemple des pétitions qui recueillent plusieurs centaines de milliers de signatures, des collectes de fonds organisées simultanément dans plusieurs pays, des actions individuelles coordonnées, telle la fameuse heure sans lumière organisée par le WWF, pour alerter sur la consommation excessive d'énergie.

Mais ces nouvelles formes d'action collective soulèvent actuellement un important débat dont le web se fait l'écho. En effet, que valent ces mobilisations ? Ne sont-elles pas le fait de personnes qui n'ont ni l'énergie, ni le courage, ni parfois les convictions de s'enagager dans de véritables actions militantes ? De l'engagement pépère, en somme, réalisable depuis son bureau, sans rien changer à ses habitudes. Le phénomène de "l'activisme en ligne" a pris une telle ampleur que les anglophones lui ont trouvé un nom : le slacktivism, néologisme fusionnant le terme "slack" (pas sérieux, négligent...) avec celui d'"activism". Certains observateurs très critiques vont jusqu'à dire que les slacktivists sont nuisibles : ils sont nombreux mais ne font rien de significatif pour les causes qu'ils prétendent défendre, tout en occupant le terrain. Mais le véritable problème, selon Evgeny Morozov qui s'est récemment exprimé sur le sujet, réside dans le fait que les personnes qui "militent" via Facebook et autres réseaux sociaux risquent de considérer qu'ils ont fini le boulot une fois qu'ils ont signé la pétition ou ajouté leur nom à la liste de fans. Ce qui est évidemment faux, et même extrêmement naïf. Par exemple, le groupe Facebook "Save the Children in Africa", fort d'1,3 million de membres, n'a pu collecter que 7 500 USD, soit moins d'un cent par membre... Pas de quoi être fier.  

La solution à l'activisme paresseux: le réalisme et l'action

Alors doit-on conclure que les médias sociaux nuisent aux causes ? Sans aller jusque là, il est indispensable de revenir sur terre, et d'ajouter une bonne dose de réalisme à l'utopie du clic qui change le monde. Ivan Boothe, directeur de Rootwork, agence de conseil stratégique auprès des ONGs et autres mouvements citoyens, relève dans un billet sur son blogue professionnel que les organisations à but non lucratif sont parfois totalement focalisées sur le recrutement de nouveaux membres et sympathisants, quitte à en oublier leur mission première, qui est d'agir sur une situation estimée intolérable.  Les médias sociaux peuvent s'avérer des auxiliaires précieux pour organiser les mouvements de masse et faire connaître de justes causes, mais en aucun cas ils ne remplacent l'action concrète.

Comment, alors, transformer un "activiste paresseux" (slacktivist) en militant actif ?  Evgeny Morozov semble avoir quelques idées sur la question. Car, selon lui, la question du nombre n'est pas pertinente : dans un très grand groupe, chaque individu fournit un effort moindre à celui qui serait le sien dans un petit groupe. Morozov effectue une analogie amusante pour illustrer ce point : si vous chantez "joyeux anniversaire" dans un groupe de 50 personnes, vous crierez sans doute moins fort que si vous n'être que 5 ou 6 à entonner la chanson... Alors, comment lutter contre l'activisme paresseux ? Selon Morozov, il ne faut pas donner de certificat, de trophée, de badge virtuel et autre preuves d'appartenance aux membres d'un mouvement virtuel, tant que ces derniers n'ont pas démontré leur capacité d'action concrète. Il faut au contraire distribuer des tâches clairement reliées à la cause à défendre, réellement utiles (et non pas symboliques ou occupationnelles), et demander un retour sur l'action réalisée. Morozov propose d'ailleurs de développer des outils de traçage des activités des supporters de grandes causes sur Facebook et les autres réseaux sociaux. 

Un clic = un don

Dès à présent, il existe des sites qui permettent à leurs visiteurs de réaliser des actions concrètes. Par exemple, le site Free Rice du Programme alimentaire mondial (PAM) permet aux Internautes de se cultiver tout en réalisant une action humanitaire : les visiteurs répondent à des questions sur différents sujets (art, anglais, français, chimie, mathématiques, etc.) et à chaque bonne réponse, les organisations partenaires du PAM (dont les noms figurent sur le site) s'engagent à financer l'équivalent de 10 grains de riz. Une façon comme une autre d'accroître les stocks de nourriture distribuées aux populations victimes d'insécurité alimentaire.

Ce genre d'intiaitive ne demande pas d'effort particulier mais a des répercussions concrètes. Il faudrait peut-être dupliquer ce modèle d'action afin que l'internaute participe, clic après clic, à l'amélioration de la planète.

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