Articles

Les nouvelles vies des établissements d'enseignement supérieur sur le net

Par Audrey De Santis , le 17 mars 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 03 juin 2011

Le taux de succès des étudiants aux examens, le nombre de citations des auteurs "maison" dans les publications scientifiques, sont des indicateurs connus de la valeur des établissements d'enseignement supérieur. Mais leur qualité s'évalue désormais aussi en ligne.

Les universités françaises doivent donner pour recevoir

Il est possible d'avoir une vision globale de la présence des universités sur le web, notamment grâce à Webometrics, un classement des institutions mondiales d'enseignement supérieur et de recherche, publié deux fois par an par le laboratoire Cybermetrics Lab. Thot Cursus en avait déjà parlé en détail dans un précédent billet. Les choses se sont un peu améliorées pour les universités francophones depuis la première édition, et la première université française apparaissant dans le classement reste l'Université Paris 6 Pierre et Marie Curie en 116ème position (26ème dans le top Europe), toujours loin derrière le peloton de tête des universités anglosaxonnes.

Pour établir leur classement, les initiateurs de Webometrics analysent les contenus des sites web plus que le design ou le nombre de visiteurs. Il est d'ailleurs étonnant que cet indicateur, si prisé des webmestres et responsables de communication, ne soit pas pris en compte, dans la mesure où la finalité d'un site web est bien d'être visité Mais pourquoi visite t-on le site d'une institution d'enseignement supérieur ? pas uniquement pour trouver de l'information sur les formations proposées ou la capacité d'accueil de larésidence universitaire... Et nous arrivons ici à la principale faiblesse des universités françaises en ligne : elles ne valoriseznt pas assez leurs activités de recherhce, et les partagent encore moins. Brigitte Fournier explique dans un billet sur la recherche des universités que "[la communication] est une nouvelle tendance dans l’enseignement supérieur, [elle] rend la recherche visible, accessible et disponible pour tous les visiteurs à titre individuel mais aussi pour les organisations et les entreprises". Étonnant alors ce "retrait" des universités francophones lorsque l'on sait ce qu'une communication bien guidée peut amener en terme de valorisation d'image et de financement. On peut en déduire qu'elles ont beaucoup à apprendre de leurs homologues - principalement - américaines en terme de publication de contenu pédagogique ou de recherche en accès libre et de visibilité. En poussant encore un peu plus loin la réflexion, on interrogera la frilosité des universités françaises à mettre librement à disposition certains travaux de recherche financés sur fonds publics, alors que les universités nord-américaines, qui font largement appel aux subsides privés, partagent les leurs beaucoup plus facilement !

Les réseaux sociaux, de Facebook...

Un récent article de Thot présentait Sophie Pène, enseignante chercheur en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris Descartes, qui parlait des apports des réseaux sociaux à l'enseignement supérieur. Insistant sur leur importance en tant qu'objets d'interrogation de l'université sur ses différents rôles et buts, elle les nomme des "élements d'une controverse, d'une tension entre le modèle traditionnel de l'enseignant chercheur, qui délivre un discours ciblé et le modèle du contenu numérique disponible 24/24, enregistrable, que la hierarchie prescrit aujourd'hui". D'où la difficulté pour des institutions "anciennes" de se lancer dans la folle machine du tout échangeable et tout numérique.

Page Twitter de l'université de Lille 1

Malgré tout, un nombre croissant d'universités se lancent sur les terrains de jeu que sont Facebook et Twitter. Le premier, de par sa génèse, est voué aux échanges entre étudiants. L'université de Québec à Montréal l'a bien compris en créant sa "page fan" où elle rend compte de ses activités de façon régulière tant au niveau de ses formations qu'au niveau sportif ou extra-scolaire. Elle n'est pas la seule puisque ce sont près de 500 "pages fan" qui sont visibles lorsque l'on tape "université" dans le champs de recherche de Facebook. Des pages qui ont pour même but de fédérer les étudiants d'un campus et de les intéresser à l'actualité de leur lieu d'étude. Une stratégie gagnante car ce sont au minimum un millier de fans - la plupart étudiants - qui consultent, commentent, s'intègrent à une communuauté. L'image de l'université est aussi améliorée car vue comme une institution "tendance", dans l'air du temps. Cette semaine, un article de Thot signale d'ailleurs des ressources qui seront fort utiles aux institutions d'enseignement pour améliorer leur présence sur Facebook.

... A Twitter

Twitter, quant à lui, reste un lieu encore peu exploré. Aujourd'hui, seules une trentaine de facultés, listées par ComCampus sur Twitter, ont créé un compte où elles peuvent gazouiller. Certaines, comme l'université de Nantes (@UnivNantes), ont bien compris l'enjeu d'un tel développement. Elle "suit" peu mais est bien listée et bien suivie, avec 560 followers. Mais surtout, elle "tweete" beaucoup (plus de 4000 messages depuis la création du profil), avec plusieurs messages quotidiens afin de tenir ses étudiants informés de son activité. L'université Lille 1 (@Univ_Lille1) se révèle être aussi très active et semble faire l'effort de répondre parfois et de republier régulièrement des messages. Ces deux facultés tâtonnent encore mais s'avèrent pourtant être des modèles en terme d'implication dans une stratégie de communication sur internet. Elles ont compris que leur visibilité passerait à la fois par leur site web conventionnel et par un développement sur les réseaux sociaux.

Des étudiants qui portent haut les couleurs de leurs établissements

Une troisième approche de la communication numérique, qui n'est pas encore prise en compte dans les classements internationaux, est celle de la promotion des réalisations originales des étudiants. On a beaucoup parlé en France ces derniers mois des Ernest, conférences inspirées du modèle fourni par TED, orgaisées par les étudiants de l'Ecole Normale Supérieure Sciences et Lettre de la rue d'Ulm, à Paris. Le succès foudroyant de ces conférences sur la toile montre à quel point les attentes sont grandes, dans le public, d'interventions de qualité. 

Un peu moins connu est le site 2h27, sur lequel 9 étudiantes en journalisme de l'école Sciences Po Paris publient les reportages qu'elles réalisent la nuit dans la capitale française. Les rencontres avec un chauffeur de bus, une DJ, un coiffeur... fournissent la matière première de reportages intimistes de bonne qualité, qui connaissent une audience grandissante.

Les universités ont donc deux défis à relever. En premier lieu, être plus généreuses quant à la diffusion des résultats de leurs recherches; en second lieu, être encore plus actives sur les réseaux sociaux afin de créer un sentiment d'appartenance chez leurs étudiants, qui donne envie à d'autres de les rejoindre. Les deux efforts doivent se mener de front, pour atteindre les différents publics potentiellement intéressés par l'activité des universités. Enfin, la valorisation des travaux et initiatives des étudiants achèvera d'installer solidement les universités et écoles supérieures dans le paysage virtuel.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné