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Les modalités de formation à distance en Inde : qu'en pensent les acteurs ?

Par Alexandre Roberge , le 29 mars 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 31 décembre 2010

Il y a 4 ans, 1,5 millions d'étudiants indiens étaient inscrits à l'IGNOU (Indira Ghadi National Open University). Il y a un an, sur Thot Cursus, nous rendions compte de la volonté du gouvernement indien et de cette université d'étendre son offre de services.

Mais que pensent les étudiants et les autres acteurs des différents aspects de l'éducation à distance telle qu'ils l'ont pratiquée? Une étude publiée dans le Asian Journal of Distance Education s'est penchée sur la question.

Les ressources imprimables restent en tête des ressources favorites des étudiants et des tuteurs

L'étude sous forme de questionnaire a été présentée à 127 personnes réparties dans 9 centres éducatifs de la région du Maharashtra. Parmi les 127 personnes, on trouve :

  • 76 étudiants
  • 39 conseillers académiques (professeurs, tuteurs)
  • 12 coordonnateurs

En premier lieu, il a été demandé aux différents groupes de sélectionner le type de ressources ayant leur préférence, parmi ceux qui étaient proposés dans leur parcours de formation à distance. Le matériel pédagogique imprimable arrive largement en tête (69,44% des étudiants, 79,49% des tuteurs et 83,33% des coordonnateurs classant ce matériel au premier rang).  Pour le reste, on constate des divergences: si 15,28% des étudiants voient les activités comme des ressources intéressantes, ce n'est pas le cas des enseignants (2,56%).

Si les conseillers académiques (12,82%) et les apprenants (13,89%) apprécient le tutorat, aucun des coordonnateurs interrogés ne semble partager cette opinion, ciblant les travaux (8,33%) et d'autres raisons (8,33%) pour expliquer la manière dont la FAD se distingue de la pédagogie régulière.

On otera enfin que les aspects technologiques de la FAD ont été complètement occultés par les répondants. Seul 2,56% des tuteurs voient un avantage à l'enseignement via la radio interactive et 1,39% des étudiants ont une opinion similaire face à la téléconférence.

De sérieux problèmes d'organisation et un nombre trop limité de tuteurs

La deuxième partie de l'étude comprenait des énoncés que les répondants devaient hiérarchiser (fortement en accord, en accord, en désaccord) et des questions ouvertes, des suggestions, etc. Voici les tendances qui se dégagent des réponses des différents groupes.

Pour les apprenants, le tutorat ne devrait pas être obligatoire puisque nombre d'entre eux estiment qu'il est difficile de concilier des séances de ce genre avec leurs obligations familiales, professionnelles ou autres. Les étudiants soulignent en outre les problèmes d'organisation propres à cette activité, les séances de tutorat étant souvent organisées à la dernière minute. 

Un autre problème d'organisation a largement affaibli l'intérêt des travaux à rendre : si les étudiants ne les envoyaient pas à leurs enseignants, c'est qu'ils recevaint les sujets après la réalisation des examens, ce qui leur ôtait tout intérêt pour préparer ces derniers. Les étudiants suggèrent des pistes de solutions pour résoudre ces problèmes d'organisation, omniprésents : une meileure information pour contacter les tuteurs et les autres étudiants, de meilleures rémunérations pour attirer plus d'enseignants, du tutorat régulier et flexible, la possibilité d'avoir un retour sur les travaux avant les examens, d'avoir des cours enregistrés sur CD et des contacts par courriel ou téléphone.

Les professeurs, quant à eux, souhaitent davantage de souplesse dans leur travail et dans la forme de leurs sessions de tutorat. Ils ont signalé que les quelques étudiants faisant appel à ces séances étaient enthousiastes et répondaient mieux aux exigences des travaux. Les tuteurs proposent également des pistes d'amélioration de la qualité pédagogique globale des formations proposées : révision des supports de cours tous les cinq ans avec mises à jour plus rapprochées si nécessaire, une originalité plus grande des travaux à rendre pour encourager la réflexion plutôt que la simple restitution du cours. Ils demandent également à élargir le recrutement des enseignants.

Les coordonnateurs, enfin, ont exprimé leurs critiques face au système de formation à distance actuel : difficultés à organiser du tutorat à cause du manque de ponctualité des apprenants; difficulté également à trouver des enseignants compétents dans la très large gamme de formations proposées par l'IGNOU;  difficulté enfin à assurer un rythme soutenu de formation, les étudiants rendant leurs travaux avec beaucoup de retard. Ils demandent à ce que les centres d'études soient équipés d'ordinateurs, d'imprimantes et de connexions Internet et que le tout soit plus flexible.

Des propositions concrètes et bien connues pour améliorer le système global

À la lumière de ces révélations faites par les acteurs de la FAD en Inde, le bilan de l'étude propose quelques pistes de solution. Parmi celles-ci :

  • Allouer un nombre précis d'apprenants pour chaque tuteur;
  • Diversifier les canaux de communication (courriel, téléphone, poste, etc.);
  • Développer des rencontres obligatoires par téléconférence avec les apprenants pour qu'ils perçoivent mieux leurs responsabilités et leurs engagements;
  • Encourager l'embauche de tuteurs;
  • Fixer un planning de remise de travaux (exemple: un échéancier distribué en début de cours avec une plage de temps de 3 semaines pour remettre chaque travail).

Bien que l'Inde soit fortement investie depuis plusieurs années dans la mise en place de la formation à distance, il reste beaucoup à faire pour que cette dernière apporte des satisfactions à tous les acteurs. Néanmoins, ce constat n'a rien de dramatique et s'apparente beaucoup aux premiers essais de FAD dans les pays du Nord. Améliorer l'organisation générale des parcours, attirer de nouveaux tuteurs et garantir l'accessibilité des équpements sont les facteurs clés pour la pérennité de ce type de pédagogie en Inde, comme partout ailleurs. Au vu du nombre impressionnant de personnes susceptibles d'être intéressées par des parcours de formation à distance, on peut supposer que les autorités éducatives et les entreprises technologiques poursuivront leurs efforts en ce sens.

"Some Reflections on Learner Support for Distance Learners : Feedback from the Field", écrit par Kalpana S Gupte pour le Asian Journal of Distance Education, 13 pages.

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