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L’autodétermination des élèves différents - 1ière partie - Qui suis-je ?

Suis-je bien qui je pense que je suis ? - Réseaux, modèles et stigmatisation

Par Virginie Guignard Legros , le 17 avril 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2018

Dans le travail social en milieu scolaire, les notions d’accompagnement, de protection du handicap, de la différence, de réponses face au harcèlement sont mises de l'avant, mais qu’en est-il du vécu de l’étudiant et de ses camarades face à sa différence et à son estime de lui-même ?

Dans les textes suivants, certains sont extraits du site  de l'Association canadienne des travailleurs sociaux et des conseillers d'assiduité scolaire (CASSWAC) de l'Ouest canadien. Dans ceux-ci se trouvent en détail les activités de ses travailleurs sociaux.

Les réseaux se tissent autour de l’étudiant

“Contexte de la pratique

Détenteurs d'un diplôme professionnel en travail social, les travailleurs sociaux en milieu scolaire travaillent souvent en partenariat avec les enseignants et les professionnels de la santé et des services psychologiques...Même si on peut s'attendre à ce que le travailleur social scolaire réalise une grande partie de son travail dans un établissement scolaire il peut également, à l'a différence d'autres membres du personnel des écoles, procéder à des évaluations et à des activités de counseling et de facilitation au domicile des enfants et en collaboration avec les services communautaires”.  

Sources : CF CASSWAC

Les intervenants sont les travailleurs sociaux, les enseignants, les professionnels de santé, les services psychologiques, les familles et services communautaires. Ils sont bienveillants, mais où se trouve l’étudiant dans ce cocon de protection ? Est-il toujours consulté ? Certaines décisions peuvent complètement changer sa vie. Quelle est sa place en tant que personne active dans cette pratique protectrice ? As-t-il le choix de son auto-détermination ? Y-a-t-il un âge à partir duquel il est consultable ?

En Suisse, on demande aux enfants dès 11 ans de se positionner sur leur avenir professionnel. Ceux qui ne vont pas au Gymnase, au Lycée doivent choisir leur métier et donc leur futur.

“Les étapes du développement et les changements au niveau de la personnalité sont nombreux dans toutes les périodes de la vie d’un enfant. La période allant de 11 à 16 ans est elle aussi particulièrement importante puisqu’elle correspond aux remaniements propres à l’adolescence, remaniements qui gravitent autour de l'identité, des choix professionnels, d'une progressive prise d'indépendance à l'égard des parents qui ne va pas sans poser problème”.

Sources : service de psychologie scolaire de la ville de Lausanne - http://www.lausanne.ch

L’âge de 11 ans y est un âge d’autodétermination professionnel et donc scolaire. De la même façon qu’il peut l’être dans le cas de la procédure de divorce de ses parents en France.

“Oui, l'enfant capable de discernement, âgé de moins de 18 ans et non émancipé, peut être entendu dans le cadre d'une procédure de divorce. Il est informé de son droit par les titulaires de l'autorité parentale. La demande peut être formulée par le juge, les parties ou l'enfant. Le mineur est informé qu'il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix. Le juge entend l'enfant lui-même ou mandate une personne pour réaliser l'audition (psychologue, psychiatre etc.)”.

Sources : https://www.service-public.fr

Comme indiqué dans ce dernier texte, dès qu’un élève est capable de discernement, il peut prendre part aux décisions qui peuvent avoir des impacts sur sa vie scolaire. Être maître de sa destinée est l’un des outils les plus puissants que l’on peut donner à un étudiant pour s’affirmer, prendre confiance en lui et se construire.

Le travailleur social comme leader et modèle

“Succès scolaire et questions d'ajustement social

Travaillant dans une équipe sur place composée d'enseignants et d'autres membres du personnel des écoles, les travailleurs sociaux en milieu scolaire aident les étudiants de diverses façons. Alors que la responsabilité principale de l'enseignement incombe aux enseignants et à l'administration, les travailleurs sociaux contribuent à l'apprentissage académique et social en milieu scolaire en offrant des services de counseling qui aident les étudiants à faire face aux problèmes liés aux difficultés d'apprentissage, à une faible estime de soi, aux relations avec les camarades, à la sexualité, à la délinquance et aux conflits avec les parents.

Étant donné que le travailleur social en milieu scolaire comprend les facteurs psychosociaux qui favorisent un apprentissage optimal,  son travail consiste à aider les enfants à rester à l'école et à bien apprendre (International Network of School Social Workers, 2001). Pour ce faire, il peut également assumer un rôle de leader au sein du district scolaire ou de la communauté afin de créer, de favoriser la création ou de mettre en oeuvre des programmes de services sociaux (Ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec [OPTSQ], 1997)”.

Sources : CF CASSWAC

Dans l’accompagnement du succès, le travailleur social vient en modèle, en leader et en conseiller à l’étudiant. C’est un modèle dominant où l’enfant reste dans une posture dominée. Peut-on renforcer une estime de soi défaillante dans cette situation ? La notion de modèle est toujours unilatérale, mais est-ce que l’étudiant peut prendre sa place si il est toujours en situation d’être protégé ?

“Le professeur est là pour accompagner l’élève, pour l’aider  apprendre et à expérimenter. La posture d’échec est le pendant de celle de la réussite. A chaque gagnant, il y a un perdant. Aucun des deux n’est plus important que l’autre. C’est une symbiose nécessaire. Le professeur maîtrise son sujet et s’en sert rigoureusement, professionnellement pour aider l’étudiant à se construire par la bienveillance. La notion de modèle est essentiel pour la réussite de l’enseignement, mais surtout pour créer un nouveau professeur qui à son tour transmettra des enseignements”.

Sources : “Face à la complexité, l’agilité des cerveaux est fondamentale pour favoriser la mobilité des actions” - Virginie Guignard Legros - Thot Cursus

Intervertir le sens du modèle, rendre la relation interactive avec une ouverture à l’erreur, à la discussion à l’action itérative peut enrichir la relation et renforcer l’estime de l’apprenant. Imaginer une relation plus proactive où on encourage les élève à faire des jeux de rôles ou à prendre des responsabilités ou à proposer ou à choisir le modèle qui leur correspond, leur permet de grandir et de prendre leur place dans la société.

Le secret professionnel du travailleur social

“Observation d'un Code de déontologie

Le Code de déontologie (ACTS, 1994) expose les principes fondamentaux de la pratique du travail social. Étant donné que l'âge de la majorité de la population étudiante est de moins de 16 ans et afin de respecter les paramètres de confidentialité entre l'enfant et son travailleur social, il faut  obtenir le consentement du parent ou du gardien, ainsi que celui de l'enfant (s'il y a lieu), avant de mettre en oeuvre des services. Les cas soupçonnés ou mis au jour d'enfants maltraités doivent être signalés aux autorités de la protection de l'enfance, qu'il y ait consentement ou non. Dans ces cas, les travailleurs sociaux scolaires aideront les autorités de la protection de l'enfance à appuyer l'étudiant et pourront engager d'autres ressources faisant partie du réseau d'amis, familial, scolaire et communautaire de l'enfant”.

Sources : CF CASSWAC

Telle qu’elle est appliquée aujourd’hui cette déontologie tient du secret. Un secret découvert devient vite un stigmat ou une honte. Pour éviter cette situation, pourquoi ne pas responsabiliser les enfants face aux différences des autres et au respect de cette confidentialité ? Est-ce que cette déontologie ne devrait pas être enseignée comme valeur fondamentale humaine au sein de l’école ?

Revoir le choix des mots pour éviter les stigmatisations

“Expertise liée aux enfants ayant des besoins spéciaux

Les travailleurs sociaux en milieu scolaire s'intéressent également aux besoins spéciaux qui découlent des handicaps physiques ou mentaux des enfants. En travaillant étroitement avec les enseignants, les ressources d'aide et les parents, ils s'efforcent de reconnaître les points forts de l'enfant malgré les problèmes qui rendent difficiles l'apprentissage ou les comportements appropriés en milieu scolaire.

Sensibilité aux différences

Puisqu'ils connaissent les facteurs de stress qu'un enfant peut subir lorsqu'il provient d'un milieu qui diffère de celui de la majorité de ses camarades sur les plans linguistique, racial, culturel ou socio-économique, les travailleurs sociaux en milieu scolaire apprennent aux autres étudiants et aux employés à être sensibles aux besoins individuels et aux problèmes de ces étudiants et de leurs familles. En outre, ils favorisent et encouragent l'acceptation et la tolérance et donnent l'exemple de ces comportements”.

Sources : CF CASSWAC

L’usage des termes “besoins spéciaux” est déjà une source d’exclusion. Le choix des mots peut par leur signification être facteurs d’intégration ou d’exclusion, voir réveiller des souvenirs collectifs pas toujours très judicieux. N’oublions pas l’étiquette de “convois spéciaux” utilisés dans les déportations des personnes spéciales de la seconde guerre mondiale. Est-ce que dans l’imaginaire collectif une personne étiquetée comme spéciale à les mêmes droits et la même valeur de d’autres personnes ? Associés à spécial, on trouve d’autre mots peu positifs comme handicap, difficile, stress, besoins, problèmes face à ceux positifs comme points forts, acceptation et tolérance.

Le choix des mots souvent est la source des maux. Si on considère la différence comme une richesse sociale alors utilisons des mots riches de sens positifs pour appeler ces élèves qui ne rentrent pas dans les standards. Et, n’oublions pas qu’un atypisme d’hier peut devenir le nec plus ultra de demain. L’exemple des aspergers en est un exemple flagrant. Là, où hier ils étaient considérés comme difficilement socialisables, avec un encadrement adapté, ils sont aujourd’hui des cadres prisés dans certains milieux informatiques car leur système de pensée est proche de celui des ordinateurs.

Suite : 2ième partie - Vers l'autodéterminaton

Source image : Heikelr - Pixabay

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