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L’autodétermination des élèves différents - 2ième partie - Vers l'autodéterminaton

Je suis ce que je suis et je suis accepté. - Autodétermination, compétence et appartenance

Par Virginie Guignard Legros , le 17 avril 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2018

(suite de la première partie - Qui suis-je )

Quand les différences ou handicaps sont invisibles, mais réels

“Un droit à la compensation

Jeudi, 12 Mai 2011 14:29

Un des principaux apports de la loi de 2005 réside dans la création d'un droit à la compensation, dû par la collectivité, aux personnes en situation de handicap.  Son article 11 (retranscrit dans l'article L.114-1-1 du Code de l'Action sociale et des famille) prévoit ainsi que « la personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l’origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie ».

Ce droit à la compensation est individuel. Il doit prendre en compte le projet de vie de la personne en situation de handicap. En conséquence, la Prestation de Compensation du Handicap (PCH), créée par la loi pour permettre ce droit à la compensation, peut être versée en espèces (pour le paiement des aides humaines par exemple) ou en nature (pour le financement d'aides techniques, l'aménagement du logement...).”

Sources : Maison départementales des personnes handicapées (France) : http://www.mdph.fr

Les différences, les handicaps cachés ou compensés peuvent être aussi perturbateurs pour le parcours de l’étudiant. Ils sont souvent passés inaperçus car l’élève est complètement intégré socialement dans l’école ou parce que le réseau n’évalue pas la réelle souffrance ou gêne ressentie. L’exemple des faibles surdités est frappante. Si on prend un adulte avec une faible surdité. Il vous dira que les bruits de la foule sont épouvantables, qu’il ne peut distinguer deux conversations en même temps. Pourtant, en application du terrain, si l’adulte est écouté, ce ne sera pas toujours le cas de l’enfant dans tous les pays occidentaux, même avec des certificats médicaux et surtout si il a de bons résultats scolaires.

“Suite au dépôt de la demande, une analyse des conséquences et des désavantages dans le cadre des apprentissages scolaires sera menée. Sur la base de ce dernier, la direction d’établissement décide de l’octroi ou du refus des mesures de compensation des désavantages. Elle décide aussi quelles mesures sont, le cas échéant, mises en place.

Si la direction d’établissement accepte la demande de mesures de compensation des désavantages, on procédera ensuite à la planification des mesures puis à leur mise en œuvre.

Les résultats de la mise en place des mesures de compensation des désavantages seront évalués par le réseau. En fonction de cette analyse, les mesures peuvent être ajustées.

Les mesures de compensation des désavantages font l’objet d’une réévaluation à intervalles réguliers”.

Sources : Scolarité obligatoire - Etat de Fribourg - Suisse - http://www.fr.ch

Le droit à la compensation n’est donc pas ici dans le Canton de Fribourg en Suisse un droit, mais une faveur accordée par la direction de l’établissement. Et, dans cette décision, l’étudiant ne sera pas consulté sur la qualité de sa vie scolaire. Les demandes sont faites par des intermédiaires, réseaux, parents, professionnels de santé.

Les enfants à hauts potentiels qui sont dyslexiques arrivent à compenser eux-même leur situation de handicap mais sont dans une situation d’inconfort et de sous-performance permanente qui n’est pas détectable par des tests standards. Et, d’année en année, ils compenseront de moins en moins et finiront en apprentissage de boulangerie ou menuiserie avec des QI évalués dès le plus jeune âge à 150. Quel gâchis !

La seule chose qui aurait pu changer leur vie est une mauvaise résistance au stress et une attitude violente ou de révolte qui auraient pu alerter les professionnels des réseaux. Les silencieux passent à travers les mailles du filet de la demande au droit à la compensation.

Que se passe-t-il quand les étudiants de peuvent pas s’autodéterminer en milieu scolaire ?

Quand il devient difficile d’être bien, intégré, utile, quand il est difficile d’être reconnue comme une personne qui a son mot à dire sur son destin en tant qu’étudiant, quand il est compliqué de communiquer ou d’être entendu par le milieu scolaire, alors, naturellement les élèves vont se diriger vers l’extrascolaire, comme dans le cas des sportifs sourds.

“Pourquoi des organisations sportives indépendantes?

Si à peu près partout dans le monde, les sportifs sourds se sont regroupés dans des organisations indépendantes ne relevant ni du monde sportif des entendants ni de celui des personnes handicapées, ce n’est pas dû au hasard ni à un caprice sans raison. Un début d’explication se trouve dans le fait qu’au quotidien, les sourds ne se définissent pas par rapport à leur déficience auditive, mais constituent une minorité culturelle et identitaire avec leur propre langue.

S’ils ne se sentent pas comme handicapés dans la pratique du sport, il n’empêche que les sourds, comme dans nombre d’autres domaines, finissent toujours par rencontrer des problèmes de communication lorsqu’ils sont engagés dans des clubs d’entendants. Une perte totale ou partielle d’informations qui, à la longue, a tendance à décourager la personne sourde et à la pousser à abandonner le sport.

A l’inverse, dans des clubs sourds où se pratique une communication basée sur la langue des signes, les sportifs sourds reçoivent toutes les informations sur un même pied d’égalité et peuvent pratiquer leur discipline en toute autonomie. Sentiment d’autonomie et d’autodétermination encore renforcé par le fait que dans la plupart des organisations sportives de sourds, seules les personnes sourdes peuvent occuper des postes de dirigeants. Il en résulte un épanouissement social (isolation rompue) et une confiance en soi nettement améliorée!”

Sources : Sport et sourds, une histoire au delà des performances - Fédération suisse des sourds

http://www.sgb-fss.ch

Les clubs pour les personnes sourdes, les associations pour les personnes en douance, les réunions pour personnes aveugles sont autant d’échecs à l’intégration que de pistes à étudier pour comprendre comment gérer les différences au sein des écoles, des universités. Les trois mots clés qui ressortent de ce texte sont égalité, autonomie et autodétermination. Trois mots forts et clairs sur ce qui est important de travailler pour les communautés ou personnes atypiques au sein des établissement d’enseignement. Seul le mot de “Motivation” manque au tableau, c’est le levier personnel qui fera que tout est possible.

Motivations extrinsèque et intrinsèque

La motivation est le moteur de tous les comportements individuels. Consciente ou inconsciente, elle est de deux natures différentes : la motivation extrinsèque et la motivation intrinsèque.

“La motivation extrinsèque

signifie que le sujet agit dans l’intention d’obtenir une conséquence qui se trouve en dehors de l’activité même, par exemple, recevoir une récompense, éviter de se sentir coupable, gagner l’approbation sont des motivations extrinsèques.

Dans le monde scolaire, les exemples de motivation extrinsèque ne manquent pas : travailler pour obtenir de bonnes notes ou pour éviter les mauvaises, ou encore pour faire plaisir à ses parents, voire à ses professeurs.”

Sources : Comment renforcer la motivation de nos enfants - https://www.apprendreaapprendre.com

C’est la motivation classique qui est travaillée au sein des systèmes d’apprenance. C’est ce même manque de motivation qui sera un signal d’alerte pour les profésseurs, les travailleurs sociaux et les professionnels des réseaux.

“La motivation intrinsèque

signifie que l’on pratique une activité pour le plaisir et la satisfaction que l’on en retire. Une personne est intrinsèquement motivée lorsqu’elle effectue des activités volontairement et par intérêt pour l’activité elle-même sans attendre de récompense ni chercher à éviter un quelconque sentiment de culpabilité.

Selon les théories modernes de la motivation, trois besoins fondamentaux constituent les fondements de la motivation intrinsèque :

– le besoin d'autodétermination : C’est le besoin de toute personne de pouvoir choisir ses comportements. Tout ce qui est ressenti comme pression, contrainte, contrôle, réduit l’autodétermination et fait baisser la motivation intrinsèque.

– le besoin de compétence : c’est le besoin de chacun de se sentir en situation de réussite, ce qui augmente le sentiment de compétence.

– le besoin d’appartenance sociale : il correspond à la nécessité d’entretenir avec autrui des relations enrichissantes et satisfaisantes.”

Sources : CF Comment renforcer la motivation de nos enfants

Ici aussi l’autodétermination est une clef essentielle au bien-être et au développement harmonieux de l’élève et par extension à son parcours scolaire.

 

Surprotéger est une mesure d’urgence souvent importante, mais donner les outils pour devenir un être humain à la fois indépendant,  intégré et sûr de lui est l’objectif essentiel que tous professionnels autour de l’enseignement et de l’accompagnement des étudiants doivent garder en tête. Ne créons pas des ghettos, soyons attentifs aux pénibilités, ne préjugeons pas sans avoir entendu l’étudiant sur ses difficultés, ne cataloguons pas les élèves par cas typologiques, ne mettons pas des mots inadéquats sur des situations, ne disposons pas de l’avenir d’un être humain sans lui avoir demandé son avis.  

La différence est une richesse. Faites en sorte de la gérer comme telle pour le bien de tous.

Source image : Pixabay Composita

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