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La collaboration virtuelle dans les organisations - Thèse de Camille Imhoff

Les réseaux sociaux d'entreprise un renouvellement du capitalisme ?

Par Denis Cristol , le 30 septembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 17 novembre 2018

La thèse «La collaboration dans les organisations à partir des communautés virtuelles sur le réseau social d’entreprise : rapports sociaux et modes de régulation émergents : continuités, contradictions et/ou ruptures» de  Camille Imhoff -  interroge l’idéal collaboratif au sein de l'entreprise traditionnelle.

L'émergence des réseaux sociax d'entreprises

Dans un premier temps, elle brosse l’émergence du réseau social d’entreprise dans le contexte des transformations sociales, culturelles et organisationnelles. Elle souligne l’opportunité et les prétentions disruptives du réseau social d’entreprise au moment de la «révolution numérique».

La plateforme de réseau social d’entreprise désigne la mise en place par l’entreprise d’un réseau social spécifique à l’entreprise et dont l’usage est interne, visant à développer la communication interne à l'entreprise.  

La thèse passe en revue la littérature de conseil et les chiffres clés du réseau social d’entreprise tout en spécifiant les enjeux du réseau social pour l’entreprise et les limites de l’appropriation des outils de réseau social en contexte organisationnel, de même que le retour sur les transformations sociales et culturelles. La question du déterminisme technologique  est évoquée dans une société de l’information et de la communication.

Le réseau pourrait bien être un nouveau paradigme en émergence. À tel point qu’il est possible d’évoquer un idéal « d’organisation collaborative ». Cet idéal de  «l'entreprise en réseau », et de la transformations de l’organisation du travail participerait d’une évolution de la coordination prescrite à la collaboration volontaire. Cette transformation s’accompagnerait par des transformations du management et de nouvelles stratégies de mobilisation, voire à un niveau macro d’un renouveau des formes anthropologiques et sociales comme condition de possibilité de l’idéal collaboratif.

La thèse ne fait pas l’économie d’un retour sur les notions de communauté et de société, catégories fondamentales de la sociologie pour comprendre les nouvelles formes de lien social avec ses définitions croisées de la communauté et de la société et un effort de compréhension axiologique des formes sociales.

La société en réseau serait également sujette aux écueils de la société moderne et imposerait de repenser le « social » dans une dichotomie  : holisme versus individualisme. C’est toute une anthropologie relationnelle de l’être, de l’individu et de la personne qui est repensée. Le lien social au coeur de la société contemporaine oscillerait  entre nouveaux collectifs et nouvelles communautés de travail et les technologies numériques jouerait un rôle important dans l’émergence des nouvelles formes sociales. Mais peut-on vraiment parler de « communauté virtuelle » ?

Des tribus d'un  nouveau genre

Dans une deuxième temps, la thèse examine les  formes sociales permises par le réseau social d’entreprise, en particulier la catégorie de communauté virtuelle

Tout d’abord la mise en place et les ambitions du réseau social d’entreprise sont rappelés. Le constat de l’ambiguë du réseau social d’entreprise est posé entre un choix organisationnel dont le succès repose sur l’initiative des acteurs : entre expérimentation et accompagnement institutionnel. La description des fonctionnalités générales du réseau social d’entreprise, le comment le réseau social d’entreprise s’inscrit dans le paysage des différents outils déjà existants, les rapports entre le virtuel et le présentiel avec le réseau social d’entreprise, la caractérisation des membres sur le réseau social d’entreprise : vers une démocratisation des organisations, les trois modes d’accès aux communautés en ligne : ouvert, privé et réservé, la typologie des acteurs sur le réseau social d’entreprise sont présentés.

Les rôles décalés entre les sponsors et les membres actifs sur le réseau social d’entreprise sont constatés avec promotion par le haut versus participation par le bas. Les communautés en ligne comme pratiques et formes sociales sur le réseau social d’entreprise sont caractérisées, de même que les différents groupes sociaux dans les organisations. La dimension professionnelle des communautés en ligne est revendiquée. Les observations révèlent des typologie des communautés professionnelles sur le réseau social d’entreprise ainsi que des critères de ressemblance et de différence, des spécificité et/ou prolongement du groupe de type communauté virtuelle par rapport au groupe organisé. La question demeure de savoir si la « communauté virtuelle » est une catégorie descriptive ou normative?

Comment on gère ?

Dans un troisième temps la thèse décrit la typologie des modes de régulation des communautés virtuelles sur le réseau social d’entreprise : de l’animation à la participation. La nature de la régulation est remémorée ainsi que le rôle émergent d’animateur, gestionnaire de communauté virtuelle.  Il n’existe pas de rôle univoque, mais différents profils, statuts, rôles et droits selon les communautés.

Le community manager, pourrait être un rôle de transition vers l’organisation collaborative, aidant à l’autonomisation et l’auto-organisation des acteurs. Sa première action réside dans l’impulsion première, donner vie et définir un espace commun, puis d’encourager et développer la vie de la communauté comme espace communicationnel. L’animation de communauté, apparaît comme une nouvelle fonction dans l’accompagnement du changement et le développement des compétences comportementales.

Le community manager dispose d’un rôle stratégique dans la gestion de la production commune et la promotion de « bonnes pratiques ». Il s’appuie sur des talents de communiquant et des stratégies de marketing interne pour faire le buzz. En entreprise, le réseau social d’entreprise peut aussi se comprendre comme un dispositif de production par la socialisation ou comme un moyen de gestion des connaissances (knowledge management) : dispositif de capitalisation des connaissances et nouvelles formes de rationalisation. L’animation de communauté virtuelle urait une influence sur les modes de management : entre crise du management et innovation managériale. Dans tous les cas, cette animation oscille entre idéal émancipatoire aux nouvelles formes de pouvoir : autocontrôle et dispositif de surveillance, même si en tant qu’espace de liberté elle s’appuie sur une charte d’utilisation minimaliste. Le plus souvent les « bonnes pratiques » sont des normes implicites, induisant l’absence de contrôle et l’apparition d’un autocontrôle. A moins que les réseaux ne profilent de  nouveaux dispositifs de surveillance

Une nouvelle mutation du capitalisme ?

Le quatrième et dernier temps de la thèse interroge le collaboratif, comme idéal ou reconfiguration du capitalisme. La question se pose car le réseau social d’entreprise est une mise en visibilité des contradictions de l’organisation collaborative : entre ouverture des possibles et poursuite des logiques gestionnaires. Dans le même temps coexistent des prétentions de rupture et un risque d’exacerbation d’anciens paradigmes.

Des dérives sont aussi observées et des ambivalences comme collaboration et/ou promotion de soi, ou bien la part de subversion et/ou poursuite d’un modèle par d’autres moyens. La question de l’évolution d’un néocapitalisme comme source de transformation de la grande entreprise aide à  comprendre l’avènement du modèle et des dispositifs collaboratifs.

L’histoire du capitalisme et de la grande entreprise s’explique aussi par les transformations du rapport salarial. La forme « réseau » s’inscrit bien dans l’idéologie néocapitaliste et les formes d’exploitation d’un capital immatériel. Ce néocapitalisme est marqué par les formes d’aliénation ou de rationalisation de la subjectivité, avec un développement des compétences personnelles et une normalisation des conduites.

La « révolution numérique » joue un rôle dans le déplacement de l’idéologie du capitalisme en réseau : de la critique artiste à la critique sociale. De nouvelles logiques d’exploitation dans l'entreprise numérisée avec de nouvelles formes de  socialisations et une invisibilisation de la production.  Les nouvelles formes d’aliénation dans l'entreprise numérisée sont une rationalisation de la socialité. In fine les réseaux d’entreprise permettent un renouveau de la critique sociale : une approche compréhensive de la technologie comme pensée de la transformation sociale

Source

La collaboration dans les organisations à partir des communautés virtuelles sur le réseau social d’entreprise : rapports sociaux et modes de régulation émergents : continuités, contradictions et/ou ruptures» -  Camille Imhoff
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01829846

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