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Gouverner ses études avec un coach

Orienter les jeunes, rassurer les parents.

Par Virginie Guignard Legros , le 26 novembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 25 janvier 2019

Image Pixabay

Qu’est-ce que je vais faire comme métier ? Mon fils a choisi un métier, mais je ne suis pas certaine que cela va lui convenir...

Orienter les jeunes

En France, la décision a été prise de transférer les compétences des centres d’orientation professionnelle vers les écoles.

“Le premier volet vise à élargir les missions des régions en matière d'orientation. C'est clair depuis février et l'annonce de la réforme de l'apprentissage.

La nouveauté, c'est le projet de loi qui en découle : il prévoit de transférer les directions régionales de l'Office national d'information sur les enseignements et les professions (Onisep) aux régions. Près de 300 fonctionnaires de cet opérateur rattaché au ministère de l'Education sont concernés. Ils auraient deux ans pour exercer leur « droit d'option " et éventuellement rejoindre la fonction publique territoriale”.

Source : Le gouvernement va fermer 450 centres d'information et d'orientation par Marie-Christine Corbier 2018
https://www.lesechos.fr/05/04/2018/lesechos.fr/0301525338628_le-gouvernement-va-fermer-450-centres-d-information-et-d-orientation.htm

Transférer des compétences, ce n’est pas toujours créer des postes. C’est surtout faire intervenir le personnel encadrant existant en lui attribuant de nouvelles tâches ou sous-traiter la tâche à des professionnels extérieurs.

“Cette réforme est à rattacher à celle du lycée. Dans les projets d'arrêtés qui seront présentés la semaine prochaine et que « Les Echos " se sont procurés, 54 heures annuelles sont dédiées à l'orientation. Elles permettront « l'intervention des professeurs de la classe, des professeurs documentalistes, des psychologues de l'Education nationale et des personnes et organismes invités par l'établissement ou mandatés par le conseil régional ». Un chef d'entreprise pourra ainsi être mandaté pour intervenir dans un lycée”.

CF : Le gouvernement va fermer 450 centres d'information et d'orientation par Marie-Christine Corbier

La première raison qui vient en tête pour justifier ces choix sont les économies de moyens, le transfert des coûts d’une administration à l’autre. Une deuxième raison est d’avoir un service scolaire clef en main pour l’état qui doit gérer un écosystème d’éducation.

Est-ce que l’on peut gérer l’école comme une entreprise ? Dans le livre du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley certainement, mais, nos enfants ne sont ni des Kens ou des Barbies idéaux et interchangeables que l’on élève et éduque en série. À l’heure où les communautés de parents parlent d’individuation et de développement personnel pour l’enfant, cela semble dissonant.

Et, n’y a-t-il pas dans cette démarche un mélange des tâches et des pouvoirs ? Est-ce si logique ?

“L’école n’a pas à évaluer les enfants.

Ce n’est pas une entreprise et les enfants ne sont pas des retours sur investissements ! Ce travers grave de pensée ne veut pas affronter ses résultats désastreux. D’heureux concours de circonstances ont permis que l’exact inverse – une école sans évaluation – a pu prouver des résultats tout à fait convaincants. Comme il est précisément dit : il n’y a plus d’excuses à ne pas changer d’école”.

Source : L’école n’a pas à évaluer les enfants - 2016
http://www.imagiter.fr/2016/11/l-ecole-n-a-pas-a-evaluer-les-enfants.html

Même si on prend le principe de rentabilité de l’école, puisque les contextes politiques globaux penchent plus vers le capitalisme, est-ce que dans un chaîne de production, c’est la même personne qui produit, qui contrôle la qualité et qui décide de la mise en vente d’un produit ? Ce n'est pas le cas, ces tâches sont réparties entre plusieurs personnes, non sans raisons bien légitimes de compétences et de séparation des décisions. Dans le cas inverse, tout irait bien officiellement dans ce justement «Meilleurs des Mondes» et la plupart des entreprises mettraient la clé sous la porte. Alors pourquoi accepter ce processus pour l’école ?

La première raison qui vient en tête de certains parents est que c’est bien d’avoir un service scolaire clef en main : école + éducation + orientation

Le rôle de l’école dans l’orientation est indispensable mais doit évoluer. Selon une étude menée auprès d’un échantillon de 544 parents par l’APEL et OpinionWay, le rôle de l’école est aujourd’hui très controversé. En voici un extrait choisi et je vous mets le lien en fin d’article si vous souhaitez y avoir accès dans sa totalité.

“UNE LARGE MAJORITÉ DE PARENTS (69 %) DÉCLARE AVOIR UNE BONNE COMPRÉHENSION DU RÔLE DE L’ÉCOLE DANS L’ORIENTATION

Une école dont la vocation première est de transmettre des connaissances et des savoirs fondamentaux, mais aussi d’éduquer au savoir-vivre et au savoir-être. Un sondage Apel-OpinionWay, réalisé en partenariat avec le quotidien La Croix. Si la transmission des connaissances et des savoirs fondamentaux reste une priorité essentielle pour 50 % des parents, 38 % souhaiteraient que l’école aide les enfants à acquérir des compétences essentielles à leur vie professionnelle future. Cet élément ne caractérise l’école d’aujourd’hui que pour 23 % d’entre eux. Ces compétences, ainsi que l’acquisition de méthodes de travail, leur semblaient mieux développées lorsqu’ils étaient eux-mêmes scolarisés”.

Source : Le rôle de l’école dans l’orientation - 2018
http://bestfutur.com/lecole-dans-lorientation/

C’est une délégation de pouvoir, une carte blanche que certains donnent à l’école pour s’occuper de leur rejetons. Est-ce que cela marche vraiment comme cela?

Mais est-ce que cette délégation est pertinente au regard des jeunes  ?

Apparement non. Les parents sont et restent importants dans les choix des ¾ des enfants. Les délégués à l’orientation donnent un éventail de choix et la décision finale se fait en famille.

“Selon une enquête réalisée en mai 2018 par Harris interactive sur un échantillon de 1 000 étudiants dans l’enseignement supérieur en France, âgés de 18 ans et plus, les parents sont les prescripteurs les plus influents au moment de l’orientation.

Que ce soit pour leur orientation au lycée ou pour leur choix de filière dans l’enseignement supérieur, les étudiants estiment avoir été positivement influencés par la génération précédente et les parents ont joué un rôle déterminant sur leur choix final :

  • 74% des jeunes estiment avoir pris en considération les échanges avec leurs parents.
  • 40% environ estiment que les avis des autres membres de la famille pèsent aussi pour le choix post-bac.
  • En revanche, les conseillers d’orientation de leur lycée ne sont jugés influents que par 2 étudiants sur 10.

Certains d’entre vous ont conscience de leur influence potentielle et ont parfois peur de trop influencer leur enfant. Pourtant, pour s’orienter, un jeune a besoin d’être soutenu, d’avoir des informations, de pouvoir échanger sur ces interrogations”.

Source : Parents : 74% des jeunes comptent sur vous pour trouver leur voie… - 2018
http://bestfutur.com/parents-jeunes-trouver-voie/

L’orientation est-elle une décision familiale ou scolaire, voire étatique ?

« Quel type d'information va être donné ? s'inquiète Frédérique Rolet, du SNES-FSU. Imaginez un passionné d'éoliennes qui voudrait que les élèves se lancent dans ces métiers... »« Les régions ne vont pas décider que tel jeune doit aller à tel endroit, rassure-t-on au ministère. La décision de l'orientation restera de la compétence de l'Education nationale, après avis du conseil de classe. "

CF : Le gouvernement va fermer 450 centres d'information et d'orientation par Marie-Christine Corbier

Il y a d’un  côté, le choix de l’élève est un facteur essentiel et de l’autre l’état français en l’occurrence qui délègue la décision au conseil de classe. Que le conseil de classe valide et oriente à la fois sans que l’élève soit ni présent, ni consulté directement par cet organe est une chose. Mais, que cet organe décide de l’orientation de vie d’un individu est est une autre. Cela est un sujet à débat.

“Durant l’année scolaire 2017-2018, nos organisations n’ont cessé de dénoncer la loi relative « à l’orientation et à la réussite des étudiants » (ORE) qui met en place le dispositif d’affectation post-bac Parcoursup et généralise la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur. À quelques jours de la clôture de la procédure, il est manifeste que Parcoursup a plongé dans le désarroi des centaines de milliers de jeunes et fait pire que le système antérieur, le très décrié Admission post-bac (APB). En juin, nous écrivions : « Nos organisations soutiennent l’ensemble des bacheliers et de leurs familles qui revendiquent le droit à la poursuite d’étude dans une filière correspondant à leurs choix et à leurs aspirations. Elles affirment la nécessité d’un plan d’urgence pour l’enseignement supérieur qui mette en adéquation les places disponibles et le nombre de bacheliers et d’étudiants en demande de réorientation. »”

Source : La tribune: Parcoursup : pour l’abrogation de la loi ORE
Tribune par un collectif, Libération, 19 septembre 2018 par PSC - 2018
http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article8413

L’expérience de répartition informatique et donc non personnalisée d’admission des étudiants dans les universités est de nature similaire à celui du conseil de classe roi. Cela souleve des points fondamentaux relatifs à la liberté de choix de l’étudiant. Dans beaucoup de cas, les étudiant ne peuvent plus se battre pour leur premier choix qui est leur choix de vie et se voient attribué un second ou troisième choix qui les mets face à un «no futur» existentiel. Et, pour ceux qui n’ont pas d’attribution, n’en parlons même pas.

Peut-être finiront-ils sur le divan des psychologues ou s’orienteront-ils vers les coachs ?

“L’Académie de Paris compte à son actif plus de 659,000 élèves et 1,143 établissements scolaires. Parmi tous ces étudiants, nombreux sont ceux qui doutent sur leur avenir scolaire et professionnel et qui hésitent sur la voie à suivre.

Parfois, certains se lancent dans des formations inadaptées et perdent ainsi de précieuses années ! Pour éviter un décrochage scolaire ou une réorientation, il est tout à fait possible de profiter des conseils avisés de spécialistes de l’orientation scolaire, et ce de l’école primaire jusqu’à l’université.”

Source : Etudiants parisiens : comment faire pour s’orienter ? de Aurélie - 2017
https://www.superprof.fr/blog/choix-de-ses-etudes-metropole-parisienne/

Sans compter ceux qui redoubleront ou changeront de voie car le système humain, administratif et technique se sera trompé. C’est bien là, que l’angoisse des parents entre en jeux. Et, si mon enfant était mal orienté ? C’est une angoisse de toujours, mais qui semble être gérée différemment depuis quelques années par l’intervention de nouveaux professionnels de l’orientation issus du coaching professionnel.

“Des coachs pour tous les besoins

“Alors, qu'est-ce que le coaching scolaire? Selon le site Apprendre à apprendre, il s'agit de l'accompagnement d'un élève volontaire sur une période déterminée. Il y a différents types de coaching. Il peut être une simple aide aux devoirs ou à l'étude d'une matière. Il peut aussi servir à motiver l'élève dans la poursuite de ses études ou, dans certains cas, l'aider à mieux s'organiser s'il n'arrive pas à travailler convenablement à la maison.

Enfin, il y a le coaching d'orientation qui prend une place de plus en plus importante, particulièrement en France où beaucoup d'adultes sont désemparés devant l'APB (admission post-bac). Ne comprenant plus le système d'études supérieures français, nombre de parents se tournent vers des coachs qui peuvent déterminer le chemin le plus approprié pour leur enfant. Une tendance à la hausse avec une pénurie d'orienteurs scolaires qui sont souvent débordés, car trop peu nombreux pour traiter un volume de dossiers de plus en plus complexes.

Et il n'y a pas que les adolescents qui bénéficient du coaching d'orientation. En 2012, des universités comme Paris XIII ou la Sorbonne ont proposé à leurs étudiants des services du genre, voyant que de plus en plus les nouvelles cohortes de finissants avaient des difficultés à se trouver – malgré leur diplôme – une place sur le marché du travail. Ils ont donc créé des réseaux d'anciens qui permettent de donner des pistes de solution et des conseils pour éviter de longues périodes sans emploi”.

Source : Le coaching scolaire, une profession en pleine expansion par Alexandre Roberge - 2014
https://cursus.edu/articles/33172/le-coaching-scolaire-une-profession-en-pleine-expansion

Les coachs d’orientation privés

Alors les étudiants et leur parents s’orientent maintenant vers des coachs privés qu’ils rémunèrent afin d’être assurés et rassuré face à un avenir toujours de plus en plus incertain.

« Qu'est-ce que je vais faire plus tard ? » La question, vieille comme la jeunesse, est un puits d'angoisses pour les lycéens. C'est aussi une généreuse source de revenus pour ces coachs et conseillers privés qui promettent aux élèves non plus seulement des idées de métiers, mais des vérités sur eux-mêmes, à travers de très à la mode bilans d'orientation. C'est d'ailleurs devant le stand de « conseil » que les files des jeunes et de leurs parents sont les plus longues, dans les salons de l'orientation qui font en ce moment le plein.”

Source : Coach d'orientation, la course à la réussite : méthodes, coûts et avantages - 2016 - http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/coach-d-orientation-les-methodes-couts-et-avantages.html

Avec la complexité de notre monde, les métiers d'hier qui disparaissent, les métiers nouveaux qui frémissent mais dont ne connaît pas encore le nom. Et, ces jeunes qui soit ne savent pas se projeter dans l’avenir et donc dans un métier ou qui veulent tous faire le même métier. C’est à la fois inquiétant et stressant pour les étudiants et doublement inquiétant pour leurs parents.

“Des méthodes et des tarifs très personnels

Alexandre de Lamazière, ancien financier reconverti dans le business scolaire, assure que les bilans à plus de 600 € proposés par son entreprise, l'Odiep, sont de plus en plus demandés. « Le marché est en plein essor. Les familles nous contactent pour minimiser le risque d'échec de leurs enfants. » Selon lui, les conseillers sont sollicités de plus en plus tôt dans l'année et dans la scolarité de l'élève, dès la classe de 1re, voire en 2de”

Source : Études : vite, un coach pour bien m'orienter ! - 2016
http://www.leparisien.fr/societe/etudes-vite-un-coach-pour-bien-m-orienter-10-01-2016-5436863.php

Être bien orienté aura un coût. L’orientation professionnelle gratuite pour tous avant se sépare en deux branches avec d’un côté ceux qui font confiance à l’État et à ses infrastructures et de l’autre ceux qui préfèrent se prendre en main hors du cadre scolaire volontairement ou involontairement en cas d'échec scolaire. D’un côté aussi ceux qui ne payent pas le service et de l’autre ceux qui vont le payer assez cher. Va-t.on vers une société à deux vitesse ?

Est-ce un sujet tabou ? Très peu d’articles de fond sont écrits sur le sujet alors que des dizaines de sites internet de coachs divers et variés fleurissent.

Qui peut devenir coach d’orientation ?

En fait la profession n’est pas régulée. Cela peut-être des coachs pour adultes qui suivent des spécialisations ad hoc. Ou des professionnels de l’encadrement des enfants qui se reconvertissent sur le tas. Comme c’est une démarche commerciale, ils se doivent d’être bons, efficace et à l’écoute pour percer dans leur profession.

“C’est un métier passionnant, et gratifiant, mais c’est également un grand investissement. Une grande responsabilité. Accompagner des adolescents demande beaucoup d’écoute, de présence et de patience. Les jeunes bien souvent ne sont pas habitués à cet exercice et peuvent être en position d’attente. Attente de conseils, de réponses... Le coach doit en permanence veiller à sa posture et faire preuve d’imagination, de créativité, d’improvisation. Cela demande une grande dose d’énergie.

Tout ne roule pas pas comme sur des roulettes ! De nombreux d’éléments interviennent et peuvent modifier, l’entrain, l’envie du coaché au moment de la séance. Il arrive que l’on consacre une séance sur un sujet tout à fait inattendu !

À mes yeux, pour disposer de cette énergie, un grand intérêt pour le public jeune, et une envie forte d’être présent à leur cotés sont incontournables”.

Source : Devenir coach scolaire, comment faire ? - 2018
https://expatvalue.com/expat-et-carriere/coach-scolaire/

Faut-il être indulgent face à cette nouvelle profession surtout lors que son élève ou enfant entrera sur le marché du travail. Les responsables des ressources humaines qui recrutent aujourd'hui échouent une fois sur deux dans le cadre de l'engagerment d'un nouvel employé. Personne ne connaît l’avenir des nouveaux métiers. Il faudra de toute façon aux enfants apprendre et désapprendre des compétences et des métiers à de multiples reprises tout au long de leur vie professionnelle pour rester dans la compétition.

Source image : Pixabay Pixource

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