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La gouvernance numérique à l’université (Thèse)

La gouvernance universitaire face à l’évolution des usages du numérique

Par Federica Minichiello , le 05 juin 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 29 août 2018

« La gouvernance universitaire et l’évolution des usages du numérique ». 

Le titre de cette thèse résume à lui seul la complexité de la thématique et sa nature de « défi », dans un contexte où se chevauchent nouvelles pratiques managériales, une autonomie dans la contrainte (budgétaire) et des usages numériques de plus en plus variés.

L’auteur le précise, le périmètre de la gouvernance dans le numérique est vaste : la gouvernance de la politique numérique et du système d’information, les services numériques offerts aux étudiants et aux personnels universitaires, la gestion de ressources numériques, l’usage pédagogique du numérique etc.

La thèse commence par retracer la dynamique du numérique dans l’enseignement supérieur en France depuis 25 ans ; ce travail est d’ailleurs mis à disposition sous la forme d’une frise chronologique très intéressante (http://e-transformations.fr/wp/archives/350) qui permet de naviguer à travers mutualisations de développements informatiques et d’outils de gestion (Renater, Amue) déploiement d’environnements numériques de travail, l’arrivée déferlante de la FOAD et des MOOcs

... Et ainsi de suite ! 

Les questions posées sont tout aussi intéressantes : comment un mandat de président d'université peut être concilié avec une transformation d’emblée inscrite dans la durée ?, quelle stratégie avoir pour faire de l’université un lieu emblématique, d’un point de vue architectural comme dans les pratiques d’usages ?, comment la gouvernance peut éviter le caractère « isolé » d’un programme numérique innovant et l’inscrire dans une vision plus globale ?

On évoque des instruments de pilotage comme le schéma stratégique de numérique, qui décline la stratégie numérique sur les trois missions de l’université (formation, recherche, insertion professionnelle) et le schéma directeur, qui traduit la stratégie dans un portefeuille de projets numériques, souvent pluriannuels, qui donne la vision de « l’en cours » et du « à venir ».

…Et dans la pratique ?

Quelles sont les clés de réussite pour une réelle gouvernance numérique ?  L’auteur nous propose plusieurs observations pratiques pour nous indiquer des pistes possibles.

  • La généralisation d’une certification « numérique »

    Le dispositif étudié est le C2i, le certificat internet et informatique institué par le ministère de l’enseignement supérieur qui atteste l’acquisition de compétences numériques. Le déploiement à large échelle de cette certification, à l’ensemble des étudiants et des acteurs universitaires, devient un instrument pour impulser l’usage du numérique, avec la nomination d’un porte-parole, l’octroi d’un budget, la mise en place de comités de suivi et de lieux d’échanges dédiés.
     
  •  La conduite du changement

    Par le biais d’une matrice SWOT (atouts-faiblesses-opportunités-menaces) l’auteur compare deux stéréotypes de management pour la mise en place et le suivi d’un schéma directeur du numérique : le recours à un prestataire externe, souvent une société de conseil, ou l’internalisation de la démarche.  Le constat est qu’un modèle ne prévaut pas sur l’autre, le premier étant basé sur une optique de planification pluriannuelle rédigée très précisément, le second fonctionnant sur des bases plus « agiles », mais qui présupposent une organisation et une répartition de travail tout aussi agiles.  Il est d’ailleurs intéressant de voir que les universités interrogées remettent souvent en cause l'organisation de leur propre transition numérique.
     
  • L’évolution vers des modalités « en réseau »

    Que ce soit par la création d’une communauté de référents, comme une association professionnelle de vice-présidents en charge du numérique ou l’appropriation d’un réseau social (twitter dans le cas précis), l’enjeu de visibilité apparaît comme essentiel : l’analyse de l’utilisation de twitter montrerait d’ailleurs un usage particulièrement tourné vers la communauté extérieure. Plusieurs universités voient dans leur positionnement numérique un vrai bénéfice en termes d'image de marque … et une possibilité pour se démarquer, dans un paysage national comme international.
     
  • La gestion de la connexion

    Dernière piste qui mérite réflexion, l’approche managériale vis-à-vis de la connexion (et de la déconnexion) : dans les enquêtes menées par l’auteurs, notamment sur l’utilisation du courrier électronique professionnel, un bon nombre de personnes interrogées déclare rester connecté en dehors du temps de travail, sans une réelle injonction dans ce sens, tout en défendant la déconnexion comme élément clé du bien-être au travail….

Illustration : NASA's Marshall Space Flight Center,  Foter.com / CC BY-NC

Référence

Bertrand Mocquet - La gouvernance universitaire et l’évolution des usages du numérique : nouveaux enjeux pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche français. Sciences de l’information et de la communication.
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III, 2017.
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01758565/document

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