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Des grandes aventures lointaines à l'action pédagogique et entrepreneuriale

L'école comme territoire d'aventures

Par Virginie Guignard Legros , le 09 juillet 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 10 octobre 2018

Est-ce que l’aventure est un contenu comme nous l’indique la définition classique de wikipédia ?

La définition de wikipédia indique l’aventure comme une suite d’actions formant une histoire ou une exploration de l’inconnu.

“Une aventure (en latin adventura) est une suite de péripéties et de rebondissements, constituant le plus souvent la trame d'une histoire fictive ou réelle ; il peut également s'agir d'un événement fortuit, de caractère singulier ou surprenant, qui concerne une ou plusieurs personne. Milan Kundera définit l'aventure comme une « exploration passionnée de l'inconnu » . L'expérience d'une aventure peut créer une excitation psychologique et physiologique qui peut être interprétée comme négative (par ex. à cause de la peur) ou positive (ex. sensation de se sentir vivant)”.

Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aventure

Si l’aventure est une simple suite de péripétie, pourquoi, une histoire peut-elle être ressentie comme vivante ou morte ?

L’adjectif “ressenti” est la clef de la solution. Et, si l’aventure était de l’ordre du sentiment qui oscille entre passion et candeur ?

“L’objet-aventure, plus qu’un autre, nécessite en effet cette « candeur » retrouvée, dans la mesure où l’aventure est, d’abord, une représentation. Au début du xxe siècle, Georg Simmel - un des premiers à s’interroger sur les modalités de la participation de l’aventure à une « philosophie de la modernité » - avait ainsi suggéré avec force la situation de l’aventure dans le champ des représentations. Est « aventure », d’abord, ce qui est ressenti comme tel : « Si, de deux événements dont les contenus assignables ne sont pas très différents, l’un est ressenti comme “Aventure”, l’autre non, alors c’est cette différence de rapport au tout de notre vie qui fait que cette signification échoit à l’un et qu’elle se refuse à l’autre ».

Une histoire des représentations : l’aventure lointaine dans la France des années 1850-1940 par Sylvain Venayre - Cahiers d’histoire - 2001 - https://journals.openedition.org/chrhc/1856

Pourquoi Youri Gararine est resté froid ou déçu face à à son aventure orbitale de 1961 ?

La notion de sentiment est dans ce cas culturelle. L’aventure est une liberté d’action qui ne peut se ressentir que par rapport à son propre contexte.

“Le 12 avril 1961, le jeune lieutenant Youri Gagarine, embarqué à bord de la capsule Vostok 1, effectua le premier vol orbital autour de la terre en 1 heure 48 minutes. À son retour, il passa au grade de major et, dans une conférence de presse, apporta la confirmation que les directeurs des musées de l’athéisme (égayant la grisaille des républiques soviétiques) attendaient : « Dieu n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré…

Car, à défaut de s’appuyer sur des faits pertinents, la déclaration d’inexistence s’avère en tant que telle riche d’informations. Elle renseigne notamment sur les pensées d’un héros soviétique confronté à l’éventualité de sa fin. Dans cette perspective, le Dieu dont le futur major a signalé la non-rencontre ne pouvait qu’épouser — en creux — les formes de celui donné à imaginer par les popes de Gjatsk, le village natal de Gagarine. On devine un regard à la fois sombre et perçant, environné d’une barbe hirsute bien que du plus bel effet. On comprend alors que le jeune Youri n’ait pas eu de mal à percevoir sa non-présence. On perçoit aussi que sa déclaration se calque sur l’obscurantisme qu’il entend confondre.“

La candeur de Gagarine de Francis Martens - 2010 - http://www.revuenouvelle.be/La-candeur-de-Gagarine

Hier l’aventure était exaltante, individuelle et dangereuse.

“Cela dit, l’unité de l’imaginaire de l’aventure, dans les années 1850-1940, ne relevait pas des seules représentations des espaces lointains. Il charriait également certaines valeurs qui, si elles purent évoluer tout au long de la période, y furent toujours présentes.

La première est l’individualisme. De 1850 à 1940, l’aventure fut impensable sans l’exaltation de l’initiative individuelle. L’étude du discours sur les aventures de guerre, à cet égard, est édifiante. Tout au long de la période, la guerre ne fut perçue comme l’occasion d’aventures que dans le cas où elle laissait un large espace de liberté à l’autonomie de l’individu. Le discours sur l’aventure procédait ainsi de cette exaltation du moi qui était une des conséquences de l’esthétique romantique.

La seconde est la valorisation de la quête du risque mortel. Tout au long des années 1850-1940, le discours sur l’aventure était impensable sans référence à la mort frôlée : la mort, pour le dire comme Jankélévitch, était « le précieux épice de l’aventure ». Le risque mortel était exalté comme le moyen de vivre intensément – et l’une des vertus morales de la vie intense était de permettre de retrouver l’amour de la simplicité de la vie, une fois le danger passé.

CF Une histoire des représentations : l’aventure lointaine dans la France des années 1850-1940 par Sylvain Venayre

Hier encore, l’aventure était spatiale ?

Des espaces éloignés, rêvés loins du quotidien faisaient le cadre de l’aventure.

“Ces espaces lointains se définissaient d’abord par leur éloignement de l’Europe, au point qu’il serait vain de tenter d’en entreprendre une recension précise, même si certains lieux purent parfois revêtir une importance particulière, à l’image du Mexique, visiblement sur-représenté dans le discours français sur l’aventure autour de 1850. Cette condition nécessaire n’était toutefois pas suffisante. L’Europe était avant tout niée en tant qu’elle représentait l’espace de la civilisation. Qu’une civilisation fût reconnue ailleurs, et l’espace qui l’accueillait, à son tour, s’absentait du discours sur l’aventure : c’est ce qui explique le silence sur le Japon, par exemple, dans l’œuvre de Jules Verne ou dans les romans d’aventures publiés par le Journal des Voyages(1877-1915). C’est ce qui explique aussi que l’espace colonial, en tant qu’il était un espace en voie de civilisation, ne fût pas un pôle attractif dans la géographie imaginaire de l’aventure...

Défini fondamentalement par son éloignement de l’Europe et de la civilisation, l’espace de l’aventure était donc d’abord un espace rêvé, un espace entièrement imaginé – et non un espace vécu, représentation produite de l’expérience qu’on aurait pu avoir de sa réalité. Espace lointain, il était un ailleurs défini, en creux, par le rejet des formes de la civilisation. Il était par définition un espace imprécis jusqu’à l’inconnu – que le « blanc de la carte » géographique, in fine, représentait le mieux. Il était du même coup un espace deviné, l’espace le plus exotique, celui que l’on chargeait des représentations les plus éloignées de la réalité quotidienne.”

CF Une histoire des représentations : l’aventure lointaine dans la France des années 1850-1940 par Sylvain Venayre

Aujourd’hui, le cadre de l’aventure s’est déplacé. Il est ancré dans le vécu et le présent.

Les aventuriers ne sont plus de papier, ils sont réels et nous font vivre leur quotidien dans des cadres souvent exotiques ou atypiques, mais bien réels.

“Qui sont les nouveaux explorateurs du XXIème siècle ? Grands reporters, écrivains, photographes, ils immortalisent leur périple à leur façon et revendiquent l’héritage des héros qui ont marqué leur enfance. Petit florilège de ces hommes et ces femmes libres qui ont tous en commun l’envie de partager la beauté du monde…”.

Les nouveaux explorateurs du XXIème siècle : Découvrez 5 passeurs de rêves de 2018 de François - 2018 - https://www.unmondedaventures.fr

“Pour retrouver le sens pur de l’aventure, il faut revenir à l’essentiel et nous débarrasser de tout ce qui nous encombre aujourd’hui. Revenir à des plaisirs simples, comme celui de conduire une moto basique, se diriger avec une carte routière, payer avec des espèces sonnantes et trébuchantes, partager le gîte et le couvert avec des amis de rencontre ou des compagnons de fortune, inventer sa route au fil des changements de destinations impromptus. Errer, se perdre et se retrouver. Si l’aventure est une « découverte passionnée de l’inconnu », c’est aussi l’occasion de retrouvailles chaleureuses avec ses amis, mais surtout avec soi-même. Mesurer le chemin parcouru pour aller de soi à soi. Tout un programme”.

L’aventure, est-ce encore l’aventure? Ou s’agit-il d’un concept désormais vide de sens? par Didier Constant - 2016 - http://motoplus.ca

L’aventure d’aujourd’hui est devenue sédentaire et a musclé nos cerveaux.

Plus besoin de parcourir le monde ou les champs. d’abord le livre, puis Internet ont bouleversé notre rapport à l’aventure. Renforcée par la télévision, puis les jeux vidéo, la notion d’aventure statique est devenue naturelle. L’aventure est devenue synonyme d’évasion intellectuelle et elle a fait de nous des surhommes.

“Le résultat, communiqué mardi par l'UNIGE, est sans appel: les personnes jouant à des jeux vidéo d’action ont vu leurs capacités cognitives augmenter d’un tiers d’écart-type par rapport au groupe de contrôle. "Ces recherches, effectuées sur plusieurs années et partout dans le monde, prouvent le réel effet des jeux vidéo d'action sur le cerveau et ouvrent la voie à leur utilisation comme développeurs de capacités cognitives", résume Benoît Bediou, chercheur à la Section de psychologie de l’UNIGE”.

Les jeux vidéo d’action développent les capacités cognitives du cerveau - 2017 -  https://www.rts.ch

L’aventure de demain sera innovante et suivra la vague disruptive.

L’aventure de demain sera pédagogique.

“L'innovation met aussi en jeu une forme de pensée qui invite à la transgression aventureuse, nommée rationalité créative. Or réhabiliter cette dernière dans le système éducatif constitue un enjeu qui est loin d'être mince. Il oblige en effet à revenir sur la tradition métaphysique occidentale qui a disqualifié ce type de pensée au profit de la rationalité analytique. Intégrer la rationalité créative contraint l'enseignant à inventer une pédagogie qui considère le savoir non comme l'objet d'une duplication, mais comme l'élément d'une traversée demandant à l'étudiant de mettre en mouvement ses certitudes et de les transformer.

Cette pédagogie, qui peut être qualifiée de « pédagogie de l'aventure», rompt avec la conception de l'école comme lieu où il faut se conformer à des règles, au profit d'une représentation de l'école comme territoire d'aventure. Elle milite, ce faisant, pour l'indiscipline des élèves et des enseignements”.

Vers une pédagogie de l'aventure, de Joëlle Forest dans mensuel 531 - 2018 - http://www.larecherche.fr/

Le mot d’ordre déplacer l’aventure du rêve vers l’entrepreneuriat.

Et si les jeunes nourris aux aventures des jeux vidéos voulaient entrer dans la réalité avec leur deux pieds par l’entrepreneuriat ?

#1 Trouvez vos rêves et exprimez-les !

« Certains d’entre vous ont des rêves conscients, mais d'autres ne savent pas qu’ils en ont. La première chose à faire, c’est de chercher quels sont vos rêves. Une fois que vous les avez trouvés, exprimez-les ! Si vous avez plusieurs rêves, mettez-les en ordre de marche pour qu’ils deviennent une ligne de conduite à transformer en actions et en résultat. »

#2 Transformez vos faiblesses en force

« Même si vous avez des rêves, chacun à ses forces et faiblesses. Transformez ces dernières en force. Par exemple, si vous hésitez à monter votre entreprise à cause de votre âge, trop haut ou trop bas, sachez que chaque âge a ses avantages et handicaps. La diversité et l’intergénérationnel seront source d’idées nouvelles et de compétences conjuguées. »

#3 Adoptez une vision à long terme

« Posez-vous la question de savoir quelle est votre ambition. Voulez-vous transmettre votre business à vos petits enfants ou vendre votre start-up dans les quatre ans ? Voulez-vous changer le monde ? Il faut se poser ces question pour visualiser son ambition et pouvoir poser les fondamentaux justes : en fonction de la nature de votre projet vous n’irez pas communiquer, vous entourer et vous financer de la même façon. »”

Comment passer du rêve à l'aventure entrepreneuriale par F. Clavel - 2017 - https://business.lesechos.fr

Le «tirez sur les arquebuses» d’hier remplacé par l’aventure entrepreneuriale. L’aventure sera au quotidien avec les frissons, les réussites, les échecs et sans doute des changements sociaux à venir pour amortir les chutes de nos aventuriers du futur.

Illustration : Pixabay Free-Photos
 

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