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Un faux procès pour réfléchir au transhumanisme

Une simulation qui a permis un débat instructif sur les questions du transhumanisme

Par Alexandre Roberge , le 06 mai 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 07 mai 2018

Le sujet paraît difficile à éviter. Des petits génies de la Silicon Valley aux éthiciens, tous se demandent comment sera le futur de l’homme. Le mouvement contient autant de propositions et d’idées que de gens qui les défendent. On trouve ceux qui parlent surtout d’automatisation des tâches et de potentiels humains surpassés et, à l'autre bout du spectre, ceux voulant littéralement mettre la Faucheuse au chômage. Difficile donc, pour un néophyte, de s’en faire une idée claire.

Des questions éthiques et professionnelles

Tous en discutent. Pour l’ancien ministre Luc Ferry, l’ubérisation actuelle de pans de l’économie et le transhumanisme vont de pair. Il va falloir que les milieux professionnels se préparent à travailler avec des intelligences artificielles. D’ailleurs, certains en appellent aux entreprises afin qu’elles se manifestent dans la régulation de ces technologies, pour ne pas tout laisser à l’État. Des transhumanistes, quant à eux, voient aussi un potentiel pour que l’humain passe dans une société post-travail où il pourra enfin s’épanouir sans être obligé de se chercher un emploi pour vivre. Un sujet qui suscite donc débat dans le milieu du transhumanisme.

Or, il ne s'agit pas de la seule discussion actuelle. Les éthiciens réfléchissent beaucoup à cette notion parce qu’elle soulève d’innombrables interrogations selon l’application du transhumanisme. Serait-ce un moyen de contrôle? Risque-t-il d’y générer des inégalités entre ceux pouvant se permettre ces technologies et les autres? Le débat prend de l’ampleur et il est difficile de pencher pour un camp ou l'autre. D’ailleurs, la question transhumaniste a tellement d’enjeux qu’en juin 2017, à Paris, a eu lieu le premier procès concernant ce sujet.

Une réflexion par le droit

Disons-le d'emblée, il s’agissait d’un faux procès. D’ailleurs, celui-ci a même son site Internet. Or, l’exercice a été fort intéressant et instructif autant pour de potentiels avocats que le grand public qui sera éventuellement confronté à ces questions dans quelques décennies à peine. Celui-ci concernait des pirates. En effet, six personnes ont pénétré le système informatique « SuperVision », mis en place dans la transhumanisation des forces de l’ordre. Ainsi, des yeux bioniques ont été greffés à des agents de police et certains individus pouvant les aider dans l’arrestation de malfaiteurs. Or, ce choix politique a cristallisé les fractures sociétales et ce groupe de pirates a causé, par son action, l’aveuglement d’une femme et les hallucinations fréquentes d’un agent de la paix. De plus, une policière a refusé l’opération et est poursuivie aussi pour son refus.

Le débat a donc beaucoup reposé sur le transhumanisme et sur la légitimité des pirates d’effectuer cet acte. Les arguments qui peuvent être revus ici sont intéressants. Du côté des transhumanistes, il s’agit de l’évolution naturelle qui ne peut être contrée. De l’autre, on est inquiet de cette philosophie qui remplace des membres sains par de la machinerie, par le fait que la majorité du contrôle de ces technologies revient aux entreprises privées et que le principe d’égalité est mis à mal par ces «augmentés» face aux autres.

Le jugement a été que les accusés ont volontairement causé du tort et devront donc payer des amendes. Par contre, aucun d’entre eux ne fera de prison. La policière ayant refusé l’opération a aussi été acquittée des charges. Cet exercice aura permis d’ouvrir un débat intéressant sur le transhumanisme. Plus axé sur la moralité, il n’en reste pas moins qu’il apporte bien des réflexions sur de potentiels décisions et procès à venir. Il peut être un bon point de départ pour des étudiants en droit : que pensent-ils des arguments, du jugement rendu? Selon eux, quelles autres affaires pourraient naître dans le futur du transhumanisme ou des technologies comme l’intelligence artificielle?

Illustration : cali.org Judge via photopin (license)

Références

Andry, Clarisse. « Procès Du Transhumanisme : La Justice Fait Un Bond Dans L’avenir. » Village De La Justice. Dernière mise à jour : 3 juillet 2017. https://www.village-justice.com/articles/Lanceurs-alerte-robe-noire-transhumanisme,25090.html.

De Guenyveau, François-Régis. « Transhumanisme - Les Entreprises Ont Un Rôle à Jouer. » KEA & Partners. Dernière mise à jour : 7 septembre 2017. https://www.kea-partners.com/transhumanisme-entreprises-ont-role-jouer-0.

François, Agathe. « Le Transhumanisme : Un Enjeu (bio)éthique ? » Commposite. Dernière mise à jour en 2017. http://www.commposite.org/index.php/revue/article/view/271.

Jeanblanc, Cédric. « Transhumanisme : Un Premier Procès Historique, Bien Que Fictif. » Marketing & Innovation. Dernière mise à jour : 27 juin 2017. http://visionarymarketing.fr/blog/2017/06/transhumanisme-un-premier-proces-historique-bien-que-fictif/.

« La Fin Du Travail : Est-ce Possible, Est-ce Souhaitable ? » Transhumanisme : Association Française Transhumaniste. Dernière mise à jour : 31 janvier 2018. https://transhumanistes.com/fin-travail-possible-souhaitable/.

Procès Du Transhumanisme. Consulté le 4 mai 2018. https://www.proces-du-transhumanisme.com/.

« “Nous Devons être Préparés à Travailler Avec L’IA”. » ManpowerGroup. Dernière mise à jour : 21 novembre 2017. http://www.manpowergroup.fr/travailler-avec-ia-luc-ferry-transhumanisme/.

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