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Publié le 07 juin 2020 Mis à jour le 09 juin 2020

Comment attiser la curiosité et convaincre les climato-sceptiques

Expliquer simplement que le réchauffement de la planète est réel en Afrique et ailleurs.

Pic by Neil Palmer (CIAT) @Flickr

En novembre 2009, l'affaire du Climategate, ces courriels interceptés par une poignée de pirates climatosceptiques sur le compte du climatologue Phil Jones, éclatait officiellement. C'était l'apogée d'un combat entre la grande majorité des scientifiques spécialisés dans les questions du climat, qui sont d'accord pour admettre que la Terre se réchauffe, et les climatosceptiques qui n'y croient pas. Pire encore, les chercheurs de l'Université de Yale ont récemment découvert que 40 pour cent des adultes dans le monde n'ont jamais entendu parler du changement climatique.

 Dans certains pays en développement, comme l'Inde, ce chiffre grimpe à 65%. Même en Afrique, le continent le plus affecté par les changements climatiques, on retrouve un très grand nombre de personnes qui n’y croient pas du tout[1]. D’autres[2] cependant reconnaissent l’existence d’une menace climatique globale, mais se refusent à adopter des pratiques environnementales durables. Pourquoi ? Voici le discours généralement tenu :

« Les Africains ne sont point responsables du réchauffement climatique mais des victimes... Les pays les plus développés sont les plus grands pollueurs de la planète… Donc, on ne peut développer rapidement le secteur industriel, pilier de l’économie, avec les énergies renouvelables. Vouloir se développer à travers les énergies renouvelables sera plus lent et couteux. Nous n’avons pas d’autre choix que d’user des mêmes pratiques que ces pays pollueurs. Ils ne peuvent pas continuer à polluer et nous demander de préserver l’environnement… »[3].

Évidemment, il ne s’agit là que d’un condensé des discours dominants que vous entendrez au sein de l’agora d’Afrique francophone. Néanmoins, ce discours n’est point représentatif de l’ensemble des jeunes africains. Il existe de nombreux jeunes entrepreneurs sociaux africains qui luttent activement et de manière innovante contre le changement climatique. Ces derniers ont non seulement, pleinement compris les effets du changement climatique sur l’environnement économique, écologique et humain, mais ont décidé d’agir pour en limiter les conséquences.

Cet article est principalement destiné au premier groupe, ces personnes ignorantes ou conscientes des effets du changement climatique, mais qui décident délibérément de l’ignorer pour des raisons d’ordre économique ou capitalistique. Voici donc quelques astuces pour convaincre ces climato-sceptiques africains de cette menace réelle qu’est le réchauffement climatique.

Approche personnelle

  • Adoptez une approche personnelle voire émotionnelle pour mieux communiquer vos préoccupations.

  • Beaucoup d'entre nous sautent en mode débat lorsqu’ils discutent des changements climatiques. Nous pensons que nous devons présenter toutes nos meilleures preuves ou statistiques. Par exemple, je vous recommanderai d’éviter des phrases du genre :

    • L’inondation est la catastrophe la plus courante en Afrique du Nord. En 2001, 800 morts ont été enregistré dans le Nord de l’Algérie, provoquant aussi une perte économique d’environ 400 millions de dollars (AWDR, 2006).
    • Entre juillet 2011 et la mi-2012, une sécheresse intense considérée comme « la pire sécheresse depuis 60 ans » a touché l’ensemble de l’Afrique de l’Est.
    • Des économies entières souffrent lorsque les niveaux d’eau des énormes fleuves africains diminuent. Le Ghana, par exemple, est devenu totalement dépendant de l’énergie hydroélectrique du barrage d’Akosombo sur le fleuve Volta. Au Nigéria, la moitié de la population est privée d’accès à l’eau propre.
    • L’Afrique de l’Est fait face à la pire crise alimentaire du XXIème siècle. D’après Oxfam, les faibles précipitations ont entrainé une considérable insuffisance alimentaire affectant 12 millions de personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie.

    Ces données, quoique probantes n’auront qu’un faible effet sur le comportement d’un individu lambda. La forme d’expression du message n’est point idéale, et ce, pour plus de la moitié de la population africaine au regard du niveau moyen d’éducation. Seul l’élite intellectuelle peut pleinement comprendre ce message. Je n’évoquerai point la barrière linguistique de ces messages de sensibilisation très majoritairement diffusés en langues internationales (français, anglais…) auprès d’une population plus ancrée dans les langues locales. Que faire alors ?

  • Le plus important est de raconter une histoire et non d’invoquer des statistiques…

  • Ils peuvent contester vos faits, mais ils ne peuvent pas contester votre histoire et vos sentiments. Si vous voulez démontrer l’impact des changements climatiques sur la santé et susciter un changement de comportement, vous pouvez identifier une histoire réelle ou locale que vous raconterez dans un style personnel puis faire la connexion avec leurs comportements environnementaux. Par exemple, racontez à votre interlocuteur comment les parents de votre ami ont perdu leur maison à cause des feux de forêt[4]. Connaissent-ils quelqu'un qui a été touché par les incendies ? Une inondation ? La famine ?

  • Employer le jargon ou les langues locales pour une rapide appropriation du message.

  • On ne le dira jamais assez, communiquer dans les langues locales[5] est plus efficace pour atteindre les communautés rurales, et urbaines. De lourds budgets sont investis chaque année pour la lutte contre le changement climatique, mais nombreux échouent à ce niveau, pourtant critique, pour une meilleure appropriation du message.

  • Créer des contenus vidéos pour mobile.

  • Ces vidéos pour mobiles pourraient, de préférence, être courtes et amusantes, pour faciliter un meilleur engagement. Elles doivent par ailleurs impliquer des personnages qui reflète l’environnement socioculturel de la cible ou communauté ciblée.

  • Faites appel à leurs valeurs fondamentales - pas aux vôtres.

  • "Les libéraux ont tendance à soutenir des valeurs comme l'égalité, l'équité, les soins et la protection plus que les conservateurs ", explique Robb Willer, professeur de sociologie à l'Université Stanford, dans un TED Talk. "Et les conservateurs ont tendance à soutenir des valeurs comme la loyauté, le patriotisme, le respect de l'autorité et la pureté plus que les libéraux." Connaissez vous les valeurs dominantes de votre interlocuteur ? Si c’est le cas, vous pourrez mieux choisir vos arguments.

  • Encouragez les actes respectueux du climat qui correspondent à ce qui est le plus important pour eux.

  • Tout le monde - même les plus grands climatosceptiques- connait des personnes, lieux ou passe-temps dont ils se soucient profondément. Montrez à vos interlocuteurs des façons simples par lesquelles l'adoption de comportements favorables à l'environnement pourrait correspondre à ses passions.

    • Sont-ils économes ? Mentionnez que le choix d'options vertes comme les fours à charbon pourrait leur faire économiser beaucoup d'argent.
    • Soucieux de leurs enfants ? En soutenant les efforts de prévention de l'érosion côtière, leurs enfants pourront un jour emmener leurs enfants sur les plages qu'ils aiment.
    • Soucieux de la santé ? Ils ont de meilleures chances de vivre plus longtemps s'ils réduisent leur consommation de viande.
    • Soucieux de la paix ? Montrez-leur comment la majorité des conflits en Afrique ont souvent pour origine l’utilisation de ressources naturelles, de terres fertiles et d’eau[6].

Voilà ! Il s’agit là de quelques astuces que nous voulions partager pour rendre la communication sur le réchauffement climatique, plus efficace et efficiente en Afrique. Evidemment, de meilleures stratégies de sensibilisation plus innovantes et inclusives doivent être promues. Afrin que le changement climatique cesse d’être un des sujets tabous comme  le sexe, la politique et la religion, déclare Anthony Leiserowitz, directeur du Yale Program on Climate Change Communication

Notes et références


[1] Christian Elongué, ‘Comment répondre de façon constructive et effective aux climato-sceptiques ?’, Thot Cursus, accessed 2 Novembre 2018
https://cursus.edu/articles/41847/comment-repondre-de-facon-constructive-et-effective-aux-climato-sceptiques

[2] Bien que les données statistiques n’existent point jusqu’à présent, il suffit de se rendre dans les lieux de rassemblement public comme le marché, au stade, dans les églises ou même à l’école pour se rendre rapidement compte que très peu connaissent ou croient même à l’existence d’une menace climatique sur la planète.

[3] Évidemment, il ne s’agit là que de la compilation de différents discours populaires que nous avons pu recenser sur le changement climatique.

[4] Les sécheresses, les vagues de chaleur et les incendies de forêt exposent les personnes âgées à un danger physique, voire au décès. La famine, la malnutrition, les maladies diarrhéiques et les inondations font de nombreuses victimes parmi les enfants.

 [5] Christian Elongué, ‘La visibilité internationale des langues africaines’, Thot Cursus, accessed 1 Novembre 2018, https://cursus.edu/articles/42125/la-visibilite-internationale-des-langues-africaines

[6] Selon les Nations Unies, l’accès à l’eau pourrait constituer la principale cause de conflits et de guerres en Afrique au cours des 25 prochaines années. De telles guerres séviront très probablement dans les pays devant se partager des fleuves et des lacs. 


Mots-clés: Afrique Subsaharienne Changements Climatiques Changement De Comportement Climatosceptique sècheresse climatologue emails phil jones

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